Goscinny, l'enfant qui aimait la mer

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                                    Goscinny, l'enfant qui aimait la mer

Article paru dans " Le Monde", le 28/01/08

Un peu plus de trente ans après sa mort, alors que le film Astérix et les Jeux olympiques s'inspirant de son héros s'apprête à conquérir des millions de spectateurs, l'art et la personnalité de René Goscinny continuent d'intriguer et de fasciner.

Récemment est paru Goscinny et moi, recueil de témoignages collectés par José-Louis Bocquet auprès d'une trentaine de ses amis (Cabu, Fred, Jean-Claude Forest, Enki Bilal, Annie Goetzinger...). Morris raconte les facéties new-yorkaises que lui jouaient, excusez du peu, Goscinny et Harvey Kurtzmann, futur fondateur de Mad. Claire Bretécher explique que le cocréateur d'Astérix l'appelait délicieusement "Mademoiselle" et parle de "son étrange ouverture d'esprit dans une profession qui n'était pas caractérisée par cela". Sempé évoque l'attachement éperdu que Goscinny vouait au Petit Nicolas, tandis que François Verny l'érigeait en "l'un des deux plus grands créateurs de la BD, avec Hergé" tout en s'interrogeant sur le "complexe de la BD" qu'il éprouvait.

Le "complexe de la BD" de cet auteur qui, du haut de ses 320 millions d'albums d'Astérix, se rêvait écrivain, l'historien Pascal Ory le cite aussi, dans sa passionnante biographie René Goscinny, la liberté d'en rire. Se fondant notamment sur les archives personnelles et familiales que lui a ouvertes Anne Goscinny, fille du cocréateur d'Astérix, Pascal Ory parcourt en évitant les pièges hagiographiques ces cinquante et un ans d'une vie vouée au travail de scénariste de BD, sans lequel celle-ci ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.

Le petit René avait expliqué à son père vouloir "faire un métier rigolo". Plus tard, il racontera : "Un jour, j'ai entendu un grand ancien dire "le métier de scénariste ? C'est à la portée du premier imbécile venu !" J'ai compris que j'avais trouvé ma voie." Elle passe par l'Argentine, que ce fils de juifs polonais et russe découvre avec ravissement avant d'être éreinté par le moloch new-yorkais puis de débarquer en Belgique, alors "Mecque" de la BD. Trois pays, trois cultures dont cet écorché vif, ce bon vivant aussi, nouera les fils, tissant des scénarios pétris d'humour, de dialogues et de jeux de mots mémorables - Oumpah-Pah, Lucky Luke, Modeste et Pompon - avant de créer "sa" grande oeuvre, Astérix, avec un autre "immigré de la deuxième génération", Albert Uderzo. Mais avant de croiser le succès, d'avoir sa "Poularde RG" au restaurant parisien de la Tour d'Argent, Goscinny se bat pour les droits d'auteur, pour la reconnaissance du travail de scénariste, voire, pour ce juif non pratiquant dont la judéité fut longtemps ignorée de ses proches, contre l'antisémitisme.

L'homme était pudique et généreux à l'excès, comme le souligne son frère de coeur Uderzo dans son autobiographie Albert Uderzo se raconte. Mais il connaissait aussi des tempêtes, comme tout amoureux de la mer qui se respecte. Goscinny, qui faillit être marin, adorait les traversées transatlantiques. Il poussa l'amour de la mer jusqu'à rencontrer l'amour de sa vie, Gilberte, au cours d'une croisière et de signer un roman intitulé Tous les voyageurs à terre... Le conflit à Pilote, en mai 1968, les coups qu'on infligea à ce "patron" qu'on lui reprochait d'être, lui qui l'était si peu, l'incitèrent à s'intéresser au cinéma, à Astérix et à la vie qui va, dont témoignent ses chroniques destinées à Match, L'Os à moelle ou au Figaro littéraire, réunies dans Du Panthéon à Buenos Aires. Puis celui qui confiait : "Je n'ai jamais été gaulois, ni cow-boy, j'ai été un enfant" disparut dans les bourrasques de l'automne 1977.

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