Film juif : Dough et les muffins magiques sortie en salle le 4 mai

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Dough les muffins magiques

Une comédie anglaise dans la pure tradition hassidique drôle, émouvante et à ne pas manquer !  

Nat Dayan, un vieux boulanger juif de l’East End de Londres, s’efforce de maintenir l’activité de sa boutique face aux velléités d'extension d’un supermarché voisin, qui va jusqu’à lui « voler » son employé.

Sans grand enthousiasme, il embauche un jeune apprenti immigré musulman originaire du Darfour, accessoirement dealer de cannabis.

Leur relation n’est pas de tout repos jusqu’au jour où un incident fortuit va relancer les ventes... Une comédie à la Ken Loach, qui nous parle d’amitié, de loyauté et de muffins magiques...

Dough les muffins magiques

Dough les muffins magiques

 

Une production Docler Entertainment/Viva Films En association avec Three Coloured Dog FilmsScénario de : Yehudah Jez Freedman et Jonathan Benson

Réalisé par : John Goldschmidt

Entretien avec John Goldschmidt

Comment ce projet est-il né ?

Grâce à une rencontre, assez fortuite, avec un jeune scénariste juif orthodoxe, Jez Freedman, qui m'a expliqué qu'il souhaitait devenir lecteur de scénarios pour moi. Je lui ai répondu que je n'en avais pas besoin, mais que je cherchais un projet de comédie sociale qui soit divertissante tout en étant en prise avec le monde actuel. J'avais en tête des flms comme LITTLE MISS SUNSHINE ou THE FULL MONTY. Quatre mois plus tard, Jez m'a rappelé pour me parler d'une histoire que Jonathan Benson, un ami à lui, lui avait racontée : il y avait là tous les éléments – le vieux boulanger juif orthodoxe, le jeune garçon musulman, le rôle du cannabis et l'amitié inattendue entre les deux personnages – qu'on retrouve dans le flm.

Dough les muffins magiques

Dough les muffins magiques

Qu'est-ce qui vous a intéressé dans cette histoire ?

Sans être orthodoxe comme Jez, je suis moi-même d'origine juive et je constate qu'il y a de plus en plus d'actes antisémites liés à la situation du Moyen-Orient. Dans le même temps, je suis terrifé par le nettoyage ethnique qui sévit en Afrique. Je souhaitais évoquer cette violence sans avoir besoin d'aller tourner loin de mon univers familier. J'ai donc été séduit par l'idée que cette histoire se déroule quasi intégralement dans une boulangerie de Londres. D'ailleurs, le pétrissage de la pâte, dans la fabrication du pain, a des vertus holistiques et apaisantes. Et le terme "dough", en anglais, signife à la fois « la pâte » et « le fric». Et puis, j'avais envie de faire un flm sur une amitié totalement improbable entre deux personnages que tout oppose. C'est donc un "buddy movie" très particulier...

Les attaques terroristes qui ont eu lieu en France et en Belgique ne vous ont pas « refroidi » ?

Pendant que je développais le projet, les agressions antisémites se sont aggravées en Angleterre, et, bien sûr, en France. La plupart des auteurs de ces actes étaient des musulmans anglais ou français qui ne savaient pour ainsi dire rien des Juifs.

Vers la fn du montage, les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercacher se sont produits. Puis, il y a eu cette augmentation sans précédent du nombre de réfugiés, souvent d’origine musulmane, qui débarquaient en Europe... Cela a amplifé le côté bouleversant du flm.

Tout à coup, DOUGH était totalement en phase avec l’actualité.

C’est gênant d’être trop proche de l’actualité ?

J’ai essayé de montrer comment un vieux Juif et un jeune Noir musulman peuvent devenir les meilleurs amis du monde, et surmonter leurs préjugés.
J’ai réalisé ce flm pour les Juifs et les Musulmans, et pour tous les autres.
L’accueil du flm dans les festivals, en France comme aux États-Unis, a été extraordinaire : tout le monde s’est passionné pour cette amitié improbable entre ces deux personnages.

Plus les infos récentes sur les attentats abominables de Paris et d’ailleurs sont déprimantes, plus le flm est vécu comme porteur d’espoir pour les spectateurs en ces temps troublés.

J’espère vraiment que les Musulmans de France découvriront également le flm: je pense qu’ils en apprécieront non seulement l’humour, mais qu’ils seront sous le charme de cette amitié inattendue qui fait chaud au coeur.

C'était un pari très audacieux d'aborder la religion sous l'angle d'une comédie...

Pour moi, la religion est avant tout un patrimoine culturel et le socle d'identités culturelles fortes. Les superstitions ne m'intéressent pas. Freedman, lui, voulait évoquer les similarités entre les traditions liturgiques qui, de toute évidence, viennent de la même région du monde.
D'où le lavage des mains et des pieds, le port d'une kippa ou d'un kuf, ou l'interdiction de manger du porc. J'ai donc fait appel à une consultante originaire du Darfour qui nous a orientés en matière de traditions. Je tenais absolument à ce que les pratiques religieuses qu'on voit dans le flm soient conformes à la réalité, d'autant plus que chaque pays d'Afrique a ses propres traditions. S'agissant des pratiques juives, je savais qu'avec un scénariste juif orthodoxe, nous n'allions pas commettre d'erreurs.
Au fnal, même si le flm met en scène les deux communautés, son propos est universel. Pour autant, j'ai appris que pour qu'un flm résonne pour le plus grand nombre, il faut qu'il soit le plus précis possible dans ses moindres détails.

Le film prend aussi la forme d'un récit initiatique.

Tout à fait. Nat est déçu par son fls qui n'a pas d'estime pour l'entreprise familiale et Ayyash a perdu son père. Peu à peu, ils surmontent leurs préjugés et le jeune garçon devient le fls de substitution aux yeux du vieil homme et ils montent une boulangerie à la fois casher et halal – et l'affichent dans la vitrine ! Bien entendu, c'est une pure licence poétique...

L'histoire est riche en rebondissements...

Il y a en effet plusieurs intrigues secondaires, comme l'attirance de Joanna pour Nat ou l'existence d'ennemis qui menacent les deux protagonistes : l'homme d'affaires opportuniste qui veut racheter la boulangerie et le trafquant de drogue qui exploite Ayyash. Mais en réalité, ce sont des "McGuffn" à la Hitchcock : ce sont des éléments qui permettent de faire avancer l'histoire,mais qui n'ont pas une importance primordiale. C'était aussi une manière d'évoquer des thèmes graves et très actuels sans donner de leçon, ni asséner de discours.

Comment avez-vous choisi Jonathan Pryce pour le rôle du vieux boulanger ?
Pendant l'écriture du scénario, ma directrice de casting Celestia Fox, qui a travaillé avec Roman Polanski, a croisé Jonathan dans une soirée où il portait la barbe. Elle m'a tout de suite appelé pour me dire "J'ai trouvé ton Nat Dayan : c'est Jonathan Pryce !"

On a déjeuné ensemble, le personnage lui a plu et il nous a donné son accord avant même que le scénario ne soit terminé. Ce qui m'intéressait aussi chez lui, c'est qu'il n'est pas juif. Il faut voir qu'il y a bon nombre de comédiens juifs à Londres, mais je tenais à éviter tous les clichés communautaires et la fraîcheur de Jonathan en la matière m'a séduit.

Et le jeune homme ?

On a rencontré beaucoup de garçons, on en a retenu six et on a les a flmés avec Jonathan Pryce pour voir si l'alchimie fonctionnait entre eux. Il se trouve que Jerome Holder s'est révélé naturel et instinctif et, surtout, une relation père-fls s'est pratiquement nouée entre eux, ce qui correspond au sujet principal du flm.

Dough les muffins magiques

Dough les muffins magiques

Comment avez-vous travaillé l'accent d'Ayyash et de sa mère ?

Jerome et la comédienne qui joue sa mère sont anglais, et je voulais qu'ils aient un léger accent africain sans pour autant les rendre diffcilement compréhensibles. Nous avons eu quatre jours de répétitions avant le début du tournage et nous avons organisé une lecture du scénario. Et pour être certain que les deux acteurs aient un accent réaliste, nous avons demandé à notre consultante originaire du Darfour d'assister aux répétitions.

Quelles étaient vos priorités pour la mise en scène ?

Comme il s'agit d'un flm reposant avant tout sur les personnages, je ne voulais surtout pas d'un style visuel prétentieux et encombrant qui entrave l'identifcation du spectateur aux protagonistes. Du coup, j'ai tourné le flm de manière assez classique, en mettant avant tout l'accent sur les émotions. Mais pour moi, le flm a surtout pris forme dans la salle de montage. C'est pour cela que je tenais à mixer et monter le flm à Londres : il fallait que le moindre détail auquel le public anglais allait être sensible soit parfaitement fdèle à la réalité.

Où avez-vous tourné ?

Le flm est une coproduction entre l'Angleterre et la Hongrie, et nous avons tourné la plupart des intérieurs en studio à Budapest. C'est un grand confort car on est alors dans un environnement dont on contrôle les paramètres. En outre, les techniciens hongrois sont très pros et coûtent 30% moins cher qu'au Royaume-Uni.
Et au titre de la coproduction, nous avons bénéfcié du crédit d'impôt hongrois et anglais. En revanche, je voulais absolument que la postproduction et l'enregistrement de la musique se déroulent à Londres, non seulement pour la qualité des prestations mais parce que les techniciens y sont forcément plus à l'aise avec la langue anglaise.

À qui avez-vous confié la musique ?

La musique est signée Lorne Balfe, qui a longtemps travaillé avec Hans Zimmer. Il est habitué aux grosses productions américaines, et lorsque je lui ai parlé du flm, il était très enthousiaste. Par ailleurs, c'est Sauuhny, artiste majeur de la scène musicale multiculturelle londonienne, qui a écrit une chanson originale de la fn du flm.

(John Goldschmidt est né en 1943 à Londres. Il a passé sa jeunesse à Vienne, avant d’étudier le cinéma à la FAMU (l’école de cinéma de Prague) et au Royal collège of Arts de Londres.
Il a réalisé et produit un grand nombre de documentaires et de fctions pour la télévision avec BBC TV, BBC FILMS, GRANADA TV, GRANADA FILMS, THAMES TV, CHANNEL FOUR, FILM FOUR en Grande-Bretagne, avec ZDF, WDR, NDR, ORF, SRG, FR3, RAI1, BAVARIA FILM STUDIOS, en Europe et avec HBO aux Etats-Unis.)

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