"Des négociations bien mal engagées"

Actualités - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
                                   "Des négociations bien mal engagées"

Article paru dans "Nouvelobs",le 14/11/07

Les négociateurs palestiniens parlent de sérieuses difficultés, voire de crise dans les négociations israélo-palestiniennes à l’approche de la réunion d’Annapolis qui doit se tenir le 27 novembre aux Etats-Unis. Qu’est-ce que cela signifie ?
 

- La crise repose sur plusieurs désaccords. Les deux groupes ne sont pas d’accord sur la nature du texte qui doit servir de base aux discussions. Les négociateurs palestiniens veulent un contenu substantiel incluant notamment un calendrier sur le déroulement des négociations et la mention détaillée des problèmes clefs : les frontières, les colonies, le retour des réfugiés palestiniens… Au contraire, les Israéliens veulent un texte le plus flou possible et ne considèrent cette réunion que comme le point de départ d’un cycle de négociations.

Autre obstacle, si les deux groupes de négociateurs s’accordent sur le fait que le principe de base pour lancer les négociations est l’application de la feuille de route de juin 2003, cette application pose toujours problème. Côté palestinien, ils doivent lutter contre le terrorisme, rétablir la stabilité dans les territoires. Or la situation actuelle à Gaza complexifie la donne, comme on l’a vu lundi 12 novembre avec les tirs du Hamas sur le rassemblement organisé à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Yasser Arafat. Le Hamas a procédé par ailleurs aujourd’hui à une vague d’arrestations contre les cadres du Fatah. On n’est pas à la veille de voir les autorités palestiniennes reprendre l’autorité sur Gaza… Pour les Israéliens, il s’agit d’arrêter la construction des colonies et de ne pas créer sur le terrain de situation de fait qui paralyserait le processus. Mais les Palestiniens disent que le développement des colonies ne s’est en fait jamais arrêté. On est passé en effet de 250 000 colons dans les territoires en 1993 à 500 000 aujourd’hui. Et il y a encore des colonies sauvages en construction et des colonies reconnues officiellement par Israël en cours de développement.

D’autre part, les Israéliens demandent désormais aux Palestiniens de reconnaître Israël comme un Etat juif. Ce qui signifie qu’Israël pourrait du coup ne pas accueillir les réfugiés palestiniens dans le cadre d’un accord de paix…

De plus, Mahmoud Abbas, en se référant aux résolutions de l’ONU, aux accords d’Oslo et à la feuille de route, veut que les frontières du futur Etat palestinien correspondent à la ligne verte. Mais la construction du mur ne respecte pas cette frontière puisqu’il pénètre dans les territoires. Or, on se rend compte que la réunion d’Annapolis repose certes sur la feuille de route mais surtout sur les lettres échangées entre Bush et Sharon après la feuille de route. Bush répond en effet à Sharon, en avril 2004, qu’il y a désormais des réalités sur le terrain – les colonies - avec lesquelles on va devoir composer. C’est donc le principe de base des négociations qui est transformé. On discute en fait à partir de ce qu’on a maintenant, et non plus à partir de la feuille de route. Le problème, c’est que le mur, s’il devenait une frontière, retrancherait de l’Etat palestinien une partie importante de sa superficie. Que va-t-il donc se passer maintenant ? Les Israéliens renonceraient-ils à l’existence du mur ? Ou se serviraient-ils des colonies annexées comme monnaie d’échange contre d’autres terrains ? Pour le moment, on se trouve de nouveau dans une impasse. Signe du mauvais climat, la délégation palestinienne a été bloquée dimanche dernier à un check point et a du faire demi-tour sans pouvoir se rendre à une réunion avec les négociateurs israéliens.
 

Ehoud Olmert comme Mahmoud Abbas sont, de plus, fragilisés politiquement…
 

- Ehoud Olmert est en effet dans une position très inconfortable. Pour maintenir sa majorité, il a besoin du Shass, le parti des sépharades orthodoxes, et des Russes. Or ils ont fait part de leur méfiance à l’égard de la réunion d’Annapolis, qui pourrait donc déboucher sur l’éclatement de la coalition gouvernementale. Le premier ministre israélien est d’autant plus fragilisé qu’il est aussi menacé par ce qui sortira dans les mois qui viennent de la commission Winograd, et par l’enquête en cours sur les affaires de corruption qui le visent directement.

Quant à Mahmoud Abbas, s’il est également dans une position peu enviable, il reste tout de même plus populaire qu’Olmert. Selon un récent sondage effectué dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, si des élections étaient organisées aujourd’hui, Abbas pourrait remporter 47% des voix alors que le chef du Hamas n’en recueillerait que 23%. Et si des élections législatives se tenaient aujourd’hui, elles donneraient 40% de voix au Fatah contre 20% au Hamas. Ce qui explique en partie la répression menée par le Hamas contre le Fatah. Le Hamas se rend compte que la situation catastrophique de Gaza (que ce soit sur le plan économique, humain, etc.) est en train de se retourner contre lui. Il n’arrive pas à en faire porter la responsabilité ni aux Israéliens ni au Fatah. Mais cette popularité d’Abbas reste potentielle, car dans la réalité, il n’est que le président d’un morceau de la Palestine.
 

Compte tenu de toutes ces difficultés, que peut-on attendre de cette réunion ?
 

- Pas grand-chose. Les Etats-Unis ont d’ailleurs revu leurs ambitions à la baisse : ils ne parlent plus de « conférence internationale » mais de « réunion ». Et il semblerait qu’elle ne durera finalement qu’une journée. Ce qui donne peu de temps, donc peu de chances pour arriver à un résultat. Il est possible que le texte commun sur lequel les délégations palestiniennes et israéliennes doivent s’accorder avant la tenue de la réunion ne débouche que sur un engagement à poursuivre les négociations qui sera validé par cette réunion. Cela permettra à Bush de dire qu’il est parvenu à faire sa réunion et à Abbas et Olmert de montrer qu’ils ont joué le jeu en s’y rendant. Si aujourd’hui, côté palestinien comme israélien, certains, comme Peres, se montrent optimistes, c’est uniquement parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ils ne peuvent préparer une réunion en la torpillant d’avance.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi