De Ben Gourion au 7 octobre : la tragique répétition de l’Histoire pour les Shapira

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1957 : la tentative d’assassinat de Ben Gourion enfin révélée

1957 : la tentative d’assassinat de Ben Gourion enfin révélée

Une grenade dans l’hémicycle

Le 29 octobre 1957, une puissante explosion secoua les murs de la Knesset, alors installée à Beit Frumin, à Jérusalem. En pleine séance plénière, un homme — Moshe Dweik, citoyen israélien — lança depuis la galerie publique une grenade directement sur la table du gouvernement. Le fracas fut immédiat. « Docteur ! Docteur ! Appelez une ambulance ! » hurla-t-on dans l’hémicycle. Le Premier ministre David Ben Gourion, ainsi que les ministres Golda Meir et Moshe Carmel, furent blessés. Le ministre des Affaires religieuses, Moshe Shapira, grièvement touché à l’abdomen par des éclats, dut être évacué en urgence.

L’attaque plongea le pays dans la stupeur. Moins d’un mois plus tard, une commission d’enquête, présidée par le ministre de l’Intérieur Israël Bar Yehuda, fut mise sur pied pour comprendre comment un tel acte avait pu se produire dans l’enceinte du Parlement.

 Un rapport resté secret pendant 68 ans

Pour la première fois, la Knesset rend publics aujourd’hui les documents classifiés de cette enquête. Le rapport « top secret » pointe des failles majeures : pénurie de personnel, absence de dispositif de sécurité adéquat, défaut de contrôle des visiteurs, interdictions non appliquées sur les sacs et objets suspects, absence de formation au secourisme, et même un manque de matériel médical. Bar Yehuda critique également l’organisation interne : le responsable de la sécurité cumulait des tâches domestiques et protocolaires, au détriment de sa mission principale.

La commission recommanda la création d’un poste unique et indépendant de chef de la sécurité, directement nommé par le président de la Knesset et responsable uniquement de la protection du bâtiment et de ses occupants. Ces conclusions aboutirent à la création de la Garde de la Knesset, unité professionnelle dédiée à la sécurité parlementaire.

Israël en 1957 : un État jeune sous tension permanente

En 1957, Israël sortait à peine de l’opération Sinaï et vivait sous une menace sécuritaire constante, marquée par les infiltrations armées, les tensions frontalières et les cicatrices encore vives de la guerre d’Indépendance.

La Knesset, jeune institution politique, n’était pas encore préparée à affronter un acte violent provenant de l’intérieur même de la société israélienne.
L’attentat de Moshe Dweik fut un choc autant politique que psychologique : il révélait qu’un citoyen juif pouvait s’en prendre au cœur du pouvoir et blesser ses dirigeants, obligeant l’État à repenser en profondeur la notion de sécurité intérieure.
Cet épisode, oublié du grand public, constitue l’un des premiers avertissements que la jeune démocratie israélienne dut affronter sur la fragilité de ses propres défenses.

Les motivations de Moshe Dweik : rancune personnelle, pas idéologique

Moshe Dweik, né à Alep en 1931 et ancien combattant de 1948, paraissait psychologiquement instable — pourtant, une expertise l’a jugé apte à être jugé  . Son geste ne relevait pas d’une cause politique ou idéologique : il visait personnellement Ben Gourion et Golda Meir, affirmant avoir été ignoré par l’Agence juive quant à ses besoins médicaux, liés à une santé déclinante  . Après avoir intenté — et perdu — un procès contre cette institution, il multiplia des lettres menaçantes à un juge, avant de commettre l’attentat

Une tragédie aux résonances contemporaines

Lors de la préparation de l’exposition, les archivistes du futur musée de la Knesset découvrirent un lien bouleversant : Aner Shapira, jeune homme tué le 7 octobre 2023 lors de l’attaque terroriste du Hamas, était l’arrière-petit-fils du ministre Moshe Shapira, blessé en 1957. Tous deux partageaient le même anniversaire, le 17 Adar. Aner, héros du massacre de Reïm, repoussa à mains nues sept grenades lancées sur l’abri où il s’était réfugié, sauvant plusieurs vies, avant de succomber à la huitième.

Sa mère, Shira Shapira, directrice des infrastructures patrimoniales au ministère du Patrimoine et membre du conseil du musée, a remis au président de la Knesset, Amir Ohana, une lettre de repentance que Moshe Dweik avait adressée des années plus tard à la famille Shapira depuis sa cellule à Ramla. Dans ce texte resté inédit, l’auteur de l’attentat écrivait : « Je suis prêt à être votre expiation et celle de vos collègues ministres que j’ai blessés. Mon âme erre et flotte à travers le monde sans trouver le repos. J’ai versé votre sang et je serai immergé dans ce sang jusqu’à ma mort, et je n’ai ni pardon, ni rémission pour cela. »

 Mémoire et transmission

Pour Amir Ohana, cet événement est fondateur : « Les conclusions de 1957 ont mené à la création d’une unité de sécurité professionnelle à la Knesset. La coïncidence tragique qui lie octobre 1957 au 23 octobre 2023 illustre la force des racines sionistes de la famille Shapira, symbole du lien indissociable entre la génération du renouveau et celle de l’héroïsme du peuple juif. »

Le musée de la Knesset, qui ouvre ses portes au public à Beit Frumin, 24 rue King George à Jérusalem, proposera une immersion historique inédite : escape game d’ouverture, selfies avec des figures historiques grâce à l’IA, participation à des votes législatifs, reconstitution de discours célèbres, et même un passage par le buffet de la Knesset, revisité avec bortsch, foie haché et gefilte fish imprimés en 3D. Les billets sont vendus au prix symbolique de cinq shekels pour les enfants et dix shekels pour les adultes.

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