La reproduction de journaux nazis par un magazine interdite en Allemagne

Antisémitisme/Racisme - le - par .
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Article paru dans "Le Monde"

La propagande nazie n'a pas sa place dans les kiosques allemands. Cible d'une virulente polémique, le nouveau magazine d'histoire Zeitungszeugen ("Témoins de presse") a dû renoncer à publier des fac-similés de vieux journaux du Troisième Reich, pour son troisième numéro, mis en vente jeudi 29 janvier. Lancé au début du mois par la maison d'édition britannique Albertas, l'hebdomadaire souhaitait proposer chaque semaine, pendant un an, la même formule à ses lecteurs : la reproduction de trois ou quatre anciens titres nazis, parus entre 1933 et 1945, en cahiers séparés, assortis de commentaires d'historiens et d'experts.

Les autorités allemandes n'ont pas été convaincues par les vertus pédagogiques du projet. Le 22 janvier, la Bavière a porté plainte contre l'éditeur de Zeitungszeugen, Peter McGee. Dans la foulée, plusieurs milliers d'exemplaires du magazine ont été saisis à travers le pays.

Le Land agissait en vertu des droits qu'il détient sur les journaux et les écrits nazis, notamment le manifeste d'Adolf Hitler, Mein Kampf. Ces droits lui ont été confiés à la fin de la guerre par les Alliés, avec la mission expresse d'empêcher juridiquement la diffusion de propagande national-socialiste. Tout en dénonçant une "atteinte aux droits de reproduction", la Bavière a affirmé vouloir interdire la publication de "brûlots nazis" au nom de la lutte contre l'antisémitisme et du respect des victimes de la Shoah. Le Conseil central des Juifs d'Allemagne a lui aussi pris parti en critiquant un projet aux visées purement commerciales : "Hitler fait vendre", a déploré le secrétaire général du consistoire, Stephan Kramer.

Cette controverse n'est pas la première du genre. En 2008, l'opportunité de rééditer Mein Kampf avait suscité un long débat. L'ouvrage est interdit outre-Rhin depuis la guerre, mais il devrait retomber dans le domaine public en 2015, soixante-dix ans après la mort d'Hitler. Plusieurs historiens ont appelé à ce qu'il soit réédité avant cette date, accompagné d'annotations et d'explications.

La nouvelle polémique autour de Zeitungszeugen prouve que l'Allemagne n'a pas fini de s'interroger face à "cette histoire qui ne passe pas" : "Des textes de propagande vieux de soixante-dix ans représentent-ils encore aujourd'hui un danger pour la démocratie ?" a questionné le quotidien Handelsblatt, mercredi 28 janvier. Vendu à plus de 200 000 exemplaires, le numéro de lancement proposait, par exemple, des extraits du quotidien Der Angriff (L'Attaque), en date du 30 janvier 1933, jour de l'accession d'Adolf Hitler au pouvoir. "Nous allons faire table rase du passé", déclarait, en première page, Joseph Goebbels, ministre de la propagande du Führer.

Pour les historiens qui participent au projet, il est temps de faire confiance à la capacité de discernement des Allemands vis-à-vis de tels écrits. Ceux-ci "ont reçu une bonne formation à l'école sur la problématique du national-socialisme. Ils savent comment manier ces documents qui, en plus, sont mis en perspective par des historiens expérimentés", fait valoir, sur les ondes d'Inforadio, le professeur Wolfgang Benz, directeur du centre de recherches sur l'antisémitisme de l'Université technique de Berlin.

Avant d'être appliqué outre-Rhin, le même concept d'hebdomadaire a été développé dans huit autres pays européens, notamment en Autriche en 2008. L'accueil des autorités y fut différent : selon l'éditeur, le magazine a reçu le soutien du ministère de l'éducation autrichien, qui aurait même encouragé les écoles à s'en servir comme matériel historique. Il s'y est écoulé, en moyenne, à 10 000 exemplaires chaque semaine. En Allemagne, Peter McGee espère trouver prochainement un compromis avec les autorités bavaroises.

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