Garaudy ou la carrière d'un négationiste.Garaudy à Cordoue ou le « réseau » des thétérias. Garaudy converti à l'islam, marié à une palestinienne.

Antisémitisme/Racisme - le - par .
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roger-garaudy-350x228.jpgGaraudy à Cordoue ou le « réseau » des thétérias

Roger Garaudy est mort le 12 juin dernier, dans le Val-de-Marne, à l’âge de 98 ans. On connaît son rôle comme vecteur du négationnisme auprès du monde arabo-islamique. Son implantation à Cordoue, en Espagne, est en revanche bien moins souvent mentionnée.  La Fondation Garaudy y concentre pourtant le point névralgique d’un cercle d’initiés, sans doute restreint, mais qui franchit les murs de l’ancienne capitale califale. Une présence qui soulève bien des questions, à commencer par celle du rôle de Cordoue dans la carrière du négationniste français.

En plein Cordoue, la Fondation Roger Garaudy et son musée occupent la Torre Calahorra depuis 1987. Cette " Fondation pour le Dialogue des Cultures " veut rendre hommage à la coexistence pacifique qui régnait entre Juifs, chrétiens et musulmans, durant la période d‘Al-Andalus, du 9e au 14e siècle.

Est-ce bien le même Garaudy, prônant ici la tolérance entre Juifs et musulmans et entretenant, dans les pays arabes, des théories complotistes ? Le même qui vante la sagesse du philosophe juif Maïmonide, au 12e siècle, et participe, en mars 1991, à un colloque célébrant Marc Augier (dit Saint-Loup), collaborateur et membre de la SS pendant la guerre ?

Jusqu’à preuve du contraire, monsieur Garaudy ne souffrait pas de troubles de la personnalité. Alors pourquoi offrir un visage si différent à Cordoue, et d’ailleurs était-il si différent ?

Revenons un instant sur le parcours de cet intellectuel aux convictions successives. Il adhère au Parti Communiste en 1933, avant d’en devenir l’un des philosophes officiels.  Signe annonciateur de sa future carrière : dès 1949, Roger Garaudy nie l’existence des camps… soviétiques. Il joue ainsi les procureurs dans le procès attenté par le PCT à Kravtchenko. Réfugié en France, ce dissident soviétique avait dévoilé l’existence des camps de travail en URSS dans son livre "J’ai choisi la liberté".

Après son exclusion du Parti Communiste en 1970, Garaudy retourne au catholicisme, avant de se convertir à l‘Islam en 1982. De révélation mystique en théorie historique, Garaudy s’offre un nouveau terrain de jeu : le négationnisme. Dans son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, publié en 1995, il nie l’existence du génocide juif. Renouant avec les thèses complotistes d’avant-guerre, il affirme que les Juifs ont inventé la Shoah pour justifier l’existence de l’Etat d’Israël.

VIP du négationnisme

En 1998, Roger Garaudy est condamné par la justice française pour " contestation de crimes contre l’humanité " et " provocation à la haine raciale ".

Il reçoit alors un soutien enthousiaste dans certaines capitales arabes, de Damas à Tripoli.
L’Union des avocats arabes lance même une campagne de pétitions en sa faveur. Le pouvoir iranien lui apporte aussi son soutien. En Egypte, il reçoit la Médaille de la prédication islamique, la plus haute en son genre. 

A coup de conférences, commence alors pour Garaudy une carrière de VIP du négationnisme auprès du monde arabo-islamique. Il est notamment reçu par le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, au Liban et soutenu par le cheikh Yassine, alors chef du Hamas.

Mais entre Paris et le Moyen-Orient, quelle place occupait Cordoue dans le star-system Garaudien ?

En 1987, Roger Garaudy obtient de la municipalité l’autorisation d’y créer sa propre fondation. Aujourd’hui encore, son nom y apparaît sur une plaquette, à l’entrée de la Torre Calahorra, tour Almohade du 12e siècle.
On y trouve aussi son " Musée vivant de l’Al-Andalus ", censé retracer l’apport de l’Islam à la ville de Cordoue.

En fait d’histoire, on y trouve surtout la conception gauraudienne (et lyrique) de l’Islam… et bien sûr ses livres sur l’Islam, proposés avant même d’atteindre les guichets, au cas où vous n’auriez pas le temps de visiter…

Non loin de là, l’épouse de Roger Garaudy tient une petite boutique-musée, la Casa Andalusí, située, cela ne s’invente pas, dans la rue des Juifs (Calle Judios), à quelques pas de la vieille synagogue. Salma Al-Farouki est Palestinienne. Sa famille est partie pour l’Egypte lors de la création de l’Etat d’Israël, en 1948. C’est au début des années 1980 qu’elle se marie avec Roger Garaudy. Un employé de la Casa Andalusí nous apprendra que Roger Garaudy ne se rendait que trois fois par an à Cordoue. Là, il y réunissait ses « comités culturels »… Le reste du temps, il vivait en banlieue parisienne.

Et pourtant, Garaudy est étonnamment présent à Cordoue, ou tout du moins son nom. Il suffit d’entrer dans la première thétéria de la vieille-ville (ici, en l’occurence, Boulevard Buen Pastor) pour trouver  des poèmes signés Garaudy accrochés au mur.


Le réseau des thétérias

Direction Grenade, à environ 200 km au sud-est de Cordoue.

Voici encore une ville pittoresque, emblématique de la splendeur du califat omeyyade. Devant la thétéria El Banuelo, où nous nous trouvons, se dresse le palais de l’Alhambra, bijou de l’architecture nasride aux 8e et 9e siècles.

Mosaïques harmonieuses, odeurs de thé à la menthe et doux bruit d‘une fontaine intérieure… Cette théteria, nous y sommes entrés par hasard. Cela rend la suite des événements d’autant plus cocasse…

Nous entamons la conversation avec Bernardo S., le propriétaire de la thétéria. Lorsqu’il apprend que nous sommes Français, il nous explique  : « j’ai une bonne amie qui est palestinienne et tient une boutique à Cordoue. Son mari est un philosophe français célèbre, vous le connaissez sûrement… Roger Garaudy ».  Puis il me désigne l’un des clients : « C’est un Palestinien de Haïfa, il vit dans les territoires juifs. Il me racontait, il y a quelques minutes,  à quel point la situation était difficile pour lui. » Dans sa bouche, Israël devient " les territoires juifs " et un Arabe israélien un " Palestinien de Haïfa ".

Perçoit-il mon étonnement ? Bernardo S. s’empresse de me préciser qu’il a un arrière grand-père juif et qu’il porte lui-même le nom d’un célèbre homme politique israélien… Puis il montre, avec une bienfaisance toute paternaliste, un poème à la gloire de la tolérance religieuse.

Bernardo S. a aussi enseigné l’espagnol en Jordanie, au Yémen et en Arabie saoudite, bien qu’il n’aime pas tellement ce pays. C’est d’ailleurs un point commun avec Roger Garaudy. Il nous dit vouloir fonder un musée dédié à la période d’Al-Andalus. A l’instar de Garaudy à Cordoue…

Dans ce petit réseau gauraudien – et notre enquête sur place ne fut pas exhaustive – quelques constantes, parmi lesquelles l’amour de la poésie, pas toujours de la meilleure qualité... On en trouve de la Casa Andalusí aux thétérias de Cordoue et Grenade. Poète également, Roger Garaudy, qui, dans son musée de la Torre Calahorra, nous explique « comment l’homme devint humain»…

A Cordoue comme à Grenade, la légende dorée de la coexistence religieuse fait aussi office de carte postale. Et la Fondation Garaudy se fond très bien dans le paysage. Quelle meilleure vitrine de respectabilité après sa condamnation pour provocation à la haine raciale ?

Dans le deuxième volet de notre enquête, nous tenterons de cerner le rôle qu’avait pu occuper Cordoue pour Garaudy depuis les années 2000. Au passage, nous tenterons de décrypter les faux-semblants d’une communication qui ne manque pas de machiavélisme.

Enquête et dossier réalisés par David Alon pour Alliancefr.com

Vos réactions

  1. aminamellah3@gmail.com'AMINA TALBI

    Quel article partisant!!!
    Vous nous assènez votre avis sans jamais rien creuser. ..vous parlez de poésie de piètre qualité, c est votre journalisme que je qualifierai de bavardages de comptoir qui manque totalement de consistance

    Répondre

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