Tsahal à court de 15 000 soldats : l’armée rappelle des combattants à peine libérés avec l'ordre 8

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Tsahal à court de 15 000 soldats : l’armée rappelle des combattants à peine libérés

Par Claudine Douillet

Il manque à l’armée israélienne environ 15 000 soldats. C’est l’écart entre ce dont elle a besoin et ce dont elle dispose, après plus de trois ans de guerre sur plusieurs fronts. Les chiffres et les témoignages publiés ce dimanche matin par Walla décrivent une armée qui tient grâce à l’endurance d’une minorité de la société israélienne, et qui commence à s’épuiser.

Les « ordres 8 », solution de fortune devenue la règle

Pour combler les trous, l’état major rappelle des combattants libérés de leur service obligatoire il y a quelques mois seulement. Il remobilise aussi des réservistes déjà très sollicités. L’outil utilisé, ce sont les convocations d’urgence dites « ordres 8 », prévues à l’origine pour les situations exceptionnelles. Selon un officier supérieur de réserve, l’armée s’en sert désormais pour contourner toute critique : le réserviste n’a pas d’autre choix que de se présenter.

Les commandants de bataillon et de compagnie racontent des arbitrages quotidiens et douloureux. Ils doivent jongler entre des indépendants dont l’entreprise vacille, des étudiants, des salariés à des postes économiques difficiles à remplacer, de jeunes libérés rappelés aussitôt, et des pères de famille au bord de la rupture conjugale. Ils estiment que ces derniers ne reçoivent pas l’accompagnement nécessaire. Les officiers supérieurs se demandent d’ailleurs s’il faut rendre publique l’ampleur de la crise.

Une fuite des compétences jusque dans la logistique

La pénurie ne touche pas seulement les unités combattantes. Ingénieurs, programmeurs et spécialistes qui détiennent un savoir faire précieux partent vers le secteur civil, qui leur fait des offres bien plus attractives. Dans la logistique, le manque de personnel est tel que l’armée a commencé à donner des grades honorifiques à de vieux sous officiers pour les retenir.

Des promesses de répit jamais tenues

Ces révélations interviennent quelques jours après une nouvelle promesse. Selon Ynet, Tsahal estime que les jours de réserve pourraient baisser de 30 à 40 % en 2027, mais seulement si la situation sécuritaire le permet.
Depuis le début de la guerre, les engagements de ce type n’ont jamais été inscrits dans une décision formelle ou dans la loi. La réalité opérationnelle les a toujours balayés : douze jours de campagne contre l’Iran en juin 2025, le maintien sur la « ligne jaune » à Gaza, une seconde campagne iranienne de plus de quarante jours, puis l’opération au sol au Liban sud depuis mars. Dès septembre, le chef d’état major Eyal Zamir prévenait que l’armée risquait de s’effondrer faute de combattants.

La conscription des haredim au cœur des négociations

Il y a un signe encourageant : l’enrôlement des haredim progresse, et environ 4 800 recrues sont attendues cette année malgré les manifestations dans leur communauté. L’état major mise sur l’accord de coalition à venir pour accélérer ce mouvement et orienter ces recrues vers les unités combattantes plutôt que vers des postes administratifs. C’est là que la question militaire rejoint la politique. Gadi Eisenkot, ancien chef d’état major chargé ce dimanche de former le gouvernement, a fait du partage égal du fardeau l’un de ses principes. Mais une partie de son camp est prête à des concessions sur la loi de conscription pour rallier les partis haredim. Les réservistes, eux, attendent de voir.

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