Tel-Aviv : un militant juif de droite menace d’autres Juifs israéliens des « cheminées d’Auschwitz -vidéo-

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Un Juif israélien menaçant d’autres Juifs israéliens d’Auschwitz : la scène s’est déroulée samedi soir place Habima, à Tel-Aviv. Un militant de droite, opposé à une coalition avec les partis arabes, a promis aux manifestants juifs du bloc du changement de les renvoyer « dans les cheminées d’Auschwitz », puis à Birkenau et Sobibor. Filmés par l’artiste Yigal Shtayim, petit-fils d’une famille décimée par la Shoah, ces propos ont été tenus devant des policiers qui, selon lui, ne sont pas intervenus.

Par Claudine Douillet

La campagne électorale est terminée, mais la rue israélienne, elle, ne désarme pas. Samedi 31 octobre au soir, deux rassemblements se sont tenus simultanément sur la place Habima, au cœur de Tel-Aviv. D'un côté, des partisans du « bloc du changement » réclamaient la formation d'un gouvernement associant les partis arabes. De l'autre, des militants de droite dénonçaient cette perspective et exigeaient de nouvelles élections. C'est dans ce face-à-face que des propos d'une violence inouïe ont été prononcés.

« Birkenau, Auschwitz, et nous reconstruirons Sobibor »

Sur la vidéo diffusée par le site israélien Walla, un manifestant de droite s'adresse aux partisans de la coalition. Il leur promet de les renvoyer « dans les cheminées d'Auschwitz » avant qu'ils ne songent à créer un État palestinien. Il poursuit en les désignant comme les premiers ennemis à envoyer « loin, très loin », citant Birkenau et Auschwitz, puis en annonçant qu'il rebâtira Sobibor à leur intention.

Ces trois noms désignent des camps d'extermination où des millions de Juifs ont été assassinés par l'Allemagne nazie. Les entendre proférés comme une menace, par un Juif contre d'autres Juifs, au centre de Tel-Aviv, constitue une profanation de la mémoire de la Shoah, quel que soit le camp politique dont elle émane.

Un extrait seulement, selon l'auteur de la vidéo

L'auteur des images, Yigal Shtayim, artiste et militant social présent dans le rassemblement du bloc du changement, affirme n'avoir filmé qu'une partie de la scène. Selon lui, les propos avaient commencé bien avant et étaient encore plus durs. Il refuse d'y voir un dérapage isolé : d'après son témoignage, ce ton reflétait l'ambiance générale chez les manifestants d'en face, qui criaient sans discontinuer.

Pour Yigal Shtayim, dont des membres de la famille de ses grands-parents ont été assassinés pendant la Shoah, l'emploi des noms des camps comme arme verbale a été particulièrement douloureux. Mais c'est l'avenir qui l'inquiète davantage. « C'est l'atmosphère qui s'annonce dans le pays, et ça fait peur », a-t-il confié à Walla.

Une séparation des cortèges restée théorique

La police avait anticipé la tenue des deux manifestations et prévu des espaces distincts pour chacune. Selon Yigal Shtayim, ce dispositif n'a pas été respecté sur le terrain. Les militants de droite se seraient regroupés hors du périmètre qui leur était réservé. D'abord quelques dizaines, ils auraient gagné en assurance à mesure que les invectives montaient, pour atteindre 100 à 200 personnes.

Le témoin affirme surtout que les policiers présents ont entendu les menaces sans réagir. Le manifestant filmé n'aurait été ni interpellé ni même retenu. Lorsqu'il s'est adressé aux agents, ceux-ci lui auraient répondu que leur mission consistait uniquement à maintenir la séparation entre les deux groupes. La version de la police israélienne n'est pas rapportée à ce stade.

Des législatives sans vainqueur, des partis arabes en position d'arbitre

Cette scène s'inscrit dans un climat politique électrique, quatre jours après les législatives du 27 octobre. Selon les sondages de sortie des urnes des chaînes 11, 12 et 13, le bloc du changement emmené par Gadi Eisenkot obtiendrait 52 ou 53 des 120 sièges de la Knesset, contre 50 pour la coalition sortante de Benjamin Netanyahou. Les deux listes arabes, créditées de 17 ou 18 sièges, se retrouvent en position de faiseurs de rois.

Au lendemain du vote, le président des Démocrates, Yaïr Golan, a appelé le bloc du changement à s'allier avec la Liste arabe unie et avec le parti Raam. Benjamin Netanyahou, lui, a jugé impensable une alliance avec des partis arabes qu'il qualifie d'antisionistes. Pendant la campagne, des affiches du Likoud résumaient l'enjeu par le slogan « Soit la droite, soit la Palestine », une rhétorique qui retrouve un écho brutal dans les propos tenus place Habima.

La mémoire de la Shoah, ligne rouge du débat israélien

Le désaccord sur la participation des partis arabes au pouvoir est légitime et traverse toute la société israélienne. Il peut s'exprimer avec force, dans la rue comme à la Knesset. Mais lorsqu'un citoyen israélien promet à d'autres Israéliens les fours crématoires, le débat démocratique bascule dans autre chose. Dans un pays fondé en partie par des survivants des camps, et où vivent encore leurs enfants et petits-enfants, ces mots ne peuvent rester sans réponse des autorités.

Reste désormais à savoir si la police ouvrira une enquête sur la base de la vidéo, et si les responsables politiques des deux camps condamneront clairement ces propos. Dans les semaines de tractations qui s'annoncent pour former un gouvernement, la question de la tenue du débat public pèsera autant que l'arithmétique des sièges.

Source : Walla News, Eli Ashkenazi, 31 octobre 2026
https://www.walla.co.il/news/israel/383959592

 

Crédit photo : capture vidéo Yigal Shtayim / Walla

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