Apologie du terrorisme : Rima Hassan risque sept ans de prison

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Apologie du terrorisme : Rima Hassan risque sept ans de prison

 

Rima Hassan jugée pour apologie du terrorisme : l'éloge du tueur de l'aéroport de Lod devant le tribunal de Paris

L'eurodéputée La France insoumise Rima Hassan comparaît depuis ce lundi 19 octobre devant la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour apologie du terrorisme en ligne. En cause, un message publié sur X qui reprenait les mots de Kozo Okamoto, l'un des trois tueurs du massacre de l'aéroport de Lod en 1972.
Elle encourt sept ans d'emprisonnement, 100 000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité.

Par Claudine Douillet

Un tweet à la gloire du tueur de Lod

Le 26 mars 2026, Rima Hassan publie sur son compte X, suivi par quelque 420 000 abonnés, un message encadré des drapeaux japonais et palestinien. Il cite Kozo Okamoto, présenté comme ayant consacré sa jeunesse à la cause palestinienne, et reprend cette formule qui lui est attribuée : « Tant qu'il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir. » Le texte est accompagné d'une photographie du Japonais, keffieh au cou, porté par des hommes en treillis.

Le message est aussitôt signalé au parquet par le ministre de l'Intérieur, puis par l'Organisation juive européenne (OJE) et la Licra. Le député RN de la Somme Matthias Renault saisit également la justice au titre de l'article 40 du code de procédure pénale. Rima Hassan supprime ensuite sa publication, mais le pôle national de lutte contre la haine en ligne ouvre une enquête.

Le massacre de l'aéroport de Lod, 26 morts

Le 30 mai 1972, trois membres de l'Armée rouge japonaise, recrutés et entraînés par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), débarquent à l'aéroport de Lod, l'actuel aéroport Ben Gourion, à bord d'un vol Air France en provenance de Rome. Dans la zone de livraison des bagages, ils sortent de leurs valises des fusils d'assaut et des grenades, puis tirent sur la foule.

Le bilan est de 26 morts et 80 blessés. Parmi les victimes figurent 17 pèlerins chrétiens venus de Porto Rico, un Canadien et huit Israéliens, dont le scientifique Aharon Katzir. Les deux complices d'Okamoto meurent pendant l'assaut. Lui est blessé, arrêté, puis condamné à la prison à vie par un tribunal militaire israélien. Il est libéré en 1985 lors d'un échange de prisonniers, obtient l'asile politique au Liban et meurt à Beyrouth en juillet 2026, à 78 ans. Porto Rico commémore chaque 30 mai le massacre de Lod depuis 2006.

Ce que dit la loi : jusqu'à sept ans de prison

L'apologie du terrorisme est réprimée par l'article 421-2-5 du code pénal. Le délit consiste à présenter publiquement sous un jour favorable un acte terroriste ou son auteur. La peine de base est de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. Elle est portée à sept ans et 100 000 euros lorsque les faits sont commis sur un service de communication en ligne, ce qui est le cas ici. Une peine complémentaire d'inéligibilité, pouvant aller jusqu'à dix ans, est également encourue.

Le tribunal devra donc dire si, en relayant les mots d'Okamoto sans distance critique, l'eurodéputée a incité ses lecteurs à porter un jugement favorable sur l'attentat ou sur son auteur. Le contexte jurisprudentiel pèse : la Cour de cassation a récemment confirmé que présenter les attaques du Hamas du 7 octobre comme des « actes de résistance » pouvait relever de ce délit.

Son immunité de parlementaire européenne ne la protège pas. Les publications visées n'ont pas été diffusées dans l'exercice direct de son mandat, et la procédure a été menée en flagrance, sans levée d'immunité.

Une dizaine de parties civiles face à l'eurodéputée

À l'ouverture de l'audience, à 9 heures, Rima Hassan a posé son keffieh sur le banc des prévenus, dans une salle presque comble. Face à elle, une dizaine d'avocats représentent les parties civiles : la Licra, l'OJE, l'Observatoire juif de France, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), Avocats sans frontières France et l'Union des étudiants juifs de France (UEJF).

La présidente de l'OJE, Muriel Ouakine-Melki, a dénoncé auprès de l'AFP le danger que représente le fait de faire passer un acte terroriste pour un acte de résistance. Selon CNews, elle a fait citer à la barre le fils d'une victime française de l'attentat de 1972.

La défense plaide le procès politique

Pour Me Vincent Brengarth, avocat de l'élue, sa cliente est poursuivie pour la faire taire, en raison de ses prises de position sur Gaza. La défense invoque la liberté d'expression et parle d'un procès politique. Rima Hassan se présente comme la cible d'un harcèlement judiciaire lié à son engagement propalestinien.

Le procès devait initialement se tenir le 7 juillet. Me Brengarth avait alors obtenu un renvoi en dénonçant l'afflux de conclusions des parties civiles reçues au dernier moment, contre l'avis du parquet. Ce jour-là, plusieurs centaines de soutiens, dont Jean-Luc Mélenchon, s'étaient rassemblés devant le tribunal judiciaire, tandis que le collectif Nous Vivrons dénonçait une tentative de pression sur la justice.

Garde à vue, fuites et classement sans suite

Convoquée le 2 avril à la police judiciaire, Rima Hassan avait été placée en garde à vue. Lors de la fouille, les policiers avaient trouvé du CBD et une substance ressemblant à de la 3-MMC, une drogue de synthèse. L'information avait fuité dans la presse pendant la garde à vue. Le 9 avril, le parquet de Paris a classé ce volet sans suite, faute d'infraction suffisamment caractérisée. L'élue affirmait avoir acheté légalement du CBD dans une boutique de Bruxelles.

Elle a depuis saisi le Défenseur des droits pour dénoncer de graves manquements policiers, notamment l'analyse de la géolocalisation de son téléphone sur trois mois. LFI a parlé de « scandale d'État ». Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a assuré n'avoir organisé aucune fuite.

D'autres procédures en cours

Selon le parquet de Paris, Rima Hassan est visée par six autres procédures, tandis qu'une vingtaine de plaintes ont été classées sans suite. Deux d'entre elles ont débouché sur des poursuites distinctes pour apologie publique de crime et provocation publique non suivie d'effet. Elles visent deux publications Instagram, dont une story accompagnée de la formule « un par un », relayant un article sur les exécutions par le Hamas de Gazaouis accusés de collaborer avec Israël. Ces dossiers n'ont pas encore été jugés.

Un procès sous haute tension politique

L'audience s'ouvre deux semaines après un nouvel incident au Parlement européen. Le 6 octobre à Strasbourg, Rima Hassan a reconnu avoir retiré le drapeau israélien d'une exposition consacrée aux victimes du 7 octobre, le drapeau européen tombant au sol dans le même mouvement. La présidente du Parlement, Roberta Metsola, a dit prendre l'affaire très au sérieux, et le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a réclamé des sanctions exemplaires.

Née en 1992 dans le camp de Neirab, près d'Alep en Syrie, arrivée en France enfant et naturalisée en 2010, Rima Hassan a été élue au Parlement européen en 2024. Les débats se poursuivent ce mardi 20 octobre. Le jugement pourra être rendu à leur issue ou mis en délibéré à une date ultérieure.

Sources :
AFP via Boursorama ·

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