Mont du Temple : le rabbin Yitzhak Yossef interdit de voter pour Ben Gvir et ses alliés

Actualités, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Mont du Temple : le rabbin Yitzhak Yossef interdit de voter pour Ben Gvir et ses alliés

Le rabbin Yitzhak Yossef interdit de voter pour les partis favorables à la montée au mont du Temple

Par Claudine Douillet

L'ancien grand rabbin séfarade d'Israël déclare interdit, au nom de la loi juive, tout soutien aux partis qui encouragent les Juifs à monter sur le mont du Temple. Publiée dimanche soir dans une lettre manuscrite, à huit jours des législatives du 27 octobre, sa décision vise une cible que la presse israélienne identifie sans peine : Itamar Ben Gvir et la droite nationaliste religieuse, en concurrence directe avec le Shas pour le même électorat traditionaliste.

Une lettre manuscrite publiée à la veille du scrutin

Le rabbin Yitzhak Yossef, ancien Rishon LeTsion et grand rabbin séfarade d'Israël, aujourd'hui président du Conseil des sages de la Torah, l'instance suprême du Shas, a rendu public dimanche 18 octobre un texte écrit de sa main. Il y rappelle que tous les grands décisionnaires des générations passées, sans exception, ont interdit de façon absolue la montée sur le mont du Temple, en raison de la gravité de la faute encourue.

Le rabbin s'en prend ensuite aux responsables politiques qu'il accuse d'entraîner le public dans la transgression. Selon le texte rapporté par Channel 14, il dénonce « des responsables publics qui se définissent comme nationaux et sanctifient la montée ». Il en tire une conséquence électorale directe : soutenir le parti d'un élu qui monte au mont du Temple et encourage cette pratique revient, selon lui, à commettre soi même la faute. Voter pour ce parti est donc interdit par la halakha. Il ajoute qu'il ne faut accorder ni appui ni reconnaissance à ceux qui, à ses yeux, portent atteinte aux lieux saints d'Israël et trompent le public.

Le karet, la sanction la plus lourde de la loi juive

Le cœur de l'argument tient en un mot : karet, le retranchement, une peine que la tradition juive situe entre les mains du Ciel. Pour la majorité des décisionnaires, tout Juif est aujourd'hui considéré comme impur par contact avec la mort, faute de vache rousse permettant la purification. Or l'emplacement exact du Saint des Saints n'étant pas établi avec certitude, chaque pas sur l'esplanade expose au risque de pénétrer dans l'enceinte interdite. D'où l'interdit global défendu par le grand rabbinat depuis la réunification de Jérusalem.

Une position constante depuis 1967

La position du rabbin Yossef n'a rien de nouveau. Dès 1967, au lendemain de la libération de la Vieille Ville, des dizaines de grands rabbins, parmi lesquels son père, le rabbin Ovadia Yossef, ainsi que les rabbins Yossef Shalom Elyashiv et Shlomo Zalman Auerbach, avaient signé un avertissement solennel contre la montée. Un panneau du grand rabbinat posé à l'entrée du site le rappelle toujours. En 2018, le rabbin Yitzhak Yossef et son homologue ashkénaze David Lau avaient renouvelé cet appel, contresigné par une centaine de rabbins de tous les courants.

Dès 2014, après une vague d'attentats à Jérusalem, il avait déjà exigé l'arrêt des montées, déclenchant la colère de figures du sionisme religieux, dont Naftali Bennett à l'époque. Des étudiants de yeshivot lui avaient alors reproché publiquement de traiter avec mépris les rabbins qui autorisent la montée dans les zones jugées permises, après immersion rituelle. Le débat halakhique est réel et ancien. Ce qui change aujourd'hui, c'est son usage électoral.

Ben Gvir dans le viseur, sans être nommé

La lettre ne cite aucun parti. Mais Channel 14 a classé l'article sous les noms d'Itamar Ben Gvir et de Moshe Feiglin, deux figures politiques qui ont fait de la présence juive au mont du Temple un marqueur identitaire. Le différend avec Ben Gvir est ouvert depuis longtemps : lorsque le ministre de la Sécurité nationale était monté sur le site, le rabbin Yossef lui avait adressé une lettre de protestation, estimant qu'un ministre du gouvernement israélien ne peut agir contre les directives du grand rabbinat.

La campagne a fait monter la tension. Le 17 septembre, Channel 14 rapportait déjà une déclaration du rabbin interdisant de voter pour quiconque monte au mont du Temple. Le 7 octobre, il accusait Ben Gvir d'être responsable des arrestations d'étudiants de yeshivot. La lettre de dimanche donne à cette offensive une forme écrite, signée, et donc plus contraignante pour les fidèles qui suivent ses décisions.

Le Shas joue sa survie électorale

Le calendrier n'a rien d'anodin. Les Israéliens votent le 27 octobre, pour la première élection depuis 1988 tenue au terme normal de la législature. Le Shas, qui a quitté le gouvernement en cours de mandat sur fond de crise autour de la conscription des ultraorthodoxes, plafonne autour de sept sièges dans les sondages, son plus bas niveau depuis 2022. Otzma Yehudit se situe dans la même zone.

Les deux formations chassent sur le même terrain : l'électorat séfarade traditionaliste des villes de développement et des quartiers populaires, attaché à la tradition sans être ultraorthodoxe. Pour ces électeurs, l'autorité du fils d'Ovadia Yossef pèse lourd. Transformer une préférence politique en interdit religieux, c'est tenter de bloquer la fuite de voix vers Ben Gvir dans la dernière ligne droite.

Les adversaires du Shas y verront une instrumentalisation de la halakha à des fins partisanes. Ses partisans répondront que le rabbin ne fait que répéter ce qu'il enseigne depuis plus de dix ans. Réponse dans les urnes le 27 octobre, où l'on saura si les électeurs traditionalistes obéissent à leur rabbin ou à leur colère politique.

Sources :

Channel 14 (C14) · Makor Rishon · Jerusalem Post · Mako N12 · JDN · Wikipedia, élections 2026

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi