Israël : couteaux, coups et silence officiel dans les écoles, la violence est devenue un fléau assumé

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Israël : couteaux, coups et silence officiel dans les écoles, la violence est devenue un fléau assumé

Un couteau en CE1, et l'école regarde ailleurs

À Kiryat Ata, des parents d'élèves d'une école primaire ont décidé de passer à l'acte : vendredi prochain, ils boycottent les cours. Derrière cette décision radicale, une série d'incidents violents qui se sont succédé ces dernières semaines dans l'enceinte même de l'établissement. Des faits graves, mal gérés selon eux, et surtout dissimulés. Le tout dans un silence institutionnel qui, à force, est devenu insupportable.

Un couteau sorti en pleine classe — et les parents n'en ont rien su

Tout a commencé, ou plutôt tout a explosé, autour d'un incident qui aurait dû déclencher l'alarme générale. Un élève de CE1 a apporté un couteau à l'école et l'a sorti pendant la journée scolaire. Les parents ne l'ont appris que bien après. Quand ils ont interrogé la direction, la réponse était toute trouvée : confidentialité des données personnelles. «Ils ont dit au conseil des parents qu'ils n'avaient pas informé pour des raisons de vie privée», raconte une mère, la voix chargée d'incrédulité.

Ce n'est pas un fait isolé. Dans la même classe, un élève se lève en plein cours et pique ses camarades avec des crayons. Un autre frappe pendant les leçons — et quand l'assistante ou l'enseignante tente de l'arrêter, c'est elles qui prennent les coups.

«Les enfants ne racontent même plus ce qui se passe à la maison, parce que la violence est devenue normale pour eux», dit la mère, et cette phrase seule devrait glacer le sang.

Des menaces, des coups, et une impunité qui s'installe

Le tableau ne s'arrête pas là. Un enfant a été battu par ses camarades de classe sous la contrainte, affirment les parents, après avoir été menacés par un autre élève. «Mon fils a été menacé à coups de poing et agrippé par le cou pendant un cours», témoigne la même mère. Ce ne sont plus des chamailleries de cour de récréation. C'est un climat de peur qui s'est installé durablement dans les salles de classe.

Le 26 mai, nouvel incident : un élève balance tables et chaises à travers la pièce, si violemment que toute la classe doit être évacuée. Le lendemain, 22 parents votent pour le boycott. Le message est clair : le seuil de tolérance est atteint, et dépassé.

«On savait que c'était difficile. On a attendu. On a tort d'avoir attendu»

Comment en est-on arrivé là ? Une mère retrace l'histoire de cette école implantée dans un nouveau quartier, avec une communauté jeune et des débuts forcément difficiles. «C'est une école dans un nouveau quartier, avec une jeune communauté. On savait qu'il manquait du personnel, et les enfants ont même changé d'enseignant en cours d'année. On pensait que les choses allaient s'arranger, mais la situation n'a fait qu'empirer», raconte-t-elle.

Les parents ont pourtant essayé de jouer le jeu. Ils ont rencontré la direction, interpellé les parents des élèves concernés, multiplié les démarches. «Les parents disent qu'ils s'en occupent, mais sur le terrain, on ne voit aucun changement», résument-ils. C'est précisément cette absence de résultats concrets qui a fini par convaincre la majorité d'entre eux qu'un geste fort s'imposait. «On a compris que si on ne faisait pas quelque chose d'exceptionnel, on continuerait à nous ignorer», explique l'une des mères.

Ce que les parents exigent — et ce qu'ils n'ont pas eu

Leurs demandes ne sont pas révolutionnaires. Ils réclament des renforts en personnel, une transparence totale vis-à-vis des parents, des sanctions disciplinaires effectives, et un accompagnement émotionnel et pédagogique pour les élèves en difficulté. «Nos enfants ont le droit d'aller à l'école en sécurité et d'apprendre dans un environnement protégé», écrivent-ils dans leur communiqué. Une évidence qui, à Kiryat Ata, n'est plus si évidente.

La municipalité et le ministère répondent — en disant le moins possible

Face à ces accusations, les institutions ont répondu. Avec les mots qu'on attendait, et le vide qu'on craignait.

De la mairie de Kiryat Ata :

«La municipalité condamne toute manifestation de violence. Contrairement à ce qui a été dit, l'incident en question a été traité immédiatement et de manière professionnelle par le ministère de l'Éducation et la direction de l'école, en pleine coopération et conformément aux directives. En raison de l'obligation de confidentialité, il n'est pas possible de donner davantage de détails.»

Du ministère de l'Éducation : «Toute atteinte à un membre du personnel enseignant constitue le franchissement d'une ligne rouge éclatante, et sera traitée avec fermeté et tous les outils éducatifs, thérapeutiques et disciplinaires à la disposition du système. (...)

Dans ce cas, l'inspection de district et l'école continuent de suivre de près les équipes éducatives et les élèves, tout en renforçant les classes avec des équipes professionnelles et des réponses éducatives et émotionnelles. En raison de la confidentialité et de l'intégrité des procédures disciplinaires, éducatives et thérapeutiques en cours, le ministère ne pourra pas en dire davantage à ce stade dans la sphère médiatique.»

Quand «traité dans les règles» ne veut plus rien dire

Ce que ces déclarations ont en commun est révélateur : elles affirment que tout a été fait, sans dire ce qui a été fait. Elles invoquent la confidentialité là où les parents réclament de la transparence. Elles parlent de «lignes rouges» et de «fermeté» à propos d'incidents qui, selon les témoignages, se répètent semaine après semaine sans que rien ne change dans les classes.

Les parents, eux, ne demandent pas de conférence de presse. Ils demandent que leurs enfants puissent s'asseoir en classe sans craindre d'en ressortir blessés. Vendredi, en gardant leurs enfants à la maison, ils ne font pas que protester. Ils protègent.

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