Gaza : sous couvert de déblaiement, des tunnels du Hamas méthodiquement détruits

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Gaza : sous couvert de déblaiement, des tunnels du Hamas méthodiquement détruits

Gaza : sous couvert de déblaiement, des tunnels du Hamas méthodiquement détruits

Derrière l’image d’un simple « nettoyage des gravats », le document interne révélé par Mako expose une réalité autrement plus stratégique : 1,25 million de mètres carrés dégagés, 70 000 tonnes de débris traités, mais aussi plus de 2 250 mètres de tunnels souterrains localisés et neutralisés. À Gaza, la phase dite de reconstruction s’entrelace avec une opération de sécurisation profonde du terrain, menée alors même que le Hamas n’a pas été désarmé.

Avant la levée des armes de Hamas : le document interne qui expose l’ampleur des travaux de reconstruction à Gaza

Un rapport interne du Centre de coordination multinationale à Kiryat Gat (CMCC), consulté et publié en exclusivité par N12 / Mako, révèle l’ampleur d’un chantier colossal de reconstruction dans la bande de Gaza, alors même que le Hamas n’a pas été désarmé et que l’accord de cesse-z-lfe est encore fragile. 

Nettoyage des décombres en profondeur : chiffres et réalité

Selon ce document daté de mi-janvier, 1,25 million de mètres carrés ont été dégagés des décombres dans les trois premiers mois suivant la trêve, et environ 70 000 tonnes de matériaux obstruant les rues et terrains ont été traitées ou enlevées. L’objectif déclaré des équipes ingénierie est de préparer des zones à usage résidentiel futur pour la population palestinienne. 

Les espaces nettoyés se situent au sud de la bande de Gaza, derrière ce que l’on appelle le « ligne jaune », c’est-à-dire dans la zone sous contrôle israélien depuis les opérations militaires. 

Au-delà de l’évacuation des gravats, le rapport du CMCC souligne que des dizaines de milliers de tonnes de débris ont été recyclés en matériaux de construction réutilisables, destinés à des projets d’infrastructure futurs. 

Images satellites et tunnels neutralisés

Le document publié comprend également des images satellites avant et après les opérations de dégagement, ainsi que des photographies qui montrent des engins lourds au travail sur le terrain. 

Dans le même temps, le rapport indique que plus de 2 250 mètres de tunnels souterrains ont été localisés et neutralisés lors des travaux, signalant une dimension sécuritaire ajoutée aux opérations d’ingénierie civile. 

Une coordination partielle israélienne ? L’armée apporte une autre version

Un haut gradé de l’armée israélienne n’a pas contesté l’existence des travaux de génie civil, mais a souligné une logique différente : pour Tsahal, ces travaux s’inscrivent dans un cadre de sécurité opérationnelle, visant à éliminer les risques pour les forces sur le terrain, avec notamment l’identification et la destruction de tunnels utilisés par des groupes armés. 

L’armée a déclaré que ces opérations sont réalisées selon les directives du gouvernement, avec des équipes qui nettoient, certifient et sécurisent des zones identifiées comme dangereuses, ce qui permettrait d’éviter des embuscades ou pièges pour les soldats. 

Donald Trump, la « Peace Council » et la reconstruction avant le désarmement

Le rapport interne mentionne aussi les propos de Jared Kushner, gendre de Donald Trump et figure clé de la « Peace Council », forum censé superviser la reconstruction de Gaza. Lors d’une allocution à Davos, Kushner a affirmé que des travaux de dégagement ont déjà commencé dans la bande de Gaza. 

Selon des informations publiées ailleurs, Trump et ses conseillers ont alloué environ 5 milliards de dollars à des initiatives humanitaires et de reconstruction, bien que ce montant soit très en deçà des besoins estimés par l’ONU, qui évoque une enveloppe proche de 50 milliards de dollars pour une reconstruction complète de l’enclave.

Ce que révèle en creux le document : une réalité stratégique plus complexe

Au-delà des chiffres – 1,25 million de mètres carrés dégagés, 70 000 tonnes de gravats traités, 2 250 mètres de tunnels neutralisés – le document interne du CMCC met en lumière une dynamique plus large : la création d’une nouvelle réalité physique sur le terrain, alors même qu’aucun cadre politique définitif n’a été établi et que le Hamas conserve ses capacités militaires résiduelles.

Les travaux décrits ne relèvent pas d’une reconstruction classique d’immeubles ou d’infrastructures civiles complètes, mais d’un travail préparatoire massif : dégagement, stabilisation des zones, tri des matériaux, recyclage des débris pour de futurs usages. Autrement dit, il s’agit d’un nettoyage stratégique des zones sous contrôle israélien, situées au sud de la bande, derrière la « ligne jaune », afin de transformer des secteurs détruits en espaces techniquement exploitables.

Le rapport souligne également que ces opérations ne sont pas purement humanitaires. La neutralisation de tunnels, l’assainissement des terrains et la sécurisation préalable des zones traduisent une logique militaire imbriquée dans la phase dite de reconstruction. La frontière entre ingénierie civile et sécurisation opérationnelle y est ténue.

Par ailleurs, la mention de financements évoqués par l’entourage de Donald Trump, notamment les milliards annoncés pour la reconstruction, introduit un autre élément clé : la reconstruction devient un levier diplomatique, voire un outil d’influence géopolitique. Les montants cités restent largement inférieurs aux estimations des organisations internationales, ce qui laisse planer une incertitude majeure sur l’ampleur réelle d’un futur plan global.

En clair, ce qui se dessine n’est pas encore une « reconstruction de Gaza » au sens politique du terme, mais une phase de préparation territoriale, menée dans un contexte militaire encore actif. La question centrale demeure entière : qui gouvernera ces espaces une fois stabilisés ? Sans désarmement complet du Hamas ni accord institutionnel structuré, ces opérations créent un fait accompli technique, mais pas encore une solution politique.

C’est précisément ce décalage – entre le béton déplacé et l’absence de cadre souverain défini – qui résume la situation actuelle : le terrain avance plus vite que la diplomatie.

Contexte : une reconstruction avant un accord politique ?

Ce qui apparaît clairement dans le document du CMCC, c’est que des opérations de nettoyage et de préparation pour un avenir post-conflit ont déjà été engagées avant que le Hamas soit désarmé ou qu’un accord politique solide soit signé avec toutes les parties prenantes. 

Pour les analystes, cette dynamique reflète une approche pragmatique des acteurs internationaux, qui tentent de créer des faits matériels sur le terrain, même si la situation politique reste fragile et les structures de pouvoir à Gaza instables. 

 

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