Auteur juif : Feydeau le mal aimé

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Auteur juif : Feydeau le mal aimé

Feydeau le mal aimé

Qui prendra le risque de relire Feydeau en oubliant ce qui le lie à l'image d'Epinal du vaudeville ? Auteur de grandes pièces que beaucoup estiment à tort périmées, le dramaturge fit surgir le grotesque de l'âme humaine par le comique de langage et de situations.

 

Il se peut, qu'après tout, ce théâtre cruel et mordant complexe par sa qualité et le réduire à la légèreté sans voir ce que ça cache  reste plus facile.  Chez Feydeau le théâtre dit bourgeois gronde parfois d’une violence sourde. Dans des corpus de mimiques, de répétitions, d'accents, borborygmes, tous les personnages sont victimes d'eux-mêmes.
Ionesco l'a compris. Avec la "Cantatrice Chauve" il poussera simplement plus loin les processus de son prédécesseur.

 

Le patrimoine de Feydeau contient une richesse rare et dérangeante. L'œuvre incarne un moment précis de l'histoire sociale petit bourgeoise dont ce théâtre devient la critique irrésistible.

De "La puce à l'oreille" ou "Occupe toi d'Amélie", il s'en faudrait toujours de peu pour que tout tourne au tragique. Mais les dérives langagières - imitation exotique du parler dominant - soulignent l'altérité des classes et des situations sociales, indice d'un bouffonement vital.

Les pièces indiquent qu’il existe dans toute langue contractuelle et dominante un non-dit et de l’innommable. Celui-ci se formule dans l'incompétence de ceux qui dans de telles pièces en perdant le fil font que toute logique se desserre. Preuve qu'avec Feydeau le théâtre de l'absurde est déjà en marche.

Georges Feydeau est Né à Paris le 8 décembre 1862, il est le fils (présumé) du romancier Ernest Feydeau. Sa mère est d’origine juive polonaise.

Il commence à écrire des pièces dès l’âge de sept ans. En 1886, il obtient un succès avec le vaudeville Tailleur pour dames, et connaît par la suite plusieurs échecs, mais impose son talent à partir de 1892, dans Monsieur chasse! et Champignol malgré lui.

Marié avec la fille du peintre Carolus-Duran, il en aura quatre enfants, mais n’est pas un époux fidèle. Il déambule, la nuit, de cafés-concerts en cercles de jeu, dans une apparente oisiveté, et pourtant ne cesse d’obtenir des triomphes au théâtre, avec des vaudevilles d’un comique irrésistible, qu’il met lui-même en scène. Un fil à la patteL’Hôtel du Libre-ÉchangeLe DindonLa Dame de chez Maxim et, plus tard, La Puce à l’oreilleOccupe-toi d’Amélie, sont construits avec une précision qui l’a fait comparer à un horloger.

Sa création deviendra différente à partir de 1908, avec les « farces conjugales », telles que Feu la mère de Madame ou On purge Bébé, d’un comique assez cruel, inspirées de sa propre vie.

Atteint par une syphilis qui engendre des troubles mentaux, ce «moraliste souvent profond » (Jacques Lorcey) s’éteint le 5 juin 1921 après deux années de souffrances. Mais, aujourd’hui encore, ses œuvres ne cessent d’occuper la scène. «Après Molière, le plus grand auteur comique français.»

Jean-Paul Gavard-Perret

Feydeau, "Théâtre", La Pléiade, Gallimard, Paris, 2021, 1776 p., 69 E..

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