Film juif : Un juif pour l'exemple

Chronique Cinéma, Culture - le - par .
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Un Juif pour l'exemple film

1942, l'Europe est à feu et à sang. Mais nous sommes en Suisse, plus précisément à Payerne. C'est loin, la guerre, pense-t-on ici, c'est pour les autres, même si la frontière n'est qu'à quelques kilomètres.

Dans ces campagnes reculées, la terre a le goût âcre du sang des cochons et des bestiaux à cornes, qu'on tue depuis des siècles. L'économie va mal. Usines et ateliers mécaniques disparaissent. La Banque de Payerne fait faillite. Des hommes aux mines patibulaires rôdent par routes et chemins. Les cafés sont pleins de râleurs.

Parmi eux, Fernand Ischi, vantard, rusé, bien renseigné, a prêté serment, avec une vingtaine de Payernois, au Parti nazi. Il rêve d'attirer l'attention de la Légation d'Allemagne, et même – pourquoi pas ? – d'Adolf Hitler lui-même.

Dans leur ligne de mire : Arthur Bloch, 60 ans. Bernois, il exerce le métier de marchand de bétail. Il connaît bien tous les paysans et les bouchers de la région. Ce jeudi 16 avril, se tiendra la prochaine foire aux bestiaux de Payerne. C'est ce jour-là qu'Ischi et sa bande passeront à l'acte. C'est ce jour-là qu'un Juif sera tué pour l'exemple.

Choix de Claude Layani

Les faits

Le 16 avril 1942, Arthur Bloch, un Juif bernois exerçant la profession de marchand de bétail, se rend à la foire de Payerne. A midi, les bêtes qu'il a acquises durant la matinée attendent toujours d'être réclamées. Le soir venu, la famille du marchand commence sérieusement à s'inquiéter. Arthur Bloch a disparu.
Les soupçons de la police de Payerne se tournent rapidement vers un groupe de jeunes gens qui professent ouvertement leurs sympathies nazies. On connaît leur chef, Fernand Ischi, qui travaille dans le garage familial. Jusqu'ici, on n'avait pas véritablement pris au sérieux ce groupe d'agités qui se réunit dans les arrière-salles des cafés, s'entraîne au tir dans la forêt et se fait prendre en photo avec les insignes nazis.

L'enquête va confirmer cette piste. Fernand Ischi et sa bande passent aux aveux. Le jour de la foire, ils ont entraîné Arthur Bloch dans un guet-apens. Le malheureux a été tué par balles avant d'être dépecé. Dispersé dans des "boilles" à lait, son corps a été ensuite jeté dans le lac de Neuchâtel.

L'écurie de la Rue-à-Thomas de Payerne où fut assassiné Arthur Bloch le 16 avril 1942. [RTS]

L'écurie de la Rue-à-Thomas de Payerne où fut assassiné Arthur Bloch le 16 avril 1942. [RTS]

 

Au terme de leur procès, qui se tient un an plus tard, Ischi et ses hommes sont condamnés à de lourdes peines de prison. Perpétuité pour lui et deux de ses comparses, vingt et quinze ans pour les deux autres.

Voir la reconstitution du crime en vidéo 

Un deuxième procès s'ouvrira en 1947: celui de Philippe Lugrin, considéré comme le commanditaire du crime. Cet ancien pasteur converti au national-socialisme était un des animateurs principaux de la section vaudoise du Mouvement national. Professant une haine virulente contre les Juifs, il organisait des conférences auxquelles Ischi et sa bande ont assisté. L'homme, qui avait fui en Allemagne après le crime, sera condamné à vingt ans de réclusion.
Un fait d'histoire

Le crime de Payerne n'est pas un simple fait divers. Pour en comprendre la dimension politique, il faut revenir sur la période historique précédant la deuxième guerre mondiale. Dans les années trente en Suisse, on assiste en effet à l'émergence de courants idéologiques d'extrême-droite, influencés par le fascisme et le national-socialisme qui se développent en Europe. Parmi leurs ennemis, ces groupes désignent entre autres les communistes, les francs-maçons et bien sûr les Juifs.

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