Rafi Rotem ou les incorruptibles d'Israël

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Rafi Rotem

Lire notre précédent article David contre Goliath : L’ancien haut fonctionnaire du fisc qui fait trembler Israël

Rafi Rotem l'incorruptible l'homme qui fait trembler Israël

Rafi Rotem l'incorruptible l'homme qui fait trembler Israël

Du haut de ses 1m90, Rafi Rotem n’a rien de Colombo ni du commissaire Maigret, mais serait plutôt du genre Al Pacino dans le film « Serpico », luttant inlassablement contre la corruption.

Rafi Rotem était un commissaire de la direction nationale des enquêtes fiscales ou « la police fiscale » (DGFiP).

Après son service militaire, il intègre le fisc pour lutter contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale. Rapidement il grimpe les échelons de la hiérarchie et devient commissaire de l’unité qui lutte contre les fraudes fiscales des familles mafieuses (crime organisé) et des grosses fortunes.

Il était à la tête d’une unité de renseignement effectuant un travail top secret. Pour avoir dénoncé la corruption dans son administration, il a été licencié après 22 ans de service. Depuis, il s’est lancé dans un combat de titan contre la corruption dans les institutions en Israël.

Rafi Rotem a accepté d’accorder une interview exclusive à Alliance.

Alliance : Quel a été le déclic qui vous a poussé à dénoncer la corruption au sein de votre administration ?

RR : Tout a commencé en 2002 avec l’arrivée d’un containeur en provenance de Chine au port d’Ashdod, en tant qu’inspecteur du fisc, mon informateur (nom de code 270/02); m’avait annoncé qu’un containeur de cigarettes de contre bande devait arriver.

En général, les trafiquants s’empressent de récupérer leurs marchandises pour la revendre. Ici, la valeur du containeur était de 5-6 millions de Shekels et personne n’était venu le réclamer.

Au début, nous avions cru que nous nous étions peut-être trompés, mais quelques jours après, un autre containeur est arrivé puis un troisième, un quatrième et un cinquième, « abandonnés » sur le port.

C’était la première fois qu’une telle chose arrivait. Le soir du 31 décembre, mon indic m’annonce qu’il y a une taupe dans mon unité et qu’il se nomme Shmuel Gonen.

Abasourdi, je me suis tourné vers mon responsable hiérarchique, Rafi Amiel, qui est également le meilleur ami de Gonen, et lui ait fait part de cette incroyable information.

J’ai mis par écrit mes propos (Procès-verbal). Rafi Amiel m’a assuré que l’affaire serait traitée et qu’il n’y a pas à s’inquiéter. Or rien n’a été fait et l’ambiance au travail a commencé à être pesante. Il y a ceux qui étaient pour moi, contre moi et les neutres, ceux qui sont restés silencieux.

L’affaire prend une autre tournure, lorsque lors d’une réunion de tout le département sous l’égide du directeur adjoint Yom Tov Zohar (zal), j’ai pris la parole et demandé des explications, pourquoi rien n’avait été fait.

Mon supérieur, Rafi Amiel était furieux contre moi et à partir de cette date (4/3/2003) les ennuis ont commencé, pour finalement aboutir à mon licenciement en 2005.

En Israël les fonctionnaires ont le statut de salariés et donc licenciables.

C’est ainsi que j’ai compris que lui aussi été corrompu.

Alliance : Vos affirmations ont-elles eu une influence sur la lutte contre la corruption ?

RR : Hélas, dès l’instant où j’ai dénoncé la corruption et donné des noms (preuves à l’appui), toute la lutte contre la fraude fiscale des grands mafieux et des grosses fortunes a cessé.

A titre d’exemple, dans les années 2003, il y a eu la guerre entre les « familles » (tentative d’assassinat de Zeev Rozenstein, un des parrains de la mafia israélienne).

Afin d’éradiquer le phénomène, j’ai décidé de travailler en étroite collaboration avec la police d’Israël et nous avons créé un programme qui toucherait les Parrains en s’attaquant à leur plus grand bien : l’argent provenant des casinos illégaux, de la prostitution, drogue etc.

Ici aussi, je me suis heurté au refus de mon responsable, Rafi Amiel.

En février 2007, 15 inspecteurs du fisc ont signé une lettre, connue comme la « lettre des 15 » dénonçant la corruption au sein de l’administration fiscale, de la police et du parquet qui ont couverts ses agissements.

Alliance : Après avoir dénoncé la corruption au sein du fisc, avez-vous crains pour votre vie ?

RR : Non, absolument pas, il n’était pas question que je me rétracte, que je me taise. Mon unique préoccupation était de protéger mon informateur qui lui était en danger de mort. L’administration n’a rien fait pour le protéger, il aurait dû bénéficier du programme de protection des témoins et face au refus répété de Rafi Amiel, il existe des enregistrements qui ont été remis à la police, qui elle non plus n’a rien fait, et comme je ne travaillais déjà plus pour le fisc, le corps de mon informateur a été retrouvé, assassiné en 2005, alors que le rapport de police a conclu à un suicide. La police n’a pas enquêté, puisqu’il s’avère qu’elle aussi est en partie corrompue.

Alliance : en 2015, vous vous êtes lancé en politique, pourquoi et quels sont vos objectifs?

RR : depuis mon départ du fisc, je ne cesse de dénoncer la corruption. Se présenter aux élections législatives était un moyen de toucher un plus grand auditoire. Néanmoins, nous nous y sommes pris trop tard et mener une campagne coûte très cher et nous n’en avions pas les moyens.

Mes apparitions lors de conférences, d’interview réalisées par différents médias (La chaine Tv10, la 1, le journal Globes et la radio Reshet Bet) ont commencé à intéresser davantage le public et en 2015, une association a été créée « Rotem pour l’éradication de la corruption ».

Rafi Rotem

Rafi Rotem avec Sylvie Rafael membre de son association

Chaque semaine, nous nous présentons dans les bureaux du contrôleur de l’Etat (Mevaker Ha Medina), et de personnalités publiques ainsi que devant leurs domiciles pour manifester pacifiquement.

Je donne également quelques conférences et des interviews à la protestation qui s’est réinstallée sur le boulevard Rothshild à Tel-Aviv, ainsi que des conseils gratuits lorsque des particuliers s’adressent à moi quand ils sont témoins de corruption. Je leur explique tout le processus et ce qu’il va se passer s’ils la dénoncent.

Alliance : Que pensez-vous de l’enquête en cours contre Benyamin Netanyahou qui fait la Une de tous les médias?

RR : Je ne tiens pas à me prononcer sur cette affaire, par contre, il devrait être jugé pour son implication dans l’affaire du « containeur de Bibi » contenant des vidéoprojecteurs Home Cinéma, alors qu’il était ministre des finances en 2003. Le containeur saisis au port d’Ashdod avec de la marchandise de contrebande, a été restitué à l'importateur mafieux, membre du Likoud, après un appel du bureau de Benyamin Netanyahou, du jamais vu !

Alliance : Etes-vous optimiste ? Avez-vous des regrets ?

RR : oui, je suis optimiste, c’est un combat de longue haleine, mais je suis déterminé et j’irai jusqu’au bout. Certaines personnes sont déjà en prison pour leurs actions, d’autres les suivront comme l’ancienne procureure du district de Tel Aviv, Ruth David qui est inculpée dans une autre affaire de corruption, mais qui j’espère sera également jugée pour sa conduite dans le dossier du meurtre de l'informateur 270/02.

Je ne comprends pas qu’aucun juge israélien n’ait eu le courage de faire ce que les juges italiens ont fait. Le seul à ma connaissance qui se soit opposé au fisc est Dan More, et pour cela il a dû « démissionner » après 19 ans de loyaux services.

Le fisc emploie environ 15 500 personnes et seulement une trentaine est corrompue, mais ce sont elles qui occupent des postes clefs et qui sont soutenues par les grosses fortunes voire les politiciens.

Pour conclure, je ne regrette absolument rien et je suis même fier de ce que j’ai fait, car dans la vie il ne s’agit pas que de gagner de l’argent et de travailler, il faut accomplir quelque chose, un but, le mien est la lutte contre la corruption.

 

 

 

 

Propos recueillis par Noga Bar-Noye

 

 

 

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