La kippa ou la vie

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Ce lundi 11 janvier a été marqué par une agression antisémite à coup de manchette sur un professeur Juif à Marseille. La gravité des faits a immédiatement fait l'objet d'une décision du président du Consistoire israélite de la ville , Zvi Ammar, incitant les juifs de la ville à ne plus porter la kippa. Une initiative qui fait débat au sein de la communauté Juive.

Alors que le consistoire israélite de Marseille s'engage à dire  "il faut prendre des décisions exceptionnelles, et, pour moi, la vie est plus sacrée que tout autre critère" « Ce n’est pas pour céder ni au terrorisme ni à ces barbares, mais uniquement pour préserver les vies humaines. Il ajoute : " Malheureusement, devant une situation exceptionnelle, il fallait prendre une décision exceptionnelle. ça me fait mal au ventre… »

Zvi Ammar espère que cette démarche sera de courte durée  "jusqu'à des jours meilleurs" , déplorant  « on est obligé de se cacher un petit peu »

"Malheureusement pour nous, on est ciblés: dès qu'on est identifiés, qu'on est juifs, on peut être agressés et même risquer la mort. Là, on a franchi un pas d'une extrême gravité".

Marseille, l'agression antisémite qui fait débat sur le port de la kippa

Marseille, l'agression antisémite qui fait débat sur le port de la kippa

Pour lui, l'État fait "tout pour nous assurer le maximum de protection",mais "on ne peut pas demander plus. On ne va pas mettre un policier, un gendarme ou un militaire derrière chaque juif".

Un avis qui n'est absolument pas partagé par le grand rabbin HaÏm Korsia  et le Crif.

En effet, le grand rabbin de France, a déclaré mardi que la recommandation faite aux juifs de Marseille d'enlever la kippa après l'agression antisémite d'un enseignant était un "cri d'émotion compréhensible", tout en ajoutant: "Nous ne devons céder à rien, nous continuerons à porter la kippa."

Pour Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, le Crif, "c'est une attitude défaitiste" et "certainement pas une bonne idée".

Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France lance : "Touche pas à ma kippa!". Pour lui, il est impératif que  "l'ensemble de la société réagisse et soutienne la liberté de conscience".

"Je peux comprendre que, dans le contexte qui est le sien, pris par l'émotion, il ait proposé cette mesure d'urgence. Mais ce n'est pas le port ou non de la kippa qui va résoudre la question du terrorisme" a réagi le président du Consistoire central, l'instance de représentation culturelle du judaïsme français, dont dépend le consistoire de Marseille.

Le secrétaire d'Etat Jean-Marie Le Guen s'est dit "bouleversé", mardi soir, par la demande formulée par le président du Consistoire. "Je suis profondément bouleversé par cette décision et je pense que c'est une interpellation pour tous les Français (...) Je comprends, et je ne vais évidemment pas remettre en cause le conseil qui est donné par les responsables communautaires, mais d'un certain point de vue (...) c'est une affaire qui concerne toute la société" a-t-il dit.

Réagissant à la décision prise, la présidente régionale du Crif, Michèle Teboul pense que "sur le plan personnel, (...) il faut vivre normalement". "Mais je ne peux pas ne pas me plier (à cette décision) si c'est pour assurer la sécurité des juifs", a-t-elle ajouté.

La réponse politique s’est, elle, voulue rassurante. La garde des sceaux, Christiane Taubira, a souligné les valeurs de la « république laïque », et que « Comme tout citoyen français, les juifs de France doivent se sentir en sécurité » et doivent « bien entendu » pouvoir porter la kippa dans la rue, a poursuivi la ministre.

La communauté juive de Marseille est la deuxième plus importante de France derrière Paris et sa région, et une des plus nombreuses d'Europe également avec quelque 70.000 membres sur une population de 855.000 habitants.

L'auteur des faits, qui a dit aux policiers avoir agi "au nom d'Allah" et du groupe État islamique, une enquête pour « tentative d’assassinat aggravé en raison d’une appartenance religieuse » et d’« apologie du terrorisme » a été ouverte, et le parquet antiterroriste de Paris saisit.

Nathalie ZADOK

 

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