La peine de mort est-elle kasher ?

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Après les libérations de prisonniers de l'année dernière et les cas de récidives concernant plusieurs terroristes libérés en échange de Gilad Shalit en 2011, la nécessité de prévenir de tels échanges à l'avenir a conduit un certain nombre de personnes à réclamer l'établissement de la peine de mort en Israël. Certaines de ces personnes ne réalisent peut-être pas que la peine de mort existe déjà dans le cadre légal israélien mais que, suivant une règle non-écrite, les procureurs ne réclament jamais son application. L'unique exception à cette règle, historique, avait trait au criminel nazi Adolf Eichmann.

Les partis politiques appelant à une application plus large de la peine de mort sont Baït Hayehudi (droite religieuse) et le parti russophone Israel Beïtenu. Ce dernier a déjà soumis à la nouvelle Knesset une motion demandant l'application de la peine capitale pour toute personne reconnue coupable de meurtre dans le cadre d'un acte de terrorisme.

Pour le rabbin et docteur Jeffrey Woolf, professeur au Département de Talmud de l'Université Bar Ilan, "il n'y a aucun doute quant au fait que la tradition rabbinique soit allergique à la peine de mort, bien que la Torah l'autorise. Concrètement, la tradition rabbinique subordonne la peine capitale à tellement de conditions et précautions que son exécution est rendue impossible."

"La peine de mort devient ainsi purement théorique et ne peut véritablement servir de moyen de dissuasion", ajoute le rav Woolf […], en s'appuyant sur la dixième mishna [loi, NdT] du premier chapitre du traité talmudique Makkot:

"Un Sanhedrin [tribunal siégeant à l'époque du Temple et, en principe, seul habilité à appliquer la peine capitale, NdT] qui met à mort une personne tous les sept ans est appelé meurtrier; Rabbi Eliezer ben Azaria dit: même une personne tous les 70 ans. Rabbi Tarfon et Rabbi Akiva disent: eussions-nous été membres du Sanhedrin, personne n'aurait jamais été mis à mort." (Makkot 1;10)

La Halacha [loi juive, NdT] n'a pourtant pas entièrement retiré aux juges ou gouverneurs juifs la possibilité de recourir à des exécutions afin de gouverner.

"Nous avons une mishna dans le traité talmudique Sanhedrin (9:5) qui indique que, si le meurtrier échappe à la peine capitale en raison d'un point technique, on le met en prison jusqu'à ce qu'il meure de mort naturelle, ce qui, dans les faits, revient à le condamner à mort."

Cependant, il existe un autre principe permettant à un tribunal juif de recourir à la peine capitale même en l'absence des conditions généralement requises par la Halacha.

"Un tribunal a le droit d'imposer des peines ou des punitions qui ne sont pas justifiées ou requises par la loi. Il y a pléthore de cas où quelqu'un a été surpris à cheval pendant Shabbat et a été exécuté pour cela. Cela n'était pas justifié au regard de la loi, mais les juges ont estimé que l'exécution était alors nécessaire. De nombreuses peines ont été appliquées de la sorte tout au long du Moyen Âge."

"C'était plus souvent le cas en Espagne qu'en terre ashkénaze [Europe centrale de l'est, NdT]. En Espagne, il y avait des cas de personnes mettant en danger l'ensemble de la communauté juive en passant des accords avec les autorités ou en se livrant à la délation. Dans de tels cas, le tribunal est autorisé à recourir à la peine capitale."

Menachem Ratson explique, dans le journal Hebraic Political Studies, que "la compétence du tribunal à administrer des peines exceptionnelles dépend d'une situation dans laquelle "les gens sont devenus négligents" dans un certain domaine".

"Lorsque le Rosh (Rabbenu Asher [l'un des codificateurs les plus importants de la loi juive, NdT]), a fuit en Espagne, il a été surpris (de constater que la communauté locale procédait à des exécutions) mais n'a pas critiqué le principe", souligne le rav Woolf. […]

"Ce que je veux démontrer, c'est que la base constitutionnelle pour la peine capitale existe bel et bien mais qu'il y a une allergie fondamentale quant au fait de l'utiliser", ajoute-t-il. […]

 

Source: Israel National News, 7 avril 2015

Traduction et adaptation: Julien Pellet


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