Guet: libération d'une femme "enchaînée" pendant 28 ans !

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Les cas de très longue 'aginut - "enchaînement" d'une femme dans un mariage duquel elle ne peut sortit en raison de certaines stipulations de la loi juive - sont peu communs mais malheureusement pas inconnus en Israël. Mais le cas de Raya Dinenberg, qui a connu cette semaine un heureux dénouement, est véritablement exceptionnel.

Pendant une période incroyablement longue de 28 ans, Raya Dinenberg se trouvait dans l'impossibilité de mettre fin à son mariage suite à la disparition de son mari. Le 31 mars 2015, elle a enfin obtenu le divorce après que son époux eut été retrouvé à Tel Aviv, bien vivant malgré son état de vagabond.

Il y a près de 30 ans, en 1987, le mari de Raya quitte la maison un beau matin pour ne jamais revenir, laissant sa femme et ses deux filles âgées de 4 et 9 ans.

A l'époque, le couple était en instance de divorce et le mari disparait juste après avoir reçu sa part du revenu de la vente de leur appartement.

Pour cette raison, Raya n'imagine pas qu'il ait pu lui arriver quelque chose de grave; elle se tourne vers ses proches, ses amis et toute personne pouvant l'aider à le retrouver, sans succès.

Son mari a disparu sans laisser de trace et toutes les tentatives de le retrouver s'avèrent vaines.

Après deux mois, se rendant à l'évidence que son mari ne reviendra pas, Raya ouvre une procédure de divorce devant un tribunal rabbinique local.

Cependant, pour pouvoir mettre fin à un mariage et permettre à la femme de se remarier, la loi juive requiert que le mari lui donne un guet, un acte de divorce. Si une femme donne naissance à des enfants d'une autre relation sans avoir obtenu le guet de son mari, ces enfants sont considérés comme mamzerim, un statut extrêmement problématique au regard de la loi juive.

Dans les cas où le mari a disparu et ne peut être retrouvé, la loi juive ne prévoit pas de solution permettant de mettre fin au mariage.

Raya est ainsi définie comme une femme 'aguna - "enchaînée" - par le tribunal rabbinique; un statut qui lui interdit de se remarier.

Dans les cas de ce genre, les tribunaux rabbiniques ont recours à des enquêteurs afin de retrouver les maris tentant de fuir une procédure de divorce; dans le cas de Raya, malheureusement, les enquêtes ne débouchent sur rien.

Raya doit donc élever seule ses deux filles et subvenir à leurs besoins.

L'année dernière, Raya se tourne vers Yad L'isha, une association de défense du droit des femmes.

Dvora Brisk, avocate auprès des tribunaux rabbiniques qui travaille pour Yad L'isha, décide alors de reprendre l'enquête et fait appel à un détective privé. […]

Peu à peu, le détective commence à accumuler des indices tendant à prouver que le mari de Raya, bien vivant, se trouve à Tel Aviv. Suivant sa piste sérieusement, le détective réussit à obtenir de plus en plus de renseignements et l'étau se resserre sur notre homme. […]

La semaine dernière, enfin, le détective réussit à localiser le mari de Raya dans une épicerie et avertit la police, qui l'arrête alors quelques rues plus loin.

C'est ainsi que notre homme se retrouve devant le tribunal rabbinique de Tel Aviv où il apparaît débraillé, sale, échevelé et presque méconnaissable. Devant la cour, il prétend s'être enfui il y a 28 ans afin d'échapper à ses problèmes financiers et aux nombreuses dettes qu'il avait accumulées.

Il explique ainsi qu'au cours de ces 28 ans, il n'a jamais eu de logement fixe et a vécu comme un vagabond, dormant dans des parcs, sur des bancs, dans des garages ou des abris.

Il a survécu en demandant la charité et en exécutant des petits boulots, errant de ville en ville à la recherche de la prochaine opportunité.

Le rabbin Shlomo Tan, juge au tribunal rabbinique de Tel Aviv, lui a donné le choix entre subir une peine privative de liberté ou donner à sa femme le guet tant attendu. C'est cette dernière option qu'il a choisie, sans hésiter.

Brisk a loué la détermination du rabbin Tan à retrouver le mari de Raya, soulignant qu'il avait fait absolument tout ce qui était en son pouvoir pour mettre la main dessus et ainsi mettre fin à la souffrance de Raya.

Elle a également félicité le détective employé par Yad L’Isha, un homme "exceptionnellement doué", qui a fait "un travail extraordinaire".

L'affaire de Raya est le cas de 'aginut le plus long sur lequel Yad L’Isha ait eu à travailler.

"Juste avant Pessa'h, j'ai enfin obtenu ma liberté", a déclaré Raya, à présent âgée de plus de 60 ans.

"A présent, après toutes ces années, je peux enfin célébrer Pessa'h avec mes filles et ma famille, en tant que femme libre", a-t-elle ajouté.

Bien que n'étant pas pratiquante, Raya s'est toujours interdite d'établir une relation avec un autre homme, par respect pour la loi juive.

Le rabbin Shlomo Riskin, qui dirige le réseau Ohr Torah d'institutions éducatives et de justice sociale, a souligné la profonde symbolique du dénouement de cette affaire, à quelques jours de Pessa'h - la fête juive de la liberté. […]

Le douloureux problème de la 'aginut touche malheureusement de nombreuses femmes, en Israël et de par le monde. Il y a deux semaines, l'organisation rabbinique Tsohar a lancé un nouveau type de contrat prénuptial destiné à limiter au maximum les cas de femmes 'agunot (voir notre article du 16 mars 2015).

 

Source: Jerusalem Post, 1er avril 2015

Traduction et adaptation: Julien Pellet


Vos réactions

  1. marianoluis2003@yahoo.fr'elcaramanchon

    Quel gâchis……..Que de temps perdu…….Encore une fois ce sont les femmes qui trinquent……Dans tous les pays du monde, un monde de fous, qui n’offre pas de solutions….!

    Répondre
    1. Julien Pellet Articles

      Bonjour,

      Merci beaucoup pour votre commentaire. Permettez-moi cependant d’y apporter une touche d’optimisme: les solutions existent; elles ne sont certes pas parfaites, mais elles existent. Et il existe dans le monde beaucoup de gens qui se battent pour perfectionner ces solutions et les mettre en œuvre, comme en témoigne notre article.

      ‘Hag samea’h 🙂

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