EI l'organisation terroriste la mieux financée au monde affirme David Cohen

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la source de la fortune de l'Ei est le pétrole.

Le groupe État islamique (EI) est « probablement l'organisation terroriste la mieux financée », indiquait en octobre dernier David Cohen, le sous-secrétaire américain au Trésor chargé de la lutte contre le terrorisme.

Si, depuis plusieurs mois, l'EI choque le monde par ses terribles exactions – viols, rapts, exécutions, crucifixions, nettoyage ethnique – dans les régions qu'il a conquises en Irak et en Syrie, ses sources de financement suscitent de nombreuses interrogations.

Depuis le 8 août, la coalition internationale emmenée par les États-Unis mène des frappes contre l'EI dans une tentative de freiner ses avancées.

Mais les Occidentaux ont toutes les peines du monde à s'attaquer au nerf de la guerre que constituent les finances du groupe, riche à millions grâce aux méthodes « mafieuses » qu'il applique dans les territoires sous son contrôle, expliquent des analystes. S'attaquer à ces sources est l'un des volets de la stratégie qu'avait exposée le 10 septembre le président américain Barack Obama pour « affaiblir » et au final « détruire » l'EI.

Contrairement à Al-Qaëda, dont les ressources proviennent de dons, les jihadistes de l'EI contrôlent un territoire aussi grand que le Royaume-Uni, mais en grande partie désertique, sur lequel ils font régner leur loi à coups de racket, de pillages, d'enlèvements, de contrebande de pétrole, de gaz et d'antiquités, et de trafic d'êtres humains, expliquent des analystes.

Du coup, les sanctions occidentales n'ont pas prise sur ces sources de financement totalement souterraines, souligne Evan Jendruck, consultant chez IHS Jane's, cité par l'AFP.

Quelles sont ces sources desquelles l'EI puise son financement ?

La dizaine de champs pétrolifères saisis dans l'est de la Syrie et dans le nord de l'Irak sont la principale source de revenus de l'EI.

Le pétrole extrait des champs d'exploitation dans ces deux pays, qui est raffiné dans des raffineries saisies, est revendu à prix réduit au marché noir. Il rapporte environ un million de dollars par jour à l'EI depuis la mi-juin, a indiqué en octobre David Cohen, le sous-secrétaire américain au Trésor.

Le cabinet américain IHS estimait de son côté, en octobre, les revenus pétroliers de l'EI à 800 millions de dollars par an, soit l'équivalent de 2 millions de dollars par jour.

« Le groupe terroriste (...) est capable de générer des revenus significatifs, même en produisant seulement une fraction des capacités pétrolières du territoire qu'il contrôle et en vendant le pétrole qu'il produit avec une forte remise au marché noir », souligne IHS.

Le cabinet américain estime que l'EI contrôle des capacités de production de 350 000 barils par jour (bj) mais qu'il ne produit que 50 000 à 60 000 bj, qu'il vend ensuite au marché noir à un prix compris entre 25 et 60 dollars le baril (40 dollars en moyenne), soit bien moins que les tarifs pratiqués sur les marchés internationaux, le Brent évoluant actuellement autour de 80 dollars le baril.

En revanche, les capacités de raffinage de l'EI ne sont pas clairement établies, IHS estime qu'elles sont plutôt limitées à des unités mobiles couvrant principalement la propre consommation du groupe.

Qui achète ?

Selon M. Cohen, ce pétrole est vendu à des Kurdes en Irak qui le revendent ensuite en Turquie, mais il assure que les autorités turques et kurdes en Irak « se sont engagées à combattre la contrebande de pétrole ».

Il souligne également qu'il y a des indications que ce pétrole est aussi vendu au régime syrien de Bachar el-Assad, qualifiant ces achats de « signe supplémentaire de la dépravation » du gouvernement de Damas.

Les ventes de pétrole de l'EI se font « principalement via des camions par les routes de contrebande par la frontière turque », estime, pour sa part, IHS.

« Le pétrole alimente la machine de guerre de l'EI, tout particulièrement les véhicules militaires vitaux pour ses mouvements et ses capacités de combat », et « finance directement les nombreuses activités » du groupe, souligne le cabinet.

Début septembre, Mediapart rapportait que, devant des députés de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, l'ambassadrice de l'Union européenne en Irak, Jana Hybaskova, avait affirmé que « malheureusement, des États membres de l'UE achètent le pétrole (vendu par l'EI) ». Soulignant que l'information n'était pas publique, elle n'a pas voulu donner plus de détails aux députés.

Selon Lou'aï al-Khatib, chercheur au Brookings Doha, les jihadistes raffinent l'or noir dans des raffineries de fortune puis le font passer en camion, par bateau ou même à dos d'âne vers la Turquie, l'Iran et la Jordanie.

L'EI « a réussi à faire fortune sur le marché noir en développant un vaste réseau d'intermédiaires dans des pays et territoires voisins », a-t-il expliqué en septembre dernier, cité par l'AFP.
Des experts estiment que l'EI contrôle sept champs pétrolifères et deux raffineries dans le nord de l'Irak, et six des dix champs en Syrie, notamment dans la région de Deir ez-Zor (Est) et Hassaka (Nord-Est).

 
Impact des frappes

Les récentes frappes militaires de la coalition internationale ont « commencé à diminuer les capacités de l'EI à générer des revenus de cette contrebande », relève M. Cohen, soulignant que sur le plan financier « quiconque faisant commerce du pétrole volé par l'EI serait la cible de sanctions financières ».

« Grâce aux frappes aériennes sur les raffineries mobiles de l'EI ainsi que d'autres actions militaires, nous avons observé une réduction du chiffre d'affaires tiré des ventes de pétrole, de un million de dollars par jour à plusieurs millions par semaine », assure le responsable, sans toutefois donner de chiffres plus précis.

Outre les champs pétrolifères, les jihadistes ont pris possession de champs gaziers en Syrie et en Irak, autre importante source de revenus pour ce groupe qui vend le gaz liquide à des négociants irakiens qui les transportent quotidiennement dans des camions-citernes vers l'Irak, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

 

 

Des experts estiment que l'EI contrôle sept champs pétroliers et deux raffineries dans le nord de l'Irak et six des dix champs en Syrie, notamment dans la région de Deir el-Zor (est) et Hassaka (nord est).

 

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