Un peuple dans l'impasse

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                                                    Un peuple dans l'impasse

                                                  par Fabrice Chiche (Le Cercle)

Article paru dans The Jerusalem Post édition française du 10 mai 2006


En l'espace de quelques années, les orientations politiques de l'opinion publique israélienne ont fondamentalement changé. On peut clairement qualifier ce changement, dont Ariel Sharon fut l'instigateur, de nouvelle stratégie globale pour Israël. Cette nouvelle orientation a tout d'abord provoqué une révolte au sein du Likoud mais aussi une surprise au sein du parti travailliste, car les débats autour des questions sécuritaires ont toujours été houleux au sein de l'opinion publique israélienne. Cependant, une large partie de la classe politique et plus généralement de l'opinion publique semble avoir tiré des leçons de l'échec des accords d'Oslo. Les citoyens israéliens considèrent désormais les palestiniens comme incapables d'assumer le rôle qui est le leur dans la recherche d'une solution pacifique.

Seule une minorité d'israéliens a toujours considéré que Gaza et la Cisjordanie constituaient un point sur lequel il ne fallait pas transiger. Tous les premiers ministres israéliens savaient bien qu'un jour ou l'autre ils devraient traiter la question fondamentale du tracé des frontières de l'Etat d'Israël. Une majorité de la population a longtemps considéré que rendre ces territoires en échange d'un réel progrès sur le plan diplomatique serait une option valable. Car en effet, l'une des menaces pour Israël à long terme est une guerre larvée à ses frontières avec différents pays arabes. Sur le plan territorial Ehud Barak proposa précisément la mise en oeuvre d'un accord dont les avancées auraient été sans précédent. Mais, en rejetant ce plan, Yasser Arafat perdit toute sa crédibilité et engendra un phénomène de désillusion chez les israéliens. Son attitude mit en exergue les attentes trop importantes des palestiniens qui équivalaient, notamment sur la notion de droit au retour, à la destruction pure et simple de l'Etat d'Israël.

Alors que Benoît XVI a exprimé « le juste droit d'Israël d'exister dans la paix », le Hamas revendique qu' « Israël existera et continuera d'exister jusqu'à ce que l'islam l'anéantisse comme il a anéanti d'autres auparavant " (1). Le Hamas ne s'en tient pas à une vision théorique puisqu'il exprime que « les pays arabes entourant Israël doivent ouvrir leurs frontières aux combattants...ils doivent faciliter la circulation des combattants. »*. Dans un tel contexte, un attentat tel que celui perpétré à l'encontre de civils israéliens et qui a fait dix morts à Tel Aviv, n'étonne même plus l'opinion internationale. Comment les palestiniens en sont-ils arrivés à confier leur avenir à des leaders aussi radicaux ? Oui ces élections étaient démocratiques.

Mais pour autant ont-elles insufflé une once de valeurs démocratiques au sens où nous, occidentaux, l'entendons. Les leaders du Hamas se sentent aujourd'hui libres de gouverner ce peuple tout en continuant de dire que « les initiatives, les propositions et les conférences internationales sont une perte de temps et des tentatives vaines. » *. Dans ces conditions, plus que de savoir si le Hamas est apte à dialoguer avec ses voisins pour une réconciliation, ou au minimum une entente cordiale, c'est bien la question de savoir si le peuple palestinien est prêt à avoir son propre Etat qui se pose. Car en effet c'est bien une large partie de l'opinion publique palestinienne qui embrasse l'idéologie du Hamas.

Bien évidemment, tout le peuple palestinien n'adhère pas à ses thèses. Cependant, un Etat ne peut reposer sur une telle haine et une telle _expression de violence. C'est pourquoi le rôle de la communauté internationale, l'Europe en tête, est de rappeler ce peuple à la raison. Cette tendance de fond ne saurait être dissociée de la posture néo-fasciste adoptée par le leader iranien qui incarne cette idéologie sous toutes ses formes. Ses propos cimentent les sources idéologiques auxquelles les palestiniens adhèrent aujourd'hui en grande majorité.

En ne dénonçant pas les attentats, le premier ministre palestinien Ismail Hanieh endosse implicitement ceux-ci et soutient ouvertement le terrorisme. Ceci est un fait nouveau. A ce titre, il faut noter que l'attentat de Tel Aviv a été revendiqué par le Jihad islamique mais aussi par les brigades des martyrs d'Al Aqsa dont le Fatah, parti de Mahmoud Abbas, est proche. Il y a donc d'une part un leader, Mahmoud Abbas, incapable de contrôler un groupe terroriste qui se revendique de son parti - le Fatah - dont le principal protagoniste, Marwan Barghouti a figuré numéro deux sur la liste électorale lors des dernières élections législatives.

Et d'autre part, le Djihad islamique dont le Hamas connaît parfaitement tous les activistes mais qu'il n'a ni cherché à arrêter ni même condamné. L'Europe, en décidant de geler une partie des aides à l'Autorité palestinienne a envoyé un signal fort aux extrémistes. Mais les palestiniens ne reprendront le chemin du dialogue que si la pression exercée par les occidentaux sur l'Autorité palestinienne s'accompagne d'un sursaut des palestiniens eux-mêmes. Dans nos démocraties on descend dans la rue pour bien moins. Aujourd'hui, le peuple palestinien doit descendre dans la rue pour réclamer la démission de leaders extrémistes. Alors que les israéliens prennent leur destin en main, notamment au travers de l'unilatéralisme comme option politique, les palestiniens doivent enfin reconnaître que l'extrémisme ne peut les mener que dans une impasse. En effet, dans ces conditions, on ne peut raisonnablement penser qu'ils sont prêts à avoir leur propre Etat.

(1) Propos attribué à l'Imam Hassan El Banna - fondateur des Frères Musulmans
* extrait de la charte du Hamas

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