L'Egypte joue son va-tout en invitant Israël et les Palestiniens

International - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

L'Egypte, en coordination étroite avec la France, a pris le pari risqué d'inviter Israël et les Palestiniens à venir immédiatement négocier sous son patronage la fin de la guerre de Gaza.

Le président Hosni Moubarak, à l'issue du sommet avec le président français Nicolas Sarkozy à Charm el-Cheikh, sur la mer Rouge, a annoncé en quelques mots cette initiative, sans en révéler le format.

"L'Egypte invite les Israéliens et les Palestiniens à une réunion urgente" pour négocier des accords et garanties sur la bande de Gaza, a-t-il dit, au onzième jour de l'opération israélienne dans l'enclave palestinienne. Les garanties devraient inclure "la sécurisation des frontières", ce qu'exige Israël, "l'ouverture des points de passage frontaliers et la levée du siège" dans la bande de Gaza, comme le réclament les Palestiniens.

Le raïs égyptien, critiqué par les radicaux du monde arabe, a aussi proposé de reprendre le processus avorté de réconciliation palestienne entre le Fatah du président Mahmoud Abbas, et le mouvement islamiste Hamas.

Bien plus disert, le président Sarkozy a expliqué avoir déjà pris contact avec le premier ministre israélien Ehud Olmert, et que l'arrivée d'une délégation israélienne en Egypte était peut-être une question d'heures. "Il faut que cela cesse, que les armes se taisent", a-t-il indiqué, estimant que les Israéliens doivent comprendre que "leur sécurité ne dépend pas de l'opération qu'ils mènent à Gaza".

Israël va ouvrir un couloir humanitaire dans la bande de Gaza, a annoncé dans la foulée le bureau du Premier ministre israélien Ehud Olmert, sans se prononcer à ce stade sur l'invitation de l'Egypte. Le président Moubarak avait notamment souhaité l'ouverture immédiate d'un corridor.

"La proposition égyptienne a ceci d'important que personne n'est humilié, que personne ne perd la face, que ce n'est pas un retour au statu quo ante puisque les Egyptiens sont prêts à travailler sur la sécurité aux frontières, puisqu'une pression est faite pour qu'il n'y ait plus de roquettes qui partent de Gaza", a déclaré M. Sarkozy.

La réussite de ce scénario inattendu de sortie de crise, qui suppose encore l'accord très rapide de tous les acteurs sur un plan précis, permettrait à M. Moubarak d'être consacré "faiseur de paix". S'il échoue, il pourrait être accusé d'avoir permis à Israël d'avoir gagné du temps pour poursuivre son offensive, et d'avoir évité une résolution du Conseil de Sécurité condamnant l'Etat hébreu au même titre que le Hamas.

Avertie par Israël de l'opération "plomb durci" dans la bande de Gaza, l'Egypte dit avoir tenté in extremis de l'en dissuader, alors que les radicaux l'ont accusé de l'avoir au moins tacitement approuvée. C'est par l'intermédiaire de la France ou de la Turquie, qui ont des liens avec la Syrie, un des "parrains" du Hamas, qu'un accord peut être obtenu, selon des sources françaises.

Une délégation du Hamas à renoué mardi au Caire un difficile dialogue avec les Egyptiens, à leur invitation, après une échange d'âpres accusations. Le chef de la diplomatie Ahmad Aboul Gheit avait accusé le Hamas d'avoir offert sur "un plateau doré" à Israël le prétexte d'intervenir en dénonçant la trêve en vigueur jusqu'au 19 décembre et lançant des volées de roquettes. Au début de l'opération israélienne, fin décembre, le Hamas a accusé l'Egypte de verrouiller le terminal de Rafah "sous de faux prétextes".

Les Egyptiens vont devoir s'engager de manière crédible à en finir avec les souterrains clandestins qui passent sous les hauts murs et barbelés érigés le long des 14 km de sa frontière avec Gaza, dit "couloir de Philadelphie". Creusés de part et d'autre de Rafah et ses environs, ces tunnels longs de plusieurs centaines de mètres, permettent notamment l'acheminement des armes qui équipent le Hamas, selon tous les experts.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi