Vivre sous les roquettes, pour la cause de Dieu

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                          Vivre sous les roquettes, pour la cause de Dieu

Sderot, Israël, le 10/02/08, Volets baissés, jardins envahis par les mauvaises herbes: les villas abandonnées se comptent par dizaines à Sderot, qui prend par endroits des allures de ville fantôme.

Depuis deux ans, depuis que les tirs de roquettes en provenance de Gaza se sont intensifiés, un quart des habitants auraient déserté cette ville campée dans le Sud désertique d'Israël pour se réfugier plus au nord. «Les roquettes ne font pas beaucoup de morts mais elles créent un climat de terreur difficilement supportable», déplore Amihaï Cohen, 21 ans, habitant de Sderot. «Les adultes font des dépressions nerveuses, des enfants de 8 ans recommencent à faire pipi au lit. Et puis les gens se sentent abandonnés de tous. Ils voient bien que leur sort n'intéresse ni l'État ni même le reste de la population.»

Amihaï Cohen n'est pas originaire de cette cité déshéritée, peuplée majoritairement d'Israéliens venus du Maroc, de Russie ou d'Éthiopie. Lui a grandi à Jérusalem mais immédiatement après son mariage, il y a deux ans, il s'est installé ici avec son épouse, Dina. Ce ne sont pas des perspectives d'emploi alléchantes ou les prix dérisoires de l'immobilier qui ont attiré le jeune couple à Sderot. Ce sont les roquettes, précisément. «Nous sommes venus ici pour soutenir notre peuple, pour transmettre aux gens l'énergie que nous donne la Torah», indique Amihaï. Car le jeune homme, comme un millier d'autres résidants fraîchement installés à Sderot, se réclame du sionisme religieux, un courant du judaïsme prônant l'établissement du grand Israël, de la mer Méditerranée jusqu'au Jourdain. Une petite kippa tricotée sur la tête, Amihaï étudie les textes bibliques plusieurs heures par jour dans l'académie talmudique de Sderot. Autour de lui, dans l'immense salle de cours, plus de 300 hommes venus des quatre coins du pays sont absorbés dans l'étude des saintes Écritures.

Le rabbin Fandel, le directeur de l'académie talmudique, se félicite de cet afflux d'étudiants défiant les roquettes du Hamas. Pour lui, l'affrontement entre Israël et le mouvement islamiste palestinien relève purement et simplement d'une guerre de religion. «Tout au long de l'Histoire, les nations du monde ont voulu empêcher les enfants d'Israël de retourner sur la terre d'Israël», affirme le rabbin. «Aujourd'hui, les Arabes veulent nous chasser d'ici. Pourtant, Sderot se situe du côté israélien établi par la ligne verte de 1967, mais cela ne leur suffit pas. Ils veulent tout notre pays. Notre réponse consiste à construire sans cesse. Cet établissement va s'agrandir et des centaines de familles religieuses vont s'installer à Sderot.»

Des hauteurs de Sderot, on aperçoit nettement les faubourgs de Gaza, situés à moins de cinq kilomètres. Les deux villes, qui entretenaient autrefois d'intenses relations commerciales, sont aujourd'hui séparées par une infranchissable barrière de sécurité. Seules les roquettes artisanales palestiniennes se jouent de cette frontière ultrasophistiquée. Plusieurs fois par jour retentit dans les rues de Sderot cette désormais fameuse «alerte rouge», qui signale la chute imminente d'une roquette. Elle a notamment retenti à plusieurs reprises vendredi quand le Hamas a lancé 17 roquettes contre le Sud d'Israël.

Chez les Charor, quand cette sirène se fait entendre, toute la famille se précipite dans la chambre blindée de l'appartement. Le père, Haïm, récite alors des psaumes pour rassurer ses cinq enfants. Avant d'habiter Sderot, les Charor vivaient à Névé Dékalim, une colonie juive de la bande de Gaza évacuée en 2005. Leur installation dans cette ville sous les roquettes relève d'un choix idéologique assumé. «En nous imposant cette épreuve, Dieu veut tester notre attachement à la terre d'Israël», estime Hadas Charor, institutrice. «Il attend de nous que nous restions y vivre malgré les difficultés. Les gens d'ici doivent comprendre que nous sommes chez nous à Sderot, tout comme nous sommes chez nous à Jérusalem ou à Hébron (en Cisjordanie). Toute la terre d'Israël nous appartient. C'est ce que j'explique à mes élèves».

L'objectif est clairement énoncé: en plus d'apporter une aide sociale et un soutien moral aux habitants de Sderot, les familles religieuses s'efforcent de diffuser la parole divine. «Je ne suis pas religieux mais je dois reconnaître que ces gens font un travail remarquable à Sdérot», confie Noam Badine, journaliste dans la presse locale. «La population y est très sensible. Les gens disent que tout le monde les abandonne et que seuls les religieux viennent vers eux.»

Une guerre de religion?

Vainqueur des élections législatives palestiniennes de janvier 2006, le Hamas prône dans sa charte la destruction de l'État d'Israël. «Face à l'usurpation de la Palestine par les Juifs, il faut brandir l'étendard du jihad», disent les fondateurs du mouvement islamique qui considèrent que «sortir du cercle du conflit avec le sionisme constitue une haute trahison. Violemment antisémite, le Hamas affirme qu'Israël, par sa judéité et ses Juifs, constitue un défi pour l'islam et les musulmans». Récemment, certains dirigeants du Hamas ont toutefois émis l'hypothèse d'une trêve de 10 ans avec Israël en échange d'un retour aux frontières de 1967. De son côté, Israël considère le Hamas comme une «organisation terroriste», à l'instar de la plupart des pays occidentaux dont le Canada. En septembre dernier, à la suite de l'intensification des tirs de roquettes, la bande de Gaza a été déclarée «entité hostile» par Israël et soumise à un blocus partiel. Dans la déclaration d'indépendance du 14 mai 1948, Israël se définit comme un «État juif» établi dans le «pays d'Israël» décrit comme le berceau du peuple juif. Le document affirme «le droit naturel du peuple juif d'être une nation comme les autres nations et de devenir maître de son destin dans son propre État souverain». Cependant, les frontières de l'État n'ont jamais été définitivement fixées et le gouvernement israélien se dit favorable à la création d'un État palestinien dans la bande de Gaza et dans une partie de la Cisjordanie. Hormis le parti sioniste religieux, les partis politiques israéliens ne se réfèrent pas à la Bible dans le conflit avec les Palestiniens.

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