ADN de synthèse : la nouvelle arme anti-braquage ?

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adnb.JPGArticle paru dans "Le Point"

La société SelectaDNA propose une solution révolutionnaire de protection des commerces permettant de lutter contre les cambriolages. Reportage.
Une lampe torche UV révèle des traces d'ADN chimique. Une lampe torche UV révèle des traces d'ADN chimique. © Le Point.fr

Une molécule d'eau pour confondre des voleurs. Le procédé paraît incroyable. Il est pourtant bien réel : certains commerces ont désormais leur propre ADN chimique. Fin septembre, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a annoncé le développement de nouveaux dispositifs qui permettraient de reconnaître des délinquants "sans marge d'erreur". La solution ? "Un système de traçage et d'identification à base d'ADN synthétique", explique Pascal Kouppé de K.Martin et directeur général de la société de sécurité SelectaDNA. Cette entreprise française, qui appartient au groupe Selectamark implanté en Grande-Bretagne depuis 1985, affirme qu'elle équipe déjà une centaine de sites en France. Parmi eux, des bijouteries, des tabacs, des entrepôts ou encore des centres commerciaux.

Ce nouveau système de sécurité ultra-moderne consiste à placer un aérosol à l'entrée d'établissements sensibles. Si un braquage est commis, "le système va pulvériser une vapeur d'ADN" sur les délinquants au moment où ils sortent du magasin, explique Pascal Kouppé. Un UV synthétique de couleur bleue peut ensuite être utilisé par la police pour faire apparaître l'ADN. Concrètement, si après un braquage la police procède à des perquisitions ou place une personne en garde à vue, elle pourra vérifier si le mis en cause a été aspergé. "Une fois que la personne est marquée, l'ADN reste entre 90 et 120 jours. Tout ce qui est front, capillaire, muqueuse, cela reste longtemps. Pour les mains et les joues, c'est plus court, car ce sont les parties de notre corps les plus exposées. Sur les vêtements, cela reste plusieurs mois", soutient le directeur général de SelectaDNA. Les cagoules, les vêtements, les casques de moto... Tout peut être marqué.
"Notre métier est d'être commerçant, avant d'être vigile" (buraliste)

La hausse du nombre de braquages en France a poussé Manuel Valls à lancer en septembre un "plan national de lutte contre les cambriolages et les vols à main armée". "Il est inacceptable que des commerçants viennent au travail avec la peur au ventre, la peur de se faire braquer", avait-il déclaré à la presse. Le meurtre d'un braqueur par un bijoutier à Nice avait relancé le débat sur la protection des commerçants et la légitime défense. Selon des chiffres de la Place Beauvau, 352 600 cambriolages ont été recensés en 2012. Entre 2008 et 2012, les cambriolages ont augmenté de 18 %. Le nombre de vols à main armée augmente lui aussi et s'élève à 5 300 en 2012.

Le ministre de l'Intérieur fait donc le pari de l'ADN de synthèse. "Il s'agit d'une mesure extrêmement dissuasive", a-t-il assuré. Depuis deux ans, une expérimentation de ce type a été menée dans un grand centre commercial de Seine-Saint-Denis : aucun braquage n'y a été commis. Les forces de police, elles aussi, semblent être en faveur d'un développement du dispositif. "Pour la police technique et scientifique, c'est évidemment une aide précieuse à l'élucidation des crimes et des délits", s'exclame Mohamed Douhane, du syndicat Synergie Officiers. En tout point rejoint par Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes : "Tout ce qui pourra apporter une solution supplémentaire pour améliorer notre sécurité est bienvenu. Notre métier est d'être commerçant, avant d'être vigile."
Un dispositif légal ?

Manuel Valls souhaite adopter un cadre réglementaire autour de cette nouvelle technique de protection avant la fin de l'année. La société SelectaDNA assure que l'ADN de synthèse n'est pas dangereux pour la santé. "Nous travaillons sur des molécules d'eau. C'est incolore et inodore", assure-t-elle. Une concertation entre le ministère de l'Intérieur et la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) a également été engagée. "Notre rôle est de contrôler le champ d'application exact de l'ADN de synthèse. Nous devons regarder quelles personnes peuvent avoir accès à la base de données [les officiers de police judiciaire sur réquisition du procureur, NDLR], et dans quelles conditions. Nous devons ensuite contrôler l'opportunité de tels dispositifs", explique-t-on à la Cnil. En clair : dans quels cas est-ce vraiment utile ?

Reste le coût - 1 868 euros hors taxe pour un dispositif classique -, qui pourrait rebuter de nombreux commerçants. D'autant plus que, pour être automatique, le système doit être couplé à des caméras de vidéosurveillance dites "intelligentes", capables de détecter des voix, des bruits et des attitudes qui laissent penser qu'un braquage est en train d'être commis. Les commerçants attendent un geste des pouvoirs publics. Manuel Valls a déjà promis d'engager des réflexions pour réduire "les coûts d'investissements".

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