Syrie : reçue favorablement, la proposition russe suscite beaucoup de scepticisme

International - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

carte-syrie.gifArticle paru dans "Le Figaro"

Rebattant les cartes, la proposition russe de retirer à la Syrie son arsenal chimique a été saluée par la plupart des chancelleries, bien que l'extrême difficulté à la mettre concrètement en œuvre suscite la crainte qu'il ne s'agisse que d'une manœuvre de diversion.

Quelques heures avant que Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, abatte son joker, le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, avait évoqué, lors d'une conférence de presse à Londres, l'hypothèse où Bachar el-Assad «restituait l'intégralité de son arsenal chimique à la communauté internationale» pour éviter que son pays subisse des frappes aériennes. Accueillant ensuite la proposition russe avec un «profond scepticisme», John Kerry, par la voix de son porte-parole, a pris soin de préciser que sa précédente remarque londonienne était purement «rhétorique», comme s'il s'était agi pour lui de démontrer par l'absurde pourquoi il fallait bombarder Damas.

Après plus de deux années de conflit, difficile de croire du jour au lendemain à la bonne foi russe et syrienne. Le ministre des Affaires étrangères de Damas, Walid Mouallem, s'est borné à accueillir «favorablement l'initiative russe», rendue publique en sa présence à Moscou, avant d'honorer «la sagesse des dirigeants russes qui tentent d'empêcher une agression américaine contre notre peuple». Mais il n'a formulé aucun engagement concret ni été plus explicite sur la manière dont son pays pouvait livrer son arsenal chimique.
Un scénario à l'irakienne

La Syrie n'a pas ratifié la Convention sur l'interdiction de la fabrication et du stockage des armes chimiques (document pdf) entrée en vigueur en 1997. Personne ne sait exactement de quelles substances ce pays dispose, ni où ces stocks d'armes chimiques sont entreposés. Aller les chercher, «c'est une bonne idée, mais difficile à réaliser», commentait un responsable américain interviewé par l'agence Reuters. «On est en pleine guerre civile où le régime syrien massacre son propre peuple. Est-ce que quelqu'un pense vraiment qu'il va brusquement cesser de tuer pour permette aux inspecteurs de sécuriser les armes chimiques et de les détruire?»

Amy Smithson, experte en armes de destruction massives au Centre James Martin pour les études sur la non prolifération, rappelle les années de cache-cache en Irak entre les inspecteurs de l'Onu et le président de l'époque, Saddam Hussein, avant d'estimer que l'expérience irakienne pourrait se reproduire en Syrie. La destruction des armes chimiques syriennes pourrait prendre des années, estiment les spécialistes de la question.
Prendre garde à une manœuvre de diversion

Mais, sur le papier, l'offre russe est alléchante, et ne peut être rejetée d'un revers de main. «Aujourd'hui il y a eu une proposition intéressante avec la Russie qui a appelé pour la première fois la Syrie à mettre son arsenal chimique sous contrôle international», a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, lors d'une émission télévisée sur la chaîne publique ARD, ajoutant espérer que «les actes suivent» et qu'il ne s'agisse «pas que de gagner du temps».

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, qui attend toujours le rapport de ses experts sur l'attaque chimique du 21 août en Syrie, a rapidement salué la proposition russe et estimé que la Syrie devrait «l'accepter» officiellement, ajoutant qu'il y aurait dans ce cas «une action très rapide» de la communauté internationale pour s'assurer que les stocks soient détruits. «J'étudie la possibilité de demander de manière urgente au Conseil de sécurité d'exiger le transfert immédiat des stocks d'armes et de précurseurs chimiques dans des zones en Syrie où ils pourraient être entreposés en sûreté et détruits», a-t-il précisé à des journalistes.

«Si la Syrie mettait ses armes chimiques hors d'usage, sous supervision internationale, clairement, cela serait un grand pas en avant et cela devrait être encouragé, a déclaré le premier ministre David Cameron devant les députés britanniques. Mais il a aussitôt ajouté: «Je pense que nous devons faire attention toutefois à ce que ne soit pas une manœuvre de diversion pour discuter d'autre chose que du problème sur la table.»
Fabius pose trois conditions

La France, qui a porté l'option militaire avec les États-Unis, prend également la proposition russe avec beaucoup de réserves. Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a certes jugé «recevable» cette offre, mais il pose «au moins trois conditions». D'abord, que l'engagement de Damas à détruire son arsenal chimique soit conduit «sur la base d'une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu», ce qui lierait Russes et Chinois. La France exige ensuite un «calendrier court» et des «conséquences fermes» si le régime syrien ne respecte pas ses engagements. Enfin, le ministre français entend que les responsables du massacre à l'arme chimique du 21 août dernier soient traduits pour y être punis par la Cour pénale internationale (CPI). Une menace pour Bachar el-Assad, son entourage et la haute hiérarchie militaire syrienne.

Les ministres des Affaires étrangères du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Émirats Arabes Unis, Qatar, Bahreïn, Oman), favorables à des frappes militaires contre le régime syrien, se réunissent mardi à Jeddah. Le président Barack Obama doit, lui, s'adresser ce mardi soir aux Américains dans le cadre solennel de la Maison-Blanche.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi