En Israël, le cinéma "casher" veut gagner ses lettres de noblesses

Chronique Cinéma - le - par .
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lecoeurasesraisons.jpgArticle paru dans "L'Express"

Depuis une dizaine d'années, un cinéma ultrareligieux fait par et pour les femmes israéliennes se développe mais cherche encore sa place dans le panorama du cinéma actuel.

ISRAEL- Le coeur a ses raisons, en salle ce mercredi, premier film destiné à un public laïc d'une réalisatrice ultra-orthodoxe qui a travaillé pour le cinéma ultrareligieux.

Devenue ultra-orthodoxe à l'âge de vingt-cinq ans, la cinéaste israélienne Rama Burshtein, dont le film Le coeur a ses raisons, sort en salle mercredi 1er mai, ne s'en cache pas. Avant de signer ce premier long-métrage destiné à un public laïc, primé à la Mostra de Venise, et qui porte sur la communauté hassidique de Tel-Aviv, cette réalisatrice a travaillé de manière sporadique pour le cinéma haredi (craignant Dieu, ultrareligieux, ndlr). Apparue voilà environ treize ans en Israël, cette industrie se compose de films faits par et pour des femmes ultrareligieuses, et conçus sous surveillance rabbinique. 

"Le cinéma haredi totalise plus de 150 long-métrages, soit une dizaine de films par an. Il répond avant tout à la demande des femmes ultra-orthodoxes. Ces dernières ne fréquentent pas les salles obscures, qui rassemblent un public mixte et ne regardent pas la télévision. Mais elles ont soif de divertissements autorisés en dehors de la maison. Et sont friandes de projections organisées dans des auditoriums réservés au public féminin", explique Marlyn Vinig, mère de sept enfants, qui enseigne le septième art à l'académie de Beit Vagan - un quartier religieux de Jérusalem, et auteur d'une thèse sur le "cinéma orthodoxe". Reflet d'un engouement croissant pour ce genre, une association de réalisateurs haredi vient de voir le jour, qui compte 120 membres dont cinq adhérents hommes.

Le cinéma haredi qui fait la part belle aux mélodrames construits autour de rôles féminins, connaît un essor rapide. Metteur en scène vedette du secteur, Dina Perlstein, mère de huit enfants, a réalisé huit films en l'espace de dix ans... Cette résidente du quartier ultra-orthodoxe de Bnei Brak (près de Tel-Aviv) investit plusieurs centaines de milliers de shekels par production. Dans l'ensemble, le cinéma "casher" repose toutefois sur des films à petits budgets, presque toujours autofinancés. Il met aussi à l'affiche des actrices professionnelles non religieuses, parfois très connues qui ne préfèrent pas ébruiter leur participation. 

Il est vrai que cette industrie cherche encore à gagner ses lettres de noblesse. "On reproche au cinéma haredi de manquer d'ambition artistique. Mais ce genre possède d'autres codes", plaide Marlyn Vinig, qui siège par ailleurs au Israeli Film Council, où elle tente d'obtenir des financements pour les réalisatrices ultra-orthodoxes. A en croire Yael Silman, une institutrice âgée de 25 ans du quartier de Ramat Shlomo, au Nord de Jérusalem, le combat revêt une autre dimension. Pour son premier film Champs Elysées 29, la jeune femme a obtenu un consentement rabbinique afin de mêler à son intrigue quelques petits rôles masculins. Une innovation qui a valu à son long-métrage d'être banni par la frange la plus rigoriste de la communauté.

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