L'orphelinat symbole de la descente aux enfers de l'Irak

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                  L'orphelinat symbole de la descente aux enfers de l'Irak

Article paru dans "El Mundo", le 03 juillet 2007

En octobre 2003, l'orphelinat Dar Al-Hanan, à Bagdad, était un établissement propre et accueillant, raconte le quotidien espagnol El Mundo. Quatre ans plus tard, les images d'enfants prostrés, parfois attachés au pied de leurs lits, ont ému la planète.
Saddam, 15 ans, découvert à l'orphelinat Dar Al-Hanan
    
Il est difficile de reconnaître, dans les photos diffusées ces dernières semaines, l'orphelinat pour enfants handicapés Dar Al-Hanan [la Maison de la tendresse] de Bagdad. [Ces images montraient des enfants prostrés, dénutris, endormis au pied de lits-cages.] Or, lorsque nous l'avons visité, en octobre 2003, cet orphelinat était au contraire un endroit lumineux, aux chambres spacieuses. Les patients, 105 garçons et filles âgés de 4 à 18 ans, s'y voyaient prodiguer l'attention et les soins de la directrice, Sukhira Rahma Mohamed, des neuf employés – trois psychologues, trois infirmiers et trois professeurs – et du gardien, qui avait décoré les murs de fleurs surchargées et d'images de Mickey.

Le sourire des petits pensionnaires, presque tous atteints d'invalidité mentale profonde, était révélateur : ils étaient bien nourris, bien vêtus, propres, et avaient tous des jouets, et ce malgré l'embargo [qui en 2003, au lendemain de l'invasion américaine, frappait le pays depuis plus de dix ans] et le refus du régime de Saddam Hussein de leur offrir des distractions sous prétexte qu'il s'agissait de malades mentaux. Toutes les installations du centre étaient d'une propreté impeccable – d'après la directrice de l'époque, quinze voisines venaient à tour de rôle y faire le ménage – et aucun des patients ne présentait de signes de mauvais traitement.

La direction de Dar Al-Hanan ne peut pas être soupçonnée d'avoir préparé l'orphelinat pour en donner une bonne image, car El Mundo n'avait pas annoncé sa visite, tout aussi improvisée que celle des soldats américains qui, le 10 juin dernier, ont découvert entre ses murs des scènes dignes d'un camp de concentration : 24 enfants âgés de 3 à 15 ans, entièrement nus, couverts de mouches, étaient étendus sur le sol, dans un tel état de dénutrition qu'ils n'avaient plus que la peau sur les os. Certains baignaient dans leurs propres déjections, d'autres étaient attachés à des lits métalliques sans draps. Dans une autre pièce, on a retrouvé des stocks de nourriture empaquetée et, dans une cave, des vêtements neufs encore emballés, dont on suppose qu'ils étaient revendus au marché noir.

Les Irakiens ont été horrifiés par ce spectacle indigne d'une société musulmane. En effet, en terre d'islam, les orphelinats sont rares, la tradition poussant les familles à s'occuper des orphelins de leur entourage. Il y a quelques années, il aurait été inimaginable de voir de telles scènes à Bagdad. Ce qui fait de Dar Al-Hanan un symbole de la dégradation d'une société déboussolée par les attentats à la bombe, les massacres des escadrons de la mort, les combats dans lesquels les civils se retrouvent pris entre deux feux.

Après l'impact des images, le deuxième choc a été la réaction du gouvernement irakien face à la découverte de Dar Al-Hanan. Le ministre des Affaires sociales, Mahmoud Jawad Radi, a nié que les orphelins aient été victimes de négligences : il a affirmé qu'ils étaient nus à cause de la chaleur et a accusé les soldats américains de leur avoir fait peur. "Se soucient-ils vraiment du bien-être des enfants, ou est-ce seulement de la propagande pour faire croire à leur bonté ?", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse donnée en compagnie de l'actuel directeur de Dar Al-Hanan, Abdoul Amir Diyaa, qui assure qu'il n'y a jamais eu d'abus dans son centre. La présence du directeur au côté du ministre a donné tort à tous ceux qui pensaient que ce dernier et ses quatre employés – localisés par les soldats alors qu'ils se préparaient à déjeuner dans une salle attenante à celle où les enfants agonisaient – seraient arrêtés afin que leurs responsabilités soient établies. Manifestement, en Irak aujourd'hui, personne n'est plus responsable de rien.
Mónica G. Prieto
El Mundo
   

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