Israël :L'Alyah d'aujourd'hui et ces nouveaux sionistes. par Claudine Douillet et Haï Assouline.

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Dans le précédent article nous avons commencé à enquêter sur les différentes façons de faire son alyah aujourd'hui.
L'alyah d'il y a une quinzaine d'années qui  se résumait encore, à venir avec femme et bagages après avoir ouvert un dossier à l'AJgence uive est révolue.

Ces Olims (immigrants) étaient souvent des familles issues de milieux modestes, d'origine sépharade pour la plupart, n'ayant pas vraiment de situation stable en France et tentant leur chance d'une nouvelle vie en Israel, terre promise ou terre des promesses...

A cette époque l'Agence Juive tentait pourtant de faire passer le message, qu'Israël n'était pas le Pérou, ni l'Eldorado de doux rêveurs.
Je me souviens d'un fameux poster suspendu dans leurs locaux, une superbe rose dont la tige recouverte d'épines titrait "On ne vous pas promis un jardin de roses . "

Pourtant, c'est cette même agence juive qui pourvoyait à presque tous leurs besoins, appartements, école et étude gratuites pour les enfants, bourse dans certains cas, loyer payé pendant deux années, crédit ou aide à l'acquisition à la propriété.

Une chance inespérée pour ses familles et qui leur permettaient de répondre également au rêve sioniste, leurs convictions, leur identité juive pouvaient être ainsi en cohérence avec leur choix de vie, vivre en Israël pour le meilleur et pour le pire. Actes de foi et de courage.

Beaucoup ont réussi leur intégration, sans doute, parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de réussir, mais l'intégration n'était pas au niveau de leurs compétences professionnelles.
il n'était pas rare de voir des anciens cadres de France se retrouvant à des postes de subalternes pour ne pas dire totalement en rupture avec leurs acquis professionnels.
Les effets de la langue mal acquise, les équivalences quasi impossible, fabriquaient des immigrés bien plus que des immigrants.

Aujourd'hui, l'Agence Juive touchée de plein fouet par la crise, les donnateurs américains n'étant plus aussi généreux, une situation d'urgence devait être mise en place.
L'Alyah devait se poursuivre en compensant le manque d'argent par une aide active, un suivi personnalisé par des coordinateurs qui prennent en charge les familles, en  accomplissant à leur place, les différentes démarches. Finalement un mal pour un bien grâce à la crise !

L''intégration s'est renforcée grâce à la volonté de coordinateurs, un véritable suivi a pris forme, le nouvel immigrant est soutenu et accompagné tout au long de son intégration.

Mais aujourd'hui, pourquoi choisir de vivre en Israël ?
La tendance c'est heureusement inversée ce ne sont plus les familles à revenus modestes, cherchant un pays refuge qui viennent s'installer en Israël. En majorité ce sont des hommes, des femmes, des familles, des jeunes qui veulent vivre autre chose, dans un pays indéniablement jeune, encore plein d'ambition, où tous les possibles sont envisageables.

Une terre où les promesses peuvent être tenues non pas grâce à la mane du gouvernement mais par une volonté individuelle, de prendre sa part de soleil, dans un pays qui le profuse en abondance.

Vivre en Israël aujourd'hui c'est pour mieux vivre.

Aujourd'hui l'Alyah est pensée , structurée, ouvrir  un dossier à l'agence juive n'est qu'une étape qui consiste tout au plus à une inscription à une liste de futurs olés (nouvels immigrants)

Cette liste est ensuite transmise à un coordinateur qui travaille sur place en Israël, et qui va prendre contact avec ces candidats à l'Alyah.
A partir de là commence le travail de l'intégration en Israël.

Haï Assouline directeur régional de Haderah et de Shomron villes situées dans le nord du pays, a bien voulu nous consacrer un peu de son temps pour nous expliquer les étapes de l'Alyah  et quels sont les profils des candidats aujourd'hui.

Claudine Douillet
- Haï Assouline, vous êtes directeur régional des régions de Haderah et de Shomron, ancien représentant (Shaliah ) de l'agence juive à Paris, votre implication, votre travail en Israël, ont  toujours été dans ce domaine,  on peut donc dire que vous êtes un expert  de la question, vous êtes venu vous même de France, avait fait vos études et votre armée en Israël. Pouvez-vous expliquer aux lecteurs d'Alliance et aux auditeurs de Judaiques FM 94.8  quelles sont les étapes d'une Alyah et le profil des candidats d'aujourd'hui ?

Haï Assouline - Nous avons assisté à différentes vagues d'Alyah, notamment la dernière dans les années 80 et 90 où  presque 1million de russes sont arrivés en Israël.
Pour y faire face on est passé du Merkaz Aklita (centre d'intégration) à l'intégration directe.
Cette alyah directe consistait à une aide financière ,également à
un oulpan (cours d'hébreu intensifs) suivant la qualification professionnelle, obligatoire pendant 5 mois ainsi qu'un suivi professionnel.
A la suite de cet encadrement par le Missrad aklita (ministère de l'intégration)  ils devaient se débrouiller pour trouver les écoles, appartements et travail.
Des conseils, des adresses étaient également données . Mais les démarches devaient être faites par les familles.
cette politique s adressait essentiellement aux immigrants russes bien plus amènes de supporter cette aide à l' intégration rudimentaire.
Leur venue en masse à fait naître des solutions d'urgences, tels que les mobiles- home qui ont envahis les terrains vagues d'Israël afin de pouvoir loger rapidement toutes ces familles.

On se doute que le taux d'échec d'une telle formule, ajoutons à cela les problèmes liés à la crise financière nous ont fait réagir.
De plus cette politique d'intégration ne convenait absolument pas aux candidats à l'Alyah de France.

Ainsi au début des années 2000, sur la demande de juifs de France, une rencontre au sommet  avec Tipi Livni, alors ministre de l intégration en Israël,  le président de l'agence juive  de cette époque,  les administateurs des bureaux de l'agence juive sur place, les représentants des communautés juives de France et également des candidats à l'Alyah se sont concertés afin de trouver une solution à une meilleure intégration en Israël.

Ainsi est née L'alyah et l'intégration de groupe.
C'est ainsi qu'en 2003 j'ai pris mes fonctions à l'agence juive à Paris afin de mettre en application cette nouvelle politique.
La différence est de taille au point que le taux d'échec est passé de 45% à 7%.
C'est une réussite sans conteste.

CD - Comment expliquer vous cette réussite ? Quelles sont les différences ?

Haï Assouline - Tout d'abord les familles sont suivies dés leur inscription à l'Agence Juive, étape indispensable à l'Alyah, ensuite à leur arrivée en Israël elles sont suivies et accompagnées sur une durée de 2 ans par un coordinateur.

CD- Quel est le rôle de ce coordinateur  ?

Haï Assouline - Le coordinateur a une tâche considérable. Sa mission est de contribuer à la réussite de l'alyah pour chacune des familles.
Pour chacune d'elle, il va prendre en charge la recherche des écoles, des cours de soutien pour les enfants qui ne parlent pas l'hébreu, la recherche de l'appartement ou d'un appartement provisoire si ils n'en ont pas encore  en arrivant en Israël, aide à la recherche d'un emploi pour les parents.
C'est une assistance intensive pendant la première année et un suivi pendant la seconde.

CD- Quel est le profil de ces candidats à l'Alyah ?

Haï Assouline - En général ce sont des familles, traditionalistes voire religieuse.
Beaucoup s'installent au centre du pays (Ashdod à Hadera) souvent d'un bon niveau social, des dentistes, des médecins.
Ce sont des actifs avec enfants en bas âges.
Il est d'ailleurs recommandé de venir s'installer en Israël avec des enfants encore jeunes
On assiste souvent à une rebellion de la part des adolescents pas bien préparés à l'Alyah et n'acceptant pas l'idée d'être déraciné de leur groupe, école, amis de France.
C'est pourquoi nous recommandons ,lorsque nous rencontrons des familles, d'informer également leurs adolescents, ils ont le droit à la parole, les faire participer est un gage de plus à la réussite de l' intégration de toute la famille.

Je m'occupe particulièrement de l'intégration des familles dans la ville de Hadera dans le nord.
Le maire de cette ville souhaite diversifier la population et nous a demandé d'intégrer des familles francophones.
Le  prix de maisons et des loyers sont plus accessibles que dans les villes comme Nethanya, Ashdod ou Jérusalem à ce jour 50 familles se sont intégrés à Hadera.
Ces familles ont choisi une intégration dans la société israèlienne, ils travaillent dans des sociétés israèliennes , leurs enfants suivent le cursus scolaire israèlien, ils parlent l'hébreu couramment.

Les autres nouveaux immigrants vivent encore un peu dans le gheto qui se veut rassurant sur plusieurs aspects notamment , la langue et les repères avec d'anciens amis venus s'installer en même temps qu'eux de France

CD - Quelles sont les villes les plus importantes en terme d'intégration des francophones en Israël ?

Haï Assouline - on distingue 3 grandes villes pour l'alyah de groupe, Ashdod, Nathanya et Jérusalem, les profils sont légèrement différents suivants les villes.

CD - Et Tel-Aviv ?

Haï Assouline - Effectivement Tel-Aviv est importante mais ne répond pas aux critères de l'Alyah de groupe. Beaucoup de touristes également qui s'installent une partie de l'année à Tel-Aviv, et continuent de travailler avec la France
Ce sont en général  des hommes ou femmes d'affaire qui continuent de travailler et de vivre de leur métier de France.
Ils vont et viennent souvent entre les deux pays.
On appelle cette nouvelle Alyah l'Alyah Boeing , bien différente de l'intégration que nous proposons aux familles dans le Nord qui elles ont préféré se déraciner totalement de la France.
Ce qui semble être un gage supplémentaire de réussite.

Ce nouveau concept, vivre entre deux pays est avant tout le résultat des nouvelles technologies. Aujourd'hui de plus en plus de femmes ou d'hommes d'affaires pilotent leur entreprise de leur portable.
ils n'ont donc pas de raison, en arrivant ici, de changer de métier.
Ils vivent avec plus de moyens puisqu'ils bénéficient des mêmes revenus qu'en France alors que le niveau en Israël est légérement plus bas et le taux de change bien plus avantageux.

Il n'est pas rare de voir des familles entières vivrent ici, en Israël, depuis plusieurs années, sans parler un mot d'hébreu. Ils vivent dans un état d'esprit, d'expat plutôt que nouveaux immigrants.
Ils ne fréquentent que des français, leurs enfants vont dans des écoles bilingues.
Ils ne s'approchent du véritable Israël que par nécessité.

L'avenir nous dira si ils continueront à vivre ici ou ailleurs.

Propos recuellis par Claudine Douillet qui remercie Haï Assouline pour sa contribution majeure à la rédaction de cet article.
Prochain article : témoignages de nouveaux immigrants,  ces nouveaux sionistes.

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