Le cruel dilemme des Arabes israéliens

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Article paru dans "tdg.ch"

Alors que les 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont commencé, hier, l’examen de la candidature palestinienne d’adhésion aux Nations Unies, les Arabes israéliens se retrouvent dans une situation plus que paradoxale. D’un côté, les députés arabes de la Knesset, le Parlement israélien, affichent un nationalisme palestinien décomplexé – le député Ahmed Tibi a d’ailleurs accompagné Mahmoud Abbas à New York. Mais de l’autre côté, sur le terrain, le soutien «de principe et de cœur» à la création d’un Etat palestinien laisse vite place à l’embarras à l’intérieur de la communauté arabe, qui représente 20% de la population israélienne.

Aucune manifestation formelle de soutien n’a ainsi été organisée dans les villes arabes israéliennes de Haïfa à Nazareth: «Le combat pour l’édification d’un Etat palestinien n’est pas le nôtre mais celui des habitants de Cisjordanie et de Gaza. Nous, nous poursuivons une autre lutte, celle de parvenir à une égalité des droits effective avec la majorité juive d’Israël», explique Mohammed Darawshe, directeur d’une ONG arabe israélienne.

Une quête ébranlée par les assauts législatifs répétés de la droite radicale, emmenée par le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman. Le plus retentissant a été la tentative, à la fin de 2010, d’imposer un serment de loyauté à l’Etat juif. Plus récemment, un projet de loi a été déposé pour retirer à la langue arabe le qualificatif de langue officielle de l’Etat israélien.

La crainte d’un transfert

Dans ce contexte de crispations, les démarches palestiniennes à l’ONU réveillent une crainte diffuse à l’intérieur de la communauté arabe: la perspective d’un «transfert» vers le nouvel Etat palestinien, idée défendue par les plus radicaux de l’Etat hébreu. Mais la demande onusienne pose surtout la question du futur de plusieurs localités arabes d’Israël, situées le long de la «ligne verte» et qui seraient concernées par un éventuel échange de territoires si un Etat palestinien voyait le jour sur les bases des frontières de 1967. C’est le cas, par exemple, de deux villages, Baqa al-Gharbiyya et Barta’a, qui se retrouvent aujourd’hui coupés en deux, entre une partie administrée par l’Etat israélien et l’autre par l’Autorité palestinienne. «Mis à part quelques personnes, aucun habitant des quartiers «israéliens» n’a envie de se retrouver du côté palestinien. Ils ont construit leur vie en Israël. Ils y ont leur famille, leur travail», explique Youssef Jabareen, professeur à l’Université de Haïfa.

Coût de la vie et assurance

Un sentiment partagé jusqu’à ces Arabes israéliens qui ont pourtant choisi de vivre à… Ramallah. A l’image de Yara, 27 ans, professeure à Jérusalem: «La vie est beaucoup moins chère ici. Mais si je dois choisir, je reviens sans hésiter en Israël», avance-t-elle. Epileptique, elle veut continuer à se faire soigner de l’autre côté du mur grâce à son assurance sociale. Elle avoue craindre, plus que tout, de perdre sa carte d’identité israélienne. Pour s’en assurer, les parents de Yara, qui vivent aussi à Ramallah, ont récemment acheté un petit appartement à Nazareth pour prouver, documents à l’appui, qu’ils vivent bien en Israël: «Je n’y ai jamais mis les pieds. Mais c’est comme une assurance», conclut Yana.

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