Ghetto Juif : la mairie contre le projet immobilier de la Fondation Calvet

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Article paru dans "La Provence"

Des associations s'opposent également à la transformation de l'îlot en appartements
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C'est un îlot connu à Cavaillon comme étant l'îlot Jouve. Ce grand ensemble de bâtiments appartient à la Fondation Calvet (sise à Avignon) suite au legs de la famille Jouve, en 1938. Il représente exactement les limites de la "Carrière" juive ou ghetto juif, quartier où vivait la communauté juive quand la cité faisait partie des États pontificaux en Provence. La "Carrière" s'est vidée de sa population après la Révolution.

La Fondation a toujours dans ses cartons, depuis 2007, un projet immobilier sur le site. Pour Robert Sadaillan, de l'association Kabellion, qui oeuvre pour le patrimoine cavare, " Les Jouve doivent se retourner dans leur tombe". Argument: "On trahit l'esprit du legs qui précisait que ce lieu devait profiter aux Cavaillonnais (siège des Archives, bibliothèque, musée) pour réaliser une opération financière". " C'est notre histoire, celle des États du Pape, celle des religions", s'indigne également Annie Stoyanov, adjointe à la Culture de la Ville, qui souhaite conserver l'ensemble pour en faire tout un musée alors que la Fondation, elle, veut transformer les lieux. Pour les bâtiments existants des XVIIe et XIX e siècles, il y aurait démolition-reconstruction et seules les façades sur rue seraient conservées, la superficie du rez-de-chaussée étant dévolue au musée.

En état de délabrement

"Nous partons en guerre", n'hésite pas à dire l'adjointe, indignée par un vote de la Fondation Calvet qui a mis le feu aux poudres. Actuellement, le label "Musées de France" est accordé à l'ensemble des musées cavares (Maison Jouve, musée archéologique de l'Hôtel Dieu). Or, "nous avons appris que la Fondation Calvet vient de voter à l'unanimité une demande de suppression de ce label", indique-t-elle. "Les Jouve étaient des gens éclairés, en ce sens qu'ils avaient une vision qui allait au-delà de leur époque, c'est pour cela qu'ils avaient souhaité laisser leurs biens à des personnes intéressées par la culture, ayant les mêmes vues. Le projet immobilier de la Fondation Calvet est inacceptable".

Pour Bertrand Lapeyre, vice-président du conseil d'administration de la Fondation Calvet, la balle est dans le camp de la mairie. Reprenant l'historique, il indique que le plan avait été déposé en 2007, sous la municipalité Giro. "Pour aboutir à ce projet, il y a eu quatre ans de travail. Nous étions prêts à investir, nous avions envisagé le financement des travaux. Nous avions un promoteur, la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles, Ndlr) nous avait donné son accord. Nous n'avons jamais eu de contre-projet. 600m² auraient été consacrés à ce musée au rez-de-chaussée des bâtiments, dispositif, financé à frais communs avec la Ville". "Pour moi, c'était fait, ajoute-t-il. Aujourd'hui on n'a plus le même interlocuteur: retrouver un promoteur est plus délicat. Nous faisons des travaux de restauration. Il faut reprendre le projet très tranquillement à la base".

En attendant, la Fondation n'a pas déposé de permis de construire en mairie, estimant que cela lui coûterait trop cher sans accord préalable de la municipalité. Côté mairie, c'est "niet". "Du temps de Maurice Giro, le projet avait été bloqué par la loi exigeant qu'une place de parking soit faite pour chaque logement construit: à défaut, le promoteur devait verser une amende à la mairie. Quand nous sommes arrivés, nous avons refusé ce projet qui ne va pas dans le sens du testament et de l'intérêt des Cavaillonnais. C'est un projet immobilier, nous ne sommes pas du tout dans la mise en valeur d'un patrimoine, on dénature, on "décalotte", dit Annie Stoyanov ajoutant:"Nous souhaitons récupérer les lieux, d'une manière ou d'une autre, en faire un vrai musée, ce que Marie-Thérèse Jouve et Michel Jouve auraient voulu".

Face à l'état de délabrement des bâtiments, et voulant mettre à l'abri son personnel, elle a décidé de les transférer, sous peu, rue de la République.Musées de France Anne Matheron, conseillère pour les Musées à la DRAC Paca, indique qu'à l'heure qu'il est, la Direction régionale des Affaires Culturelles n'a pas reçu d'information concernant cette demande de retrait du label "musées de France" que tout propriétaire est en droit de demander, et que le ministre de la Culture doit examiner avant de décider du retrait de l'appellation; elle en sera de toute façon informée.

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