Révélations explosives sur les négociations israélo-palestiniennes

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Article paru dans "L'Express"

L'actuel négociateur palestinien Saeb Erekat est mis en cause par les révélations de la chaîne Al-Jazira 

Al-Jazira a révélé des centaines de "documents confidentiels" relatifs aux négociations israélo-palestiniennes. Selon eux, les diplomates palestiniens seraient prêt à faire d'importantes concessions.

On croirait du Julian Assange dans le texte. La chaîne d'information Al-Jazira a déballé ce dimanche "la plus importante fuite dans l'histoire du conflit israélo-palestinien". Elle a même poussé la ressemblance avec Wikileaks, jusqu'à dédier un site Web à ces révélations explosives, extraites de plus de 1 600 documents concernant les négociations de paix. Le détail de ces révélations.

Des concessions sur Jérusalem

Lors d'une rencontre du 15 juin 2008, Ahmed Qoreï, un des principaux négociateurs palestiniens de l'époque, proposait devant ses interlocuteurs israéliens et américains qu'Israël annexe toutes les implantations juives construites dans et autour de Jérusalem depuis 1967. Cette concession sans précédent entrerait dans le cadre d'un accord de paix plus large prévoyant la création d'un Etat palestinien indépendant.

Ahmed Qoreï affirmait alors que les Israéliens pouvaient garder "toutes les colonies à Jérusalem à l'exception d'Abou Ghneim", dont la construction avait fortement compliqué les négociations. Jusqu'à maintenant, les négociateurs palestiniens avaient toujours affiché leur grande fermeté en public sur cette question. Mais pourtant, les Israéliens n'ont rien offert en retour, estimant que l'offre n'allait pas assez loin.

"Ce n'est pas un secret que nous vous avons proposé la plus grande Yourshalayem [Jérusalem, en hébreu] de l'Histoire", aurait affirmé aux Israéliens, Saeb Erekat, le négociateur en chef palestinien actuel. D'autres documents indiquent, selon Al-Jazira, que les négociateurs palestiniens étaient prêts à renoncer "au quartier juif et à une partie du quartier arménien" de la vieille ville de Jérusalem.

Un pacte contre le Hamas

Ahmed Qoreï aurait aussi demandé en 2008 à Tzipi Livni, alors ministre des Affaires étrangères israélienne, "de renforcer le blocus israélien imposé à Gaza". Ce blocus concerne une région contrôlée par le parti Hamas, concurrent du parti de l'autorité palestinienne, le Fatah.

Mahmoud Abbas aurait été informé par Amos Gilad, directeur des affaires politico-militaires au ministère de la défense israélien "de l'intention d'Israël de lancer une offensive sur Gaza" à la fin 2008. Ce lundi matin, le haut responsable israélien a démenti avoir adressé un tel avertissement à l'Autorité palestinienne.

Un retour des réfugiés palestiniens a minima
Révélations explosives sur les négociations israélo-palestiniennes

le Liban compte aujourd'hui 11 camps de réfugiés palestiniens au Liban. Tous sont surpeuplés, ce qui crée de grandes tensions avec les libanais.

Les Palestiniens aurait aussi été prêts à des concessions sur le droit au retour des réfugiés. Saeb Erekat, principal négociateur palestinien, se serait dit prêt à "accepter le retour de dix mille d'entre eux par an sur dix ans, soit un total de cent mille".

Un chiffre dérisoire au regard du nombre de Palestiniens exilés. Ils sont aujourd'hui près de cinq millions à vivre dans des camps de réfugiés, éparpillés dans les pays voisins, essentiellement au Liban. Leur sort est l'une des principales pierres d'achoppement dans les négociations. Les résolutions de l'ONU leur reconnaissaient le droit de rentrer.

L'Autorité palestinienne en colère

Globalement, l'autorité palestinienne nie en bloc. Interrogé sur Al-Jazira peu après la diffusion du document sur Jérusalem, Saeb Erekat a qualifié les documents de "tissu de mensonges".

Sur la question de réfugiés palestiniens, Saeb Erekat a immédiatement réagi après la publication de ces documents. "Nous n'avons pas renoncé à nos positions. Si nous avions effectivement renoncé aux réfugiés et fait de telles concessions, pourquoi Israël n'a-t-il pas accepté de signer un accord de paix?"

Israël ne dément pas

Les documents confirment que l'Autorité palestinienne est un "véritable partenaire" pour un accord de paix, a déclaré ce lundi l'ancien vice-Premier ministre israélien Haïm Ramon. Aujourd'hui député du parti Kadima (opposition centriste), il a ajouté qu'un accord avait été trouvé "pour que certains quartiers arabes de Jérusalem passent sous souveraineté palestinienne et des quartiers juifs restent sous souveraineté israélienne". Haïm Ramon a toutefois souligné que cet accord de principe n'avait "jamais été finalisé".

De son côté, le chef de la diplomatie israélienne, Avigdor Lieberman, a jugé que ces documents "montrent la nécessité de parvenir à un accord intérimaire avec les Palestiniens, au lieu d'un accord définitif". 

Quel crédit apporter à ces révélations?

La chaîne Al-Jazira a déclaré s'être procuré ces documents auprès de diverses sources. Le quotidien britannique The Guardian, un des quotidiens choisis par le site WikiLeaks pour analyser des milliers de notes confidentielles du département d'Etat américain diffusées ces dernières mois, a annoncé avoir eu accès à ces documents et avoir vérifié la plupart d'entre eux.

Un porte-parole du département d'Etat américain a, quant à lui, indiqué que le gouvernement américain se penchait sur les documents révélés par Al-Jazira. "Nous ne pouvons garantir leur véracité", a écrit le porte-parole, Philip Crowley. 

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