L'argent de Ben Ali en ligne de mire

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La Tunisie a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête sur les présumés biens mal acquis du président déchu Ben Ali et de son entourage à l'étranger, tandis que leurs éventuels avoirs en Suisse étaient gelés. Le couvre-feu a été allégé et 1.800 prisonniers libérés, mais le maintien de ministres de l'ancien régime à des postes-clefs du gouvernement de transition reste très contesté.

Selon les Nations unies, le soulèvement a fait plus de 100 morts en comptant les suicides, les manifestants tués par la police, les victimes des milices et les émeutes de prisons le week-end dernier, après le départ pour l'Arabie Saoudite de Zine el Abidine ben Ali vendredi soir. Le ministère tunisien de l'Intérieur avait fait état de 78 morts civils, plus un nombre non précisé de décès dans les forces de sécurité.

Mercredi, le couvre-feu en vigueur depuis une semaine sur le Grand Tunis a été de nouveau assoupli pour s'appliquer désormais de 20h à 5h. Le président tunisien par intérim, Fouad Mebazzaâ, a souligné dans une intervention à la télévision nationale que la "sécurité (s'était) améliorée" depuis le début de la semaine.

Il a affirmé que "les meneurs du chaos" du week-end dernier avaient été identifiés, "les bandes et ceux qui effraient la population arrêtés", et a déclaré que les résultats des enquêtes sur ces violences seraient rendus publics. "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir (...) pour que se réalisent tous les espoirs que nous ont donnés ce soulèvement et cette révolution libre", a-t-il ajouté.

Sous la pression de la rue, M. Mebazzaâ et le Premier ministre Mohamed Ghannouchi avaient démissionné du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique) mardi pour prendre leurs distances avec le parti au pouvoir emblématique du système Ben Ali, mais cela n'a pas suffi.

Plusieurs centaines de personnes ont de nouveau manifesté mercredi dans le centre de Tunis contre le maintien de ministres de l'ancien régime dans le nouveau gouvernement, par ailleurs fragilisé par quatre démissions de nouveau-venus mardi. Ils exigeaient aussi la dissolution du RCD, emblématique du système totalitaire au pouvoir pendant 23 ans.

Le RCD lui-même a fait un peu de ménage dans ses rangs en radiant Zine el Abidine ben Ali, qui était son président, et six autres hauts responsables proches du chef de l'Etat, dont deux hommes d'affaires qui sont ses gendres.

Le président déchu est également visé au porte-monnaie. L'agence de presse gouvernementale TAP a annoncé mercredi que la justice avait ouvert une enquête sur lui et son entourage pour acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers et placements financiers illicites à l'étranger, ainsi que pour possession de comptes bancaires à l'étranger et exportation illégale de devises.

Sont visés Zine el Abidine ben Ali et son épouse Leïla Trabelsi, exilés en Arabie saoudite, les gendres du président déchu Belhassen Trabelsi et Mohamed Sakhr Materi, ainsi que les autres frères et gendres de l'ex-Première dame de Tunisie, ses neveux et nièces, et tous ceux dont l'enquête prouvera l'implication dans ces délits.

Mohamed Sakr Materi est également visé à travers sa banque, la Zitouna, qui a été placée sous la supervision et le contrôle de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et pourrait être nationalisée à l'issue d'une enquête sur son financement, selon la TAP.

De son côté, la Suisse a gelé les avoirs de M. Ben Ali et de son entourage -ainsi que de ceux du président ivoirien sortant Laurent Gbagbo, qui refuse de céder la place à son successeur élu reconnu par la communauté internationale. Le gel va s'appliquer durant trois ans, ce qui devrait donner le temps à la Tunisie et à la Côte d'Ivoire de mener à bien des procédures pénales contre leurs anciens dirigeants pour réclamer l'argent.

Fin 2009, les avoirs tunisiens se montaient à 621 millions de francs suisses (482 millions d'euros) mais on ignore la part de l'ex-président et de ses proches. Il y a des "indices" de l'existence de tels fonds, a déclaré la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey.

A Berlin, un responsable allemand a affirmé que l'Union européenne travaillait sur une position commune ou des propositions concrètes pour la Tunisie qui pourraient inclure une disposition concernant les avoirs Ben Ali en Europe.

La France a fait savoir samedi qu'elle avait pris "les dispositions nécessaires pour que les mouvements financiers suspects concernant des avoirs financiers en France soient bloqués administrativement". Trois associations ont déposé plainte pour corruption mercredi à Paris contre l'ancien président tunisien et son entourage notamment pour corruption, selon l'une d'elles, Sherpa.

Par ailleurs, la note de solvabilité des investissements dans les bons du Trésor tunisiens a été rétrogradée par l'agence de notation financière Moody's, qui invoque des "incertitudes importantes" sur l'avenir économique et politique du pays.

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