Paroles de femmes, face à l’urgence de la précarité en France

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olivia_cattan.jpgIl y a ceux qui parlent et ceux qui agissent. L’association Paroles de femmes, créée en 2006 par Olivia Cattan, est de celles, qui font avancer le combat. Sa dernière action en date, une vidéo sur internet avec des personnalités transformées en SDF. Lara Fabian, Marek Halter, Fiona Gélin et Bruno Wolkowitch ont accepté de vivre cette expérience dans la rue pour sensibiliser sur la précarité. L’association entend aider les femmes SDF et les mères isolées, expulsées de leur appartement sans espoir de retrouver un logement. Elle a notamment en projet la création de Maisons citoyennes pour accueillir ces femmes. Rencontre avec Olivia Cattan et Hanna, expulsée le 16 juin avec ses enfants.

Quel était l’objectif de cette opération dans la rue ?

On voulait montrer l’indifférence et le quasi mépris face aux SDF. On a commencé par placer Lara Fabian et Fiona Gélin. Les gens leur marchaient presque dessus, à part les enfants qui étaient surpris de voir des femmes assises par terre. Après, on a demandé aux hommes de venir, Marek Halter et Bruno Wolkowitch. On ne les regardait pas davantage. Cela a montré l’égalité hommes-femmes dans la rue face au regard. Par contre, il faut souligner la spécificité de la précarité féminine. Les femmes dans la rue sont violées ou agressées sexuellement.

Qui sont ces femmes menacées d’expulsion qui vous sollicitent ?

Elles sont pour la plupart issues de la classe moyenne inférieure. Par ailleurs, elles ne sont pas toutes issues de l’immigration. Ces femmes ont eu un accident de la vie, et ont élevé seules leurs enfants, parce qu’elles étaient divorcées ou veuves. Il y a parmi elles des femmes juives (voir le témoignage d’Hanna). On peut aussi citer le cas d’Emmanuelle qui sera expulsée avec sa fille le 25 mai. Elle était chef d’entreprise et avait monté sa boite. Elle a perdu peu à peu ses clients et a fini par ne plus pouvoir payer son loyer. Si tu ne peux pas payer ton loyer, tu es expulsée parce que c’est la loi. A ce jour, nous avons reçu plus d’une quarantaine de dossiers.

 Que faites-vous une fois leur dossier en main ?

On appelle les préfets et les maires pour bloquer les expulsions. Suite à notre action, Didier Paillard, le maire de St-Denis, a décidé de ne plus expulser des femmes et des enfants pendant la crise. Quand ce ne sont pas des HLM, mais des propriétaires privés, on essaye de négocier des délais. On veut surtout que ces femmes ne se désocialisent pas. On agit en prévention.photo_groupe.JPG

Le 4 mars, vous avez lancé l’impôt solidarité femme. En quoi consiste-t-il ?

Si chacun pouvait donner un euro ou plus, on a fixé cette somme symbolique parce qu’on est en période de crise, ça nous permettrait de dépanner ces femmes, par exemple en prenant en charge un séjour à l’hôtel le temps de se retourner. On voudrait aussi que soit prélevé sur les impôts que l’on paye actuellement un euro qui serait reversé à un fonds de solidarité féminine.(Photo:Copyright Alain Azria)

Vous avez été reçue ces jours-ci par Christine Boutin, Ministre du logement…

Nous espérons qu’elle nous aidera à soumettre une loi pour cet impôt. Nous avons demandé la création d’un numéro vert national, et la possibilité d’être accrédité pour faire un rapport pour le Ministère sur les femmes SDF. Cela nous permettrait d’aller sur le terrain, pour recenser ces femmes et leur faire connaître notre action. Nous avons un projet de Maisons citoyennes pour lequel on a besoin de subventions. Ces maisons sont conçues, pour accueillir des femmes en grande précarité avec leurs enfants et les accompagner jusqu’à leur réinsertion. Nous avons aussi un concept de fermes coopératives, basé sur les moshavs israéliens, qui s’adressent davantage aux femmes SDF depuis longtemps. Ca serait pour celles qui accepteraient de partir vivre en province ou à la campagne et qui n’ont pas d’enfants en bas âge ou scolarisés.

 A part faire des dons, comment peut-on aider l’association ?

Quiconque a un emploi à proposer, un appartement qu’il pourrait laisser vacant pendant trois mois est le bienvenu. Quiconque veut aider en tant que bénévole pour accompagner ces femmes dans leurs démarches administratives. On a également besoin de psys, d’avocats, d’experts-comptables pour développer notre réseau car les demandes affluent chaque jour.

Votre association se bat pour une amélioration du statut de la femme dans le judaïsme. Vous avez aussi lancé une action préventive pour lutter dans les écoles contre les clichés sexistes et misogynes. Elle a eu lieu dans trois collèges du 19e arrondissement.

On s’installe pendant trois mois pour donner un cours. On a créé des modules de prévention. Selon les classes, on fait travailler les élèves sur l’égalité des sexes, l’excision, le racisme, le conflit israélo-palestinien…On leur fait faire des jeux de rôles. Les filles jouent les mecs, les blancs les noirs, les arabes les juifs. On essaye de leur faire comprendre la dureté de la parole sexiste ou antisémite. On voit de véritables évolutions parce qu’on leur demande beaucoup d’investissement pendant deux heures. Après, on essaye de mettre en lien les enseignants et les parents pour qu’ils continuent le travail à la maison, parce qu’on ne peut pas remplacer les parents. Si on «sauve» dix enfants, c’est déjà bien. A la rentrée, on investit les maternelles, les primaires et un BTS. On aimerait que le Ministère de l’Education nous alloue un budget pour former des intervenants, car on est trois-quatre à pouvoir se déplacer. Or, on ne peut pas faire intervenir n’importe qui. C’est une grosse responsabilité d’entrer dans l’Education Nationale.

Vous êtes journaliste et écrivain. Quel est le thème de votre prochain livre ?

C’est une enquête sur la jeunesse, la sexualité, les problèmes de repères et de transmission…
Je suis partie de ce postulat : que s’est-il passé de 1968 à 2009, pour en arriver là ? Le livre s’appelle Génération sexuelle. Il sort au mois d’octobre.

 Propos recueillis par Paula Haddad

La vidéo des personnalités en SDF :http://videos.leparisien.fr/wp-content/uploads/video/iLyROoafJa6T.html

Association Paroles de Femmes, 228 Boulevard St-Denis, 92400 Courbevoie.

www.parolesdefemmes.org ou 06 12 29 41 05

Hanna, expulsée le 16 juin prochain
Elle fait partie de ces femmes qui ont sollicité l’association d’Olivia Cattan. Hanna sera officiellement à la rue le 16 juin prochain. Secrétaire de direction, elle décide d’arrêter de travailler pour élever ses enfants, deux jumelles, désormais âgées de 13 ans. Du jour au lendemain, son mari l’a quitte pour une autre femme et demande le divorce. Dans le cadre de cette procédure, leur bien immobilier commun, l’appartement où elle réside actuellement à Fontenay-sous-Bois va être vendu. Comme elle n’a pas les moyens de racheter la part de son ex-mari, Hanna devra quitter son logement. Elle se retrouve ainsi dans un « entre-deux » pour le moins complexe. L’argent qu’elle va récupérer ne lui permettra pas d’investir dans le moindre studio. Au RMI, elle ne peut pas non plus prétendre à une location classique. Elle est en attente d’un HLM, sans la certitude d’en obtenir un d’ici le 16 juin. Elle n’a pas de famille chez qui s’installer temporairement. La solidarité « communautaire » ? Hanna semble en être revenue. Elle a déjà tapé à la porte de plusieurs institutions juives, mais n’a obtenu à ce jour que des biens matériels. On lui rétorque qu’elle ne saurait pas gérer son budget et que sa situation est beaucoup moins délicate que celles d’autres foyers. Aujourd’hui, elle est à la recherche d’un emploi et d’un toit, dans l’espoir de redémarrer une nouvelle vie. P.H.

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