Mairie deBobigny : Le témoignage de la victime de Lynda Benakouche

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lynda-benakouche condamnée pour agression

Elle avait dix neuf ans, elle était enceinte de quatre mois et elle va vivre le jour le plus noir de sa vie le 27 août 2005.

C’est ce jour là où tout a basculé pour Nathalie. Nathalie était ce qu’on appelle une femme de tempérament.

Une autorité naturelle émane d’elle, elle semble n’avoir peur de rien. Son regard transperce vos intentions bien plus que vos paroles.

Avec elle on ne triche pas.

Il faudra du temps, beaucoup de temps pour qu’elle accepte de me faire confiance.

Elle n’est pas le genre de femme à se laisser aller aux confidences, encore moins à parler à une étrangère, une "française" me dira-t-elle plus tard.

Je ne fais pas partie de son milieu et Alliance est un magazine juif de surcroît !

Nathalie est black et musulmane. C’est une maman heureuse et comblée aujourd’hui.

Sa vie semblait avoir fait le deuil de ce jour à jamais. Elle pensait pouvoir continuer à vivre sans que rien ne vienne réveiller ce passé douloureux.

Il aura fallut que son prénom soit cité dans un de nos articles ,dans la sinistre affaire de la mairie de Bobigny, pour que son passé resurgisse avec violence.

Des flashs lui reviennent, la colère, le chagrin, le sentiment d’injustice prennent place.

Elle est  effrayée par ce passé qui lui fait soudainement face mais elle ne veut pas être une victime. Elle n’a jamais été une victime.

D’ailleurs n’a-t-elle pas reconstruit sa vie ? Alors pourquoi revivre ce passé ? A quoi ça servirait de remuer tout ça ?

10 ans ont passé et finalement la douleur est toujours  présente.

Elle avait  compris qu’on ne pouvait pas se reconstruire avec son malheur d’avant et elle vient de comprendre qu’on ne peut pas vivre avec le dénie de son passé. Il vous rattrape toujours.

Elle accepte de nous rencontrer et de nous raconter.

Ce n'est pas loin de chez elle qu’elle nous reçoit. Il lui faudra du courage pour revivre ce cauchemar.Après plusieurs hésitations elle me remet l’extrait du jugement.

Force est de constater, que le tract considéré comme calomnieux par Christian Bartholmé  premier maire adjoint de Bobigny, est en dessous de la vérité !

On serait tenté de dire que c’est le démenti de la mairie qui est calomnieux .

Nathalie a vécu des sévices d’une atrocité digne du Gang des Barbares.

Quand on se souvient que Christian  Bartholmé dans le Parisien 93 parle « d’une rixe entre filles et que le reste n’est que pure fantasme" on est encore plus inquiet de savoir qui dirige cette mairie de Bobigny et avec qui.

Le plus douloureux reste à venir, Nathalie se raconte, elle accepte d'être enregistrée.

« Pour moi cette histoire ne faisait plus partie de ma vie, je l’avais occultée.

Et puis, une amie que j’avais perdue de vue depuis dix ans m’a appelé  pour m’informer qu’il y avait un article, dans la presse web avec mon nom. Elle m’a téléchargée le lien d’Alliance"

Claudine Douillet - Vous étiez dans quel état d'esprit à ce moment là ?

Nathalie  -Ce matin là j’étais en train d’accompagner mon fils à la crèche. J'étais en pleine forme.Et là tout s’arrête. Je me précipite chez moi, je lis l’article Je suis en panique. Puis je prend connaissance de tous les articles concernant l'affaire de la mairie de Bobigny.

Ma première pensée a été que ce n’était pas normal que cette fille soit séquestrée.

Sabrina Said séquestrée par l'équipe dirigeante de la mairie de Bobigny

Sabrina Said séquestrée par l'équipe dirigeante de la mairie de Bobigny

Ce n’est pas normal qu’elle (Lynda Benakouche) s’en sorte. Ce n’est pas normal qu'elle est un tel poste, à la mairie de Bobigny, après ce qu’elle m'a fait.

J’ai lu aussi le démenti de la mairie j'ai été interloquée . Comment peut-elle dire que ce sont des calomnies après ce qu’elle m’a fait ? Mais je suis là, je suis la preuve vivante que ça c’est vraiment passé."

Claudine Douillet - Quand vous dites  « Elle », vous parlez de qui ?

Nathalie : De Lynda Benakouche.

Claudine Douillet- Nathalie pouvez-vous nous raconter ce qui s’est vraiment passé ce soir du mois d’août ?

Nathalie - En fait , ça s’est passé en plusieurs étapes, il y a eu tout d’abord de l’intimidation avec des agressions verbales, assez régulièrement.

«  Tu te prends pour qui ? Tu n’es personne… »  Lynda était une fille que je ne « calculais » pas. Mon amie c’était Sandy. »

Claudine Douillet : Sandy était votre amie ainsi que celle de Lynda Benakouche ?

Nathalie : Oui, elles l'étaient depuis quelques temps déjà, il y avait l'anniversaire de Sandy auquel je n'ai pas pu assister par manque de temps. C'est donc un soir d' août 2005 que j’avais rendez-vous avec Sandy.Au loin, je vois, un attroupement de filles, je pensais qu’il y avait une fête. En réalité c’était un guet-apen. Sandy suivie de Lynda s’avancent vers moi. Sandy tout d’abord me gifle, elle savait que j’étais enceinte. On plaisantait souvent à ce sujet car j’étais vraiment grosse. D'ailleurs, pour moi, j’attendais des jumeaux. Quand elles ont commencé à me donner des gifles  je leur ai crié " Je suis enceinte » ça n’a rien arrêté, bien au contraire.

Je m’adresse à Sandy « Tête à tête n’oublie pas que j’ai un ventre » . Et là c’est parti de plus belle, des coups de partout, dans la tête dans le corps dans le visage, coups de poing dans le ventre. J’étais  déjà assommée par les coups mais, la déception avait pris le dessus»

«  Il n’y a pas de mots pour qualifier ce qu’elles m’ont fait »

"Lynda Benakouche m’a fait une « balayette* » je me suis trouvée à terre, et là elle ont continué à me frapper. "Pour Lynda Benakouche je résistais encore, elle n’en avait pas fini avec moi. Sa folie meurtrière l’a poussé à aller encore plus loin".

"J’étais pourtant à terre quand elles m'ont trainée par les cheveux jusqu’à la voiture.

Une Renault 5. Elles m’ont mises dans le coffre, je suffoquais.Je pensais que j’allais mourir là.""Nous sommes arrivé au Hall Karl Marx .A ce moment là il n’y avait plus que Lynda Benakouche et Sandy.
Les autres filles ayant vu que ça allait trop loin sont restées à l’écart."

Claudine Douillet - Pourquoi n’ont-elles pas appelé la police alors ?

Nathalie - Parce qu’elles avaient peur pour elles, quand  elles vont vues comment ça dégénéré pour moi.

Claudine Douillet - Le tract mentionne que Lynda Benakouche vous a fait avorter avec un tournevis est-ce vrai ?

Nathalie - Oui j’étais enceinte de 4 mois, Sandy qui était mon amie, le savait.

Claudine Douillet - Comment saviez vous que vous étiez enceinte ? Aviez-vous fait une échographie ?

Nathalie - Non à l’époque je ne vivais pas comme aujourd’hui. Je savais que j’étais enceinte c’est tout. De toute façon je ne pouvais pas le cacher mon ventre était vraiment gros.

Claudine Douillet - Où vous ont elles emmenées avec la voiture ?

Nathalie : pas très loin, au Hall Karl Marx  ce lieu n’existe plus à présent. Elles m’ont fait sortir du coffre, m’ont trainée encore par les cheveux jusqu’au sous-sol.Elles m’ont déshabillée.J’entends encore Lynda Benakouche dire à  Sandy .« Elle ne connait rien à  la vie celle-là  on va lui apprendre avec un tournevis dans le cul »

«  Dés que j’ai entendu ça j’ai tenté de protéger mes foetus avant tout. Je ne pouvais plus réfléchir, ni me battre, j’étais déjà en sang par les coups reçus. J’ai su que mes enfants étaient en danger, pour moi jusqu’à présent ce sont mes enfants." Au sol et nue elle me tapait encore je ne réagissait plus.

Claudine Douillet - Dans le compte rendu du jugement elle parle d'une lime pas d'un tourne vis ?

Nathalie -  Non, elles ont dit ça pour minimiser leur peine. On a pas retrouvé le tourne vis mais je sais que c'était un tournevis jusqu'à aujourd'hui je ne peux plus en utiliser un sans y penser.Lynda Benakouche était aveuglée par sa colère, elle m’a écarté les jambes et m’a enfoncé le tournevis je me rappelle avoir senti le métal froid dans mon corps ». Puis plus rien. Ensuite j’ai vu du sang partout et j’étais nue sur la dalle de béton."

Claudine Douillet - Qu'avez vous fait ensuite ?  Vous vous êtes rhabillée ?

Nathalie - Non, elles étaient reparties avec mes vêtements mon sac et mes papiers .Elles m’ont laissé pour morte. J’ai rampé nue sur le béton jusqu’à la fontaine de Karl Marx, sur environ une vingtaine de mètres, je ne pouvais pas me lever, ni marcher. Je pensais que mes bébés allaient bien. Pourtant,je sentais des morceaux de sang sortir de moi. Je voulais croire que mes foetus allaient encore bien.

Claudine Douillet-Comment pouviez-vous le penser dans l'état  où vous étiez ? 

Nathalie - C'était pour mon moral .Je devais le croire.Une fois sortie , un  des témoins, une des filles de l'attroupement m’a donné une veste pour me couvrir, puis une voiture qui passait par là s'est arrêtée.
Des inconnus m’ont emmené à l’hôpital Avicenne .Arrivée aux urgences, tout le personnel médical s’est mobilisé pour moi. Je ne pouvais pas supporter que l’on me touche, je hurlais, impossible de me maîtriser. Je voulais me venger, je voulais sortir tout de suite. Il y avait une cabine douche dans les urgences, habituellement destinée aux SDF, j’ai pris une douche j’avais besoin de me laver, d’effacer tout ce sang. Pourtant le personnel médical m’avait bien dit de ne pas me laver, de ne rien toucher. Mais je ne pouvais pas.

Je me suis sauvée avec la blouse médicale bleue, dans la rue, je ne pouvais à peine marcher, une voiture de police m’a vue  s’est arrêtée, m’a fait monter je leur ai raconté ce qui m’est arrivé. Dés le lendemain elles ont été déferrées au parquet. Elles ont écopées de 7 mois de prison avec sursis et un mois ferme pour Lynda Benakouche. Lynda Benakouche doit encore payer sa dette de 3500 euros, qu’elle n’a toujours pas réglée.

Claudine Douillet - Avec votre témoignagne que souhaitez vous aujourd’hui Nathalie ?

Nathalie - Qu’elle sache que je n’ai pas oublié et je veux que tout le monde sache qui est Lynda Benakouche. Elle n’était pas mineure, ce qui s’est passé pour moi est un crime. J’aurai pu mourir. Bien-sûr, j’aurai du me faire examiner pour mes bébés, mais j’étais jeune, j’étais seule. Je ne voulais pas que cela se sache.Mais aujourd’hui son passé l’a rattrape car je suis vivante et j’ai reconstruis ma vie. J’ai passé un concours pour travailler dans une mairie et je l’ai réussi.  Quelque part grâce à cette histoire,  je ne suis devenue quelqu’un de bien, une maman aimante. J’ai quitté la cité, j’ai un  vrai travail, un mari,des enfants.

Cela ne l’a dédouane pas du mal qu’elle m’a fait à moi et à mes enfants. 

 

  • Propos recueillis par Claudine Douillet

 

 

 

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