Les robes chocolat de Lanvin

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chocorobes.jpgArticle paru dans "Libération"

Mode . Prêt-à-porter printemps-été 2011.
Par OLIVIER WICKER, CÉCILE DAUMAS, CLÉMENT GHYS
Défilé Lanvin, avec des créations d'Alber Elbaz, le 1er octobre 2010.

Lo-li-ta, les trois syllabes auraient pu rythmer les pas des mannequins lors du défilé Dior aux Tuileries. Franges mutines, jupes plissées et larges lunettes rouges : le muscle cardiaque d’Humbert Humbert n’aurait pas résisté à la vue des filles habillées par John Galliano. Ses mannequins, largement plus âgées - on se rassure - que l’héroïne de Nabokov, affichaient l’air de touristes américaines en goguette dans une île du Pacifique. Leurs petits bérets blancs de la navy ou d’immenses lunettes Aviator miroir ajoutaient cette fraîcheur fifties qu’on commence à sentir ça et là dans la rue.

Combi-short imprimée vert citron et violet, robes de soie, courtes et fluides, dans les mêmes tons, ce vestiaire d’oiseaux de paradis ferait merveille lors d’une croisière exotique. Les pantalons marins flottant, les tee-shirts blancs calmaient un peu le jeu jusqu’à cette fille en robe en turquoise, transparente comme les eaux des Caraïbes, glissant sur sa peau dorée, qui troubla à nouveau le jeu. John Galliano pouvait apparaître, tel un marin de Querelle, si ce n’est ces deux longues couettes qui tombaient sur ses épaules.

Pas de Lolitas olé-olé chez Lanvin. Quelques minutes avant le défilé, l’équipe conseillait encore aux mannequins de marteler leur démarche. «Une robe donne de la force aux femmes, comme le chocolat», glissait, backstage, Alber Elbaz le couturier vedette de la maison. Après mûre réflexion, le créateur est allé à l’essentiel. Le vêtement sera une seconde peau cette saison (lire page suivante). Et d’un morceau de stretch, Elbaz compose une gamme de robes, jupes et pantalons plus ajustés les uns que les autres. Les bijoux-parures, si présents lors des dernières collections, ont disparu ou presque. Seul le choix des couleurs, du rose au rouge, du vert canard au bleu pétrole, sans oublier les basiques noirs et beiges, donne la touche d’éclat nécessaire. Et le tour plissé d’une longue robe rouge apporte cette grâce qui fait tant défaut parfois à la vie.

L’esprit rebelle ne rime pas forcément avec discrétion. Jeudi, Rick Owens réquisitionnait une salle du Palais de Tokyo pour son défilé, où le gratin de la presse internationale et les acheteurs se retrouvaient. L’Américain installé à Paris, qui mêle silhouette rock et sophistication, présentait des modèles grunge pour le soir. En robe ample, le haut du torse serré dans des micro-vestes, les filles avançaient comme les prêtresses d’un culte. Ces pythies marchaient vite et les peignes qui soutenaient leurs coiffes-cornes en écailles tombaient sur le podium. A la fin du défilé, des rédactrices se précipitaient pour ramasser ces reliques tribales.

Chez Maison Martin Margiela, on joue à pile ou face. La marque faisait défiler des mannequins-sandwichs affublés sur le devant d’un énorme rectangle représentant un trench, une chemise ou une robe de soirée, tous monochromes. De dos, on apercevait les corps des filles, particulièrement racées. L’effet trompe-l’œil était partout, jusqu’aux troublantes chaussures difformes. La relecture des codes maison mêlée à une dose d’humour - une paire de lunettes pendant à un panneau-habit - laisse penser que la marque aux trois M ne perd rien en vitalité.

Photos Sébastien Calvet

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