Un Flamant rose entièrement noir dans le sud d'Israël !

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flamantnoir.jpgJean Delannoy a observé un étonnant flamant tout noir à la fin du mois d'octobre 2013 dans des marais salants dans la vallée de l'Arava. Flamant rose (Phoenicopterus roseus) entièrement noir, "km 20", vallée de l'Arava (Israël), octobre 2013.
Photographie : Jean Delannoy

Les caroténoïdes sont responsables en grande partie des plumages rouges, orange, jaunes et violets. Ils sont uniques parmi les pigments aviaires car ils ne peuvent pas être synthétisés par les oiseaux et ils doivent être ingérés.

La couleur des Flamants roses (Phoenicopterus roseus) adultes, mais aussi de l'Ibis rouge (Eudocimus ruber) par exemple, est issue de la conversion de certains carotènes (canthaxanthine, phoenicoxanthine et astaxanthine essentiellement) contenus dans leur nourriture, principalement de petits crustacés (comme Artemia salina), des algues et d'autres invertébrés. Une analyse des plumes, des cellules de la peau des pattes, du plasma sanguin et de différents organes de flamants a montré qu’ils étaient stockés en grande quantité. Quand les caroténoïdes sont ingérés en quantités trop faibles, les flamants apparaissent blancs ou très pâles après la mue suivante. C'est souvent ce que l'on constate chez les oiseaux tenus en captivité et nourris de façon inadaptée. Les aberrations de leur plumage sont donc souvent liées à un problème d'alimentation et ne sont généralement pas d'origine génétique.

Un flamant entièrement noir semble donc très peu probable : Jean Delannoy a pourtant observéflamantnoir1.jpg un tel individu à la fin du mois d'octobre 2013 dans des marais salants de vallée de l'Arava dans le sud d'Israël, au niveau du "km 20" de la route qui relie Eilat et la mer Morte. Il accompagnait des Flamants roses "normaux". Yael Shiff nous a informé sur notre page Facebook qu'il était là depuis au moins un an (voir le blog d'Itaï Shanni).

Comment peut-on expliquer cette aberration ? Les flamants juvéniles ne sont pas roses mais blanc grisâtre, et ils ne possèdent aucune trace de caroténoïdes dans leurs plumes. Leurs pattes, rouges à la naissance à cause de l'hémoglobine qui est visible sous la peau, deviennent entièrement noires en huit jours suite au dépôt de mélanine.

Flamant rose juvénile

Les caroténoïdes ne s’accumulent dans les nouvelles plumes et dans les pattes que plus tard, remplaçant progressivement la mélanine. Un blocage de ce mécanisme pourrait expliquer la couleur de l’oiseau d'Eilat. Notons toutefois que ses pattes et son bec sont normalement colorées (roses), et qu'il s'agit donc d'un adulte.

Le mélanisme chez les oiseaux (lire Une femelle mélanique de Busard cendré en Estrémadure) est causé par une surproduction de pigments de mélanine qui envahissent les cellules. Chez plusieurs espèces polymorphiques comme le Faucon d'Eléonore (Falco eleonorae), le Labbe parasite (Stercorarius parasiticus) ou l’Aigrette des récifs (Egretta gularis) (lire Identifier et chercher l'Aigrette des récifs en Europe de l'Ouest), le mélanisme ne peut pas vraiment être qualifié d’aberration car les formes sombres représentent une part significative de leur population.

Le mélanisme serait d'origine génétique : on a en effet découvert chez au moins trois espèces non apparentées, le Sucrier à ventre jaune (Coereba flaveola), l’Oie des neiges (Chen caerulescens) et le Labbe parasite, que la distribution de la mélanine était gouvernée par un locus (= un emplacement sur le chromosome), le MelanoCortin-1 Receptor (MC1R), sa mutation pouvant rendre ces oiseaux entièrement noirs.

Le mélanisme est d’autre part contrôlé par des allèles dominants, et les oiseaux touchés qui peuvent se reproduire transmettent donc leur coloration : le flamant observé par Jean Delannoy pourrait donc en théorie donner naissance à de petits flamants noirs s’il avait la possibilité de s'accoupler. Mais une mutation ne se répandant au sein d’une population que si elle provoque un avantage compétitif, cela semble peu probable.

Pour Voisin et al (2002), les colorations noires anomales pourraient aussi résulter de déficiences alimentaires et réduiraient les chances de survie des oiseaux touchés.

Notons enfin que l'on a déjà observé des Tangaras écarlates (Piranga olivacea) mélaniques, des oiseaux qui ont normalement le corps rouge (= dont les plumes contiennent des caroténoïdes) et des ailes noires.

Nous n'avons pas trouvé d'autres exemples de flamants entièrement noirs dans la littérature que nous avons consultée, et le cas de l'oiseau photographié par Jean Delannoy semble donc réellement exceptionnel.

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