Enquête interne du Consistoire . A-t-on le droit ou le devoir ? par Tali Schwartz

Judaïsme - le - par .
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A-t-on le droit ou le devoir…

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A-t-on le droit ou le devoir de remettre en question l'organisation et le financement du Consistoire? A-t-on le droit ou le devoir de demander une gestion transparente du budget de cet organisme? A-t-on le droit ou le devoir de demander des comptes à un organisme qui régit nos naissances, nos mariages, nos divorces et nos morts?

 

 

Il y a encore 20 ans, je serais certainement restée neutre ou politiquement correcte, je vous aurais répondu évasivement et aurai certainement essayé d'éviter le tabou de la remise en question de l'autorité. J'aurais certainement fuie la véritable question qui se pose actuellement à tous en France, en Israël et ailleurs: sommes-nous ou non responsables de nos dirigeants?

 

Pour tout vous dire, je ne vis plus en France depuis bientôt 20 ans... Et oui, née en Israël mais éduquée en France, à l'âge de 20 ans je prends ma valise et retourne à mes racines en m'installant en Israël.

 

Aujourd'hui en ayant pris connaissance du dernier scandale du Consistoire, j'ai été prise d'un sursaut, d'une envie d'hurler. A-t-on le droit ou le devoir  de remettre en question un système en lequel la population n'a plus confiance? A-t-on le droit ou le devoir de dire non à un système qui ne sait pas comprendre une grande partie de sa communauté?

 

20 ans de vie en Israël vous changent un homme (ou une femme dans ce cas précis). La maternité est certainement un autre grand virage et lorsque je pose cette question encore et encore "A-t-on le droit ou le devoir de remettre en question une telle institution?" je pense avant tout à mes enfants mais également à vos enfants. Quel message leur transmettons-nous? Quel sous-titre de vie faisons-nous leur courir sous le couvert de notre incapacité à faire bouger les choses? Sous le couvert de notre colère inactive?

 

C'est certainement l'un des plus beaux cadeaux qu'Israël m'ait offert: le droit à la remise en question, le droit à la contestation, le droit de briser les carcans qui nous empêchent d'aspirer à une vie emplie d'honnêteté et de justice. Et surtout le droit d'agir. Et que les choses soient claires, cette capacité ne vient pas facilement… elle est le résultat d'une succession de coups de matraque qui vous réveillent d'une espèce de semi-coma dans lequel nous sommes nés et élevés. Et le dernier en date: le jugement terrible d'Ehud Olmert, ancien premier ministre. Je dois dire aujourd'hui que je n'ai jamais été aussi fière de ce pays. 

 

Je ne connais pas un pays sur Terre qui ait eu le courage de prendre une telle décision. Certains vous diront quelle honte pour le pays…  Et moi je dis que c'est la force d'Israël. Cette capacité à réinventer une nouvelle donne de vie parce que l'ancienne ne marche plus. C'est la magie d'Israël dans toute sa splendeur, ce magnifique révélateur de couleur, cette terre ou tout est questionnable. Imaginez-vous… Imaginez-vous Chirac, Mitterrand ou Sarkozy écroués pour détournement de fond ou abus de pouvoir…. Peut-on imaginer une telle démocratie en France?

 

Mon regard a donc changé. Aujourd'hui je ne vois plus seulement les derniers scandales du Consistoire comme de simples dérapages. Je considère ces évènements comme de véritables tragédies dont nous sommes tous des participants actifs. Je vois ces évènements comme la Bérézina de notre mode d'éducation. Tous ces évènements sont le résultat de notre incapacité à nous investir en devenant de véritables acteurs de nos vies, de nos communautés, de notre incapacité à éduquer nos enfants à des valeurs dignes de ce nom (à plus de sens et à moins de matérialisme), de notre incapacité à arrêter de donner à l'autre (quel qu'il soit) le droit de gérer nos vies.

 

Ce qui me terrifie dans ce dernier scandale, ce n'est pas l'évidence, mais c'est le reste. Comment se fait-il qu'il n'y ait personne de la nouvelle génération de rabbins capables de reprendre les rennes de ce Consistoire en perdition? Comment se fait-il que les responsables s'autorisent le simple fait de brandir la ridicule phrase classique: je demande une enquête "INTERNE"…….. A-t-on le droit et le devoir de demander une enquête par une commission indépendante, externe et impartiale? Comment se fait-il (quelle qu'en soit la raison…) qu'un chèque de 90,000 euros (peu importe la somme…. Il aurait été d'un euro, cela aurait été la même chose) se retrouve adressé à une association para-consistoriale lors d'une transaction d'un divorce religieux…….? Et je répète, ici je parle de la simple présence d'un chèque dans la même salle que les rabbins lors de la procédure de guet…

 

Nous avons autorisé cet état de fait, nous avons donné aux "autres" ce pouvoir de "décider à notre place". Et en contrepartie, nous avons le droit "moral" de scander notre colère quand tout va mal... Leçon lamentable de poltronnerie à nos enfants. "Nous avons les politiques que nous méritons" me disait une amie d'enfance il y a de cela quelques mois…. J'entends encore ses mots si vrais et si insupportables… Nous avons les politiques que nous méritons...

 

Quel avenir transmettons-nous à nos enfants de par le fait d'hurler mais de ne rien faire? Le sous-titre est très simple: Je m'en fous… mon fils s'en occupera dans 20 ans!!!!!!

 

Au-delà des conditions terribles de ce scandale, la simple possibilité d'instrumentaliser la religion dans un pugilat tel que ce divorce me retourne l'estomac. Le simple fait que dans notre communauté, aucune personne ne se lève avec courage pour réinventer une équation de vie qui permettra à nos enfants un nouvel avenir me révolte. 

 

Connaitre ou ne pas connaitre les détails scabreux des actions des uns et des autres lors de ce divorce m'importe peu. Agir de cette manière n'a rien à voir avec la soi-disant volonté de protéger un enfant… Ce qui a été fait dans l'entourage de cet enfant est le meilleur raccourci pour le détruire de manière définitive. Je suis fille de parents divorcés  (17 ans de procédure. Oui… l'enfer existe sur terre!!!!!).

 

Cet enfant, le jour où il décidera de commencer à vivre, devra réapprendre à vivre littéralement… à respirer, à sourire, à relever la tête, à affronter une chambre pleine d'étrangers, à se faire confiance, à faire confiance aux autres… La seule pensée d'une possibilité de mariage lui fera avoir des sueurs froides, la seule possibilité d'amener un enfant à la vie lui coûtera sa santé, le simple fait de survivre à une journée de travail ou à faire des projets sera pour lui identique à réaliser l'ascension de l'Himalaya.

 

Cet enfant n'est que l'instrument qui devrait nous faire regarder dans le miroir, nous faire retrousser les manches et nous mettre à l'œuvre. Cet enfant est notre salut… Et si nous ne faisons rien, la souffrance qu'il subit actuellement n'aura servi à rien…

 

Je vous écris ces mots en larmes…. Nos enfants méritent un bien meilleur avenir que ce monde que nous nous apprêtons à leur laisser….. par poltronnerie, par paresse, par manque de courage.

 

A-t-on le droit ou le devoir de changer la donne? A-t-on le droit ou le devoir de réinventer une administration de culte digne de l'avenir que nous souhaitons à nos enfants? A-t-on le droit et le devoir de montrer à nos enfants que la remise en cause de paradigmes qui nous habitent et nous empêchent de changer notre réalité, est possible? A-t-on le droit et le devoir de reprendre en mains les rennes de notre communauté?

 

A-t-on le droit et le devoir de demander les états généraux de la communauté? A-t-on le droit et le devoir de provoquer des réunions d'échanges? A-t-on le droit et le devoir de demander la dissolution des instances actuelles? A-t-on le droit et le devoir d'imposer que les prises de décisions soient suivies d'actions et de changements véritables sur le terrain? A-t-on le droit et le devoir de demander que toute nouvelle structure créée soit soumise à une stricte surveillance (financière, légale et morale) de la part d'instances civiles appartenant à la communauté et indépendantes de ces nouvelles structures?

 

A-t-on le droit et le devoir d'imaginer et de créer des équations de vie nouvelles pour nos enfants? 

Tali Schwartz

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