L'instant Duel , premier roman de Yolande Alexandre

Coup de coeur, Culture - le - par .
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instant-duel de Yolande Alexandre

L'instant duel est le premier roman de Yolande Alexandre :

LE MOT DE L’AUTEURE :

L’heure des bilans avait sonné. L’envie du vrai, car après tout « chacun voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es ».

Crise des 40 ans, à mi-vie, parait-il. Se souvenir des belles choses, oui, mais surtout de l’Amour qui sauve, exalte, et fait mûrir aussi.

Après les échecs de la maternité, suspendue solitaire dans le vide de l’univers, je voulais tendre un arc entre les hommes que j’avais aimés. Lui, en particulier.

Ma grand-mère disait : « Il y a les hommes comme il faut et l’homme qu’il te faut ». C’est pas tout, ma mère disait aussi : « À chaque marmite, son couvercle ». Ma foi...

J’avais besoin de réenchanter ma vie, car j’avais décidé que l’heure était venue de prendre congé de mon spleen. Et quoi de mieux pour s’offrir de l’espoir et en proposer aux autres que choisir le souvenir des belles choses ? PAGE 4

 Extraits :

« Un Petit Prince, deux fleurs, trois baobabs, quatre oiseaux, cinq planètes, et des millions d’étoiles pour ton anniversaire ! »

Le moment est là, je suis en face de toi, mon cœur tout près du tien, 10 ans déjà.... Le feu dans les doigts, pour le simple souvenir de toi. Vincent, mon Ange, mon Aimé, mon Petit Prince, malgré moi, malgré nous.

On peut aimer plusieurs fois dans sa vie, parait-il, mais de cette façon-là, je ne crois pas ! Aimer, désirer, admirer tout à la fois, cela n’existe pas, et pourtant je l’ai vécu, j’ai été choisie, j’ai été l’élue. Je me réveille aujourd’hui chancelante, j’en perçois les contours... j’en touchais, j’en buvais l’intensité chaque jour, pleinement, impatiemment, mais je n’imaginais pas à ce moment-là le caractère unique ni la rareté de ce qui m’était donné de vivre, l’éphémère de l’Eden à jamais perdu.

S’en suivent sept ans et demi d’amour passionné, passionnel, mais la mutation de la chrysalide a commencé et ne s’arrêtera plus. Nos chemins se séparent, on ne se reconnaît plus. Entre nous, il n’est plus question d’amour. Je ne suis plus celle qu’il a aimée, ce vilain petit canard demême pas vingt ans, débarqué à Nice, échoué dans sa chambre universitaire d’à peine 9 m2, en solitaire, comme l’album éponyme de William Sheller que j’écoute en boucle et qui exprime avec tant de mélancolie son désir d’être Un homme heureux.

Je me souviens de moments très précis comme autant d’arrêts sur image : mon arrivée dans cette chambre quand ma mère m’a laissé seule, la peur panique, le silence, le vide, l’inconnu.

Je ne sais même pas faire une lessive ! Puis, quelque temps plus tard : la découverte des autres comme un plongeon dans le grand bassin alors qu’on sait à peine barboter, les études, la réussite, l’amour, l’enivrante liberté et l’amitié, ce lien sacré qui me lie à jamais à celle que j’ai choisie comme ma sœur de cœur, ma Magali, ma fée clochette au cœur si grand qu’il pourrait même la perdre.

Te rappelles-tu mes fabuleuses soirées dans mon loft de 9 m2 lorsque je suis sortie de ma chambre, triste, au milieu de ces étudiants hétéroclites, mêlant les rires et les casseroles pleines de raviolis, mijotant sur ma vaillante plaque chauffante de 600 watts... quand à 23 h tu m’as posé cette question comme une minute de vérité ?

— Qu’est-ce que tu voudrais vraiment à cet instant précis ?
— Que Florent soit là, t’ai-je répondu.
— Alors fonce, ma chérie, aie ce courage !
P A G E 6

Grâce à cet encouragement empli de douceur et de force, j’ai pu aller vers la vie et connaître mon premier grand Amour.

L’arrivée en vaporetto à Venise reste imprégnée en moi comme un sceau sur ma peau. Les derniers mois ont été éreintants physiquement et nerveusement au travail, j’ai tout donné, je n’ai rien économisé de mes efforts, et le stress a envahi chacune de mes cellules. Je doute au fond de moi pouvoir pleinement savourer cette période de carnaval, mais c’était sans compter cet effet féerique et pourtant bien réel de la Sérénissime.

Lorsqu’au petit matin j’aperçois, nappée dans la brume, la place Saint-Marc, son campanile, son palais, j’éprouve la sensation physique que mon stress se dissipe naturellement, qu’il se dissout au même moment que ce brouillard vénitien. J’ai peine à le croire, mais mon corps m’indique que je vis ce miracle.

Quel bonheur ! Le temps est avec nous, la chaleur aussi, nous nous régalons des costumes, de l’atmosphère, des odeurs, de la joie ambiante. Je ne cesse de lever la tête pour essayer désespérément de capturer toutes les couleurs, toutes les images. Où que se porte mon regard, la beauté s’exprime. Il y a des moments dont vous vous souvenez toute votre vie. Il y a des moments que vous attendez et dont vous rêvez en secret. Il y a des choses, lorsque vous les possédez, personne ne peut vous les enlever. Quand bien même sont-elles éphémères...

Un courant de surprises m’a traversé durant ces deux jours, main dans la main avec lui.
Il ne fait pas froid, mais je frissonne. Nous sommes deux dans cette chambre, peu importe les conséquences, je n’en peux plus. J’ai caché mes sentiments et fermé toutes les portes, mais ce soir- là, j’ai besoin qu’il me touche, qu’il sache l’amour que j’ai dans le cœur.
Cette peau qui pense à ma place me confie que je suis sur la route des possibles, enfin.
Aussi quand Jean-Marc glisse son corps dans le mien, mon corps commence à vibrer et son corps rentre en résonance...

Il tourne le sous-main en papier où il avait fait une frise et m’explique.
— Voilà où vous étiez, où vous en êtes et où vous voulez aller. Vous êtes une visuelle, vous employez très souvent des phrases du type « c’est clair, je vois... » — il a raison —, et si vous le voulez, je vais vous aider à construire votre projet professionnel. En vous écoutant, je pense que vous vous êtes servie de vos qualités humaines, de votre opiniâtreté pour réussir dans le domaine commercial.

Vous avez en quelque sorte pris à contre-pied vos « collègues », qui elles, sont des commerciales « pures et dures ». Vous l’avez dit vous-même, vous n’y connaissiez rien au fitness, vous vous êtes fait dispenser du sport au bac.

Mais dès qu’il s’agit de vendre un pack auquel vous croyez, avec du fitness et des soins corporels, en somme parler de l’autre, être à son écoute, lui proposer du bien-être, une certaine forme d’empathie, vous réussissiez à tous les coups, n’est-ce pas ?

Incroyable ! Cet homme est voyant ! J’ai presque envie de lui demander de me faire les lignes de la main !
Il définit ensuite les grandes étapes de mon projet comme le ferait un médecin, suite à son diagnostic. Pourquoi mon reflet dans le miroir correspond-il à une femme assurée, alors que l’enfant au fond de moi a encore peur du noir ?

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Dans l’écrin de mes émotions, la petite Marie, que je suis encore, aime les odeurs lourdes et sucrées. Elles lui parlent d’Orient. Ce parfum d’éternité lui chuchote : maintenant que tu es sous ma tente, tu es chez toi.

Pourtant, bien peu sauraient reconnaître dans cette jeune femme longiligne, au regard mélancolique, cheveux caramel courts, ait une quelconque parenté tunisienne, même pas un « orient express »... Seule la démarche souple et chaloupée, une pointe de langueur la trahissent parfois. Sans compter ce besoin d’accueillir, de collectionner les moments, pas les objets.

Brusquement, sans crier gare, l’orchestre entame une mélopée. Une poupée de chiffon, c’est ce qu’il reste de moi, ma volonté a abdiqué, re¬noncé, je ne sais plus...

Avec lenteur, telle une offrande, Vincent enserre ma taille, ses mains prennent possession de ma peau.

Si la foudre existe, elle m’a traversée ce soir-là, une brûlure mêlée à une totale certitude s’est emparée de moi... je sais à présent.

Inutile de lutter contre l’inéluctable ni forcer son destin, j’éclos en conscience, je ne cherche plus, je suis arrivée ou plutôt j’ai trouvé mon chemin. Toute mon attention est captée par cette sensation au- delà des mots, de la conscience, de la raison elle-même.

J’ai l’impression qu’un champ électrique irradie autour de nous et qu’il lève le voile sur nos deux cœurs sans qu’il soit possible de s’y soustraire.

C’est donc cela l’amour, Dieu que c’est beau...
Le silence est un langage de résistance, aucun mot ne sort de ma bouche, cela, au moins, j’en suis encore capable.
Se perdre, s’éloigner l’un de l’autre, est-ce inexorable ? Je me le demande quand ma main quitte celle de Vincent.

La nuit, cette nuit passée à « explorer » le corps de l’autre sans pouvoir s’en rassasier, dormir, délaisser ses bras aimés...

Le souffle court et brûlant, les mots murmurés, ne plus distinguer son corps de l’autre corps, subir son attraction, son magnétisme, laisser sa bouche, ses mains s’aventurer sur l’autre peau, libérer son énergie, souscrire à son univers, instiller la volupté, mettre en musique l’ardeur de son cœur, déployer sa sensualité, offrir ses lèvres pour que naisse un sourire...

Entre tes mains, je suis à ma place.
On ne se croise plus, on se rencontre enfin.
Vivre au creux de tes bras à demeure.
Grâce à toi, j’ai abattu le mur qui contenait et contrôlait mes émotions. Soudain, mes priorités changent, je m’abandonne à ton amour, je ne suis plus seule.

 


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