Faye lecteur critique d'Heidegger « Eclats dans la philosophie »,

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Eclats dans la philosophie

 

 

Faye lecteur critique d'Heidegger

 

Jean Pierre Paye ( préface de Michel Cohen-Halimi) : « Eclats dans la philosophie », Editions Notes de Nuit, Paris, 2015, 250 p., 23 E.

 

Jean-Pierre Faye Affronte la philosophie douteuse (entendons celle antisémite d’Heidegger) non pour fondre en sa lumière sombre mais pour la démonter et ébranler le théâtre de ses apparitions. Surgit de la spéculation narrative du texte du tout autre que les présupposés Heideggériens : celle de l’ordre de l’enjambement, de la métaphore de l’être face aux cérémonies du chaos telles qu’Heidegger les construisit dans l'inconsolable perte d’avoir dû quitter un paradis utérin de l’état-total qu’il remplaça par l’état totalitaire.

Et si parfois Faye se veut dur comme une pierre en celle-ci demeure une fontaine de vie prête à jaillir. Aussi dilatées qu’elliptiques ses pensées surgissent selon divers tracés et narrations qui font suer le concept. Faye l’ironise ou montre la haine qu’il traîne parfois derrière lui. Refusant d’incliner vers l’inféodation l’auteur démonte ce qui dans une philosophie blesse, annihile, étouffe à travers des successions de figures et de paravents. Il brise les illusions d’alouettes des esclaves en créant ce que Prigent pourrait appeler un babil radical et dangereux pour l’ordre établi.

Faye avance ainsi dans la délivrance et la séparation. Son livre constitué comme un abécédaire (ce qu’il n’est pas) à diverses entrées possède une force franche, immédiate. Un tel texte est moteur. Il porte le virus mortel aux langages totalitaires qui ont « construit » (ou « monté » si on reprend un terme clé et cher au philosophe) le juif en « accélérateur de l’histoire » qui viendrait contrarier la pérénité de l’état-fort, absolu.

La dynamique reste omniprésente dans le livre. Elle permet de rejeter la pensée qui enferme, retient. Faye possède pour cela la lucidité nécessaire même s’il ne cherche jamais à rendre son « trait » intelligent. Il redonne vie à la philosophie dont il traverse (change) la forme. Il l’extrait du contrôle mental qui enlève la vie.

Le philosophe invente une autre impulsion, une autre direction à la pensée que celles de l’idéologie totalitaire. D’où son goût ici pour le fragment et pour Nietzsche et leur caractère débridé. Le texte (et Michèle Cohen-Halimi n’y est pas pour rien) est comparable à une sarabande pleine d’inattendus avec des enchaînements que le lecteur doit découvrir.

 

Le désir de force libre de l’être traverse un tel travail et traverse ses formes. Le feu de l’intensité montre que Faye est toujours prêt à en découdre avec le discours totalitaire. Il le défait au plus haut point. Et même si le livre se termine tragiquement sur l’entrée « Vernichtung / Extermination », Faye prouve qu’une philosophie peut venir à bout de celles qui réifient et donner le change au lieu de transformer et de donner du change au monde.

En ce sens il se fait fidèle à Lou Andrea Salomé comme à Sabina Spielrein (égérie « différée » de Freud) à travers des espaces qui prouvent que « le sophos – et le misophos – est homme et la philosophia femme ». Le « geste » philosophique veut donc la liberté et l’ardeur pour sommer et parfois assommer les concepts jusqu’à parfois les retirer de leur immobile splendeur.

Le corps en ses désirs semble marcher en avant de lui-même là où Faye par son écriture éclaboussante en retire l’écume comme on retirait jadis la peau sur le lait.

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