Auteure juive :Corinne Valton Une Sacrée gamine

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Corinne Valton : Une Sacrée « gamine »

Corinne Valton, « Pendant que les mulots d’envolent », Paul & Mike, Paris, 190 p., 2016
Les nouvelles du premier livre de Corinne Valton sont des révélations. Elles n’excluent jamais la peur mais recèlent un profond humour. Elles provoquent parfois, en leurs fragments, une fascination panique. L’être peut s’engager au dedans car elles sont des parties destructurées de lui-même. C’est pourquoi l’humain et le quotidien se « découvrent» d’une façon paradoxale.

Celle qui est tombée à sa naissance dans la culture de livre ne traite pas l’écriture par-dessus la jambe. S’en dégage une puissance étonnante de dérivation. Le monde est plutôt sombre pour rappeler aux êtres le peu qu’ils sont mais dans un style fidèle à Pérec dont elle devient l’héritière Corinne Valton donne au quotidien, dans « ses trucs et ses machins » une hybridation et une injonction vitale en résonnance avec son alacrité et sa jeunesse.

D’emblée l’auteure s’impose comme une valeur des plus prometteuses de la littérature. Elle nous plonge dans des familles « classiques » mais qui semblent tout autant des communautés étranges. Yahvé, Nabuchodonosor les hantent au milieu des jeans et des T-shirts carmin. Ne subsiste aucune sollicitude sécurisante et pas plus une tranquillité apaisante. Restent des invitations au voyage au cœur d’un réel qui demeure enjoué et pesant de son poids de « chair » par les effets de matière.

Les nouvelles restent néanmoins légères dans leur manière de tordre le réel en soulignant son ambiguïté « bipolaire » . L’auteure sait déplacer nos points de vue en inventant de nouvelles incarnations de la vanité humanité comme de sa vérité à travers des fragments et aussi échappées d’âme. Le corps en ses parcelles devient le lieu qui inquiète la pensée. Le premier cependant situe, enveloppe, touche, déploie la seconde.

Il devient donc l’abyme de la pensée ou ce que Maldiney nomma « aître de la pensée, état naissant de la langue ». Dans la dynamique intrinsèque à la création de Corinne Valton demeure toujours visible un vie bien plus qu’organique au seins de portions, de « mutilations » et de coupures.

Par différentes moments en écho s’érige une réflexion plus générale sur ce que le langage peut rameuter. Cette dialectique spirituelle et matérielle est un régal. L’archéologie du réel ne va pas sans celle du sujet. Chaque nouvelle consiste donc à fouiller dans la mémoire de la chair, de la pensée, de descendre dans le cerveau. Le corps devient le lieu physique où peut se toucher de la pensée - même si toucher n’est pas saisir, ni posséder.

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