Enrico Macias, un rapatrié qui s’exporte

Artistes - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Macias.jpgLe chanteur pied-noir fête aujourd’hui ses 70 ans. Son succès actuel, il le connaît aussi au Brésil, en Turquie ou en Israël.

«Laï, laï, laï…» On connaît la chanson. Pour tout dire, il la répète depuis près d’un demi-siècle. Enrico ­Macias ne fête-t-il pas aujourd’hui même ses 70 ans, passés au service de cette musique arabo-andalouse dont il s’est toujours fait le chantre? 

Il n’a pas tellement vieilli, Enrico, depuis qu’on l’a découvert sur les chaînes périphériques de radio et dans les émissions d’une TV française qui s’appelait encore l’ORTF! Si les boucles brunes ont fait place à un casque argent, l’œil sombre reste celui d’un personnage de fresque byzantine. Le léger embonpoint a su s’arrêter à temps. L’homme a enfin gardé une chaleur méditerranéenne communicative. Le chanteur n’a-t-il pas commencé sa carrière en remontant le moral des siens, alors qu’une chape de plomb tombait sur la tragédie algérienne?

Déchirure et exil

La trajectoire d’Enrico, né sous le nom de Gaston Ghrenassia à Constantine, se situe en effet sous le signe de la déchirure et de l’exil. Formé comme instituteur, le jeune homme ne s’intéresse qu’à la musique. Il rejoint l’orchestre de Cheikh Raymond, qui symbolise la possibilité d’une entente, au moins musicale, entre Pieds-Noirs et Arabes. Le FLN assassine Cheikh le 22 juin 1961. Quelques mois plus tard, les Ghrenassia quittent l’Afrique du Nord. Rien ne sera comme avant.

Il faut pourtant bien qu’un après se dessine. Enrico (c’est le nom que lui ont donné ses amis gitans) fait des petits boulots dans une métropole qui accueille frileusement ses ex-colons. Il est en plus marié avec Suzy, la fille de Cheikh. Après avoir fait la manche, le débutant voit cependant tourner la chance dès 1962. Il est engagé au Drap d’Or, l’un des meilleurs cabarets parisiens.

Reste que nous sommes en pleine époque yéyé et qu’Enrico n’a ni le physique du rôle, ni le répertoire à la mode. Tout semble tourner autour de Johnny, Françoise et Sylvie. Après s’être rôdé en servant de faire-valoir à Paola («la pétillante fantaisiste») et à Billy Bridge («le petit prince du madison»), le Pied-Noir perce pourtant contre toute logique. C’est le triomphe à l’Olympia en 1964.

Dès lors, le succès semble assuré. Un succès sans peine de cœur, ni conquêtes féminines à sensation, ni scandales fiscaux. Mais un triomphe international. Macias devient une star à Moscou, où il chante devant 120 000 personnes. Au Japon. En Italie. A New York. Bref, sa trajectoire semble rejoindre, personnalité en plus, celle de Mireille ­Matthieu.

S’il existe des bons sentiments chez l’auteur d’«Enfants de tous pays» et de «Non, je n’ai pas oublié», il n’y a cependant pas que ça. L’homme se veut celui des réconciliations. Non seulement, il reste Algérien, mais en plus il est juif. La chose lui vaut de se voir interdit dans les pays arabes. Il n’y a qu’au temps d’Anouar el-Sadate en Egypte, qu’il a connu l’espoir en interprétant «Aimez-vous les uns les autres». Mais le président finira lui aussi assassiné.

Rien ne semble décourager Enrico Macias, que l’ONU consacre «chanteur de la paix» en 1980. Il lui faut cependant se battre parallèlement pour sa carrière. Il y a des moments où son étoile pâlit. Son premier public, celui des Pieds-Noirs, vieillit. Les enfants des rapatriés se sentent Français. Ils ont passé à autre chose. Enrico doit se refaire des fans à l’étranger. C’est au Brésil. En Turquie. En Israël, dont il soutient la politique.

Imbroglio politique

Cette alliance confessionnelle lui joue de nouveaux tours. Lié à Nicolas Sarkozy, dont ce militant de gauche a soutenu l’élection, Enrico aurait dû l’accompagner l’an dernier en Algérie. Alger dit niet. Toujours à l’affût d’une polémique, Gisèle Halimi explique que le Mossad a torturé des militants du FLN pendant la guerre d’Algérie. C’est sans doute vrai, car tous les coups étaient alors (apparemment) permis. Mais Gisèle est une Tunisienne propalestinienne. Tout cela devient bien compliqué pour un artiste souhaitant que tout finisse avec des chansons…

Bio express
Enrico Macias
11 décembre 1938: naissance de Gaston Ghrenassia à Constantine.
1961: le futur chanteur et sa femme Suzy quittent définitivement l’Algérie.
1962: premier succès, «Adieu mon pays».
1964: il triomphe à l’Olympia, qui est alors «la» scène parisienne.
1980: Kurt Waldheim, secrétaire général de l’ONU nomme l’artiste «chanteur de la paix».
1997: Kofi Annan, son successeur, l’élit «ambassadeur itinérant pour promouvoir la paix et la défense de l’enfance».
2001: il sort chez Plon son livre «Mon Algérie».

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi