Libye, immigration, relations économiques: Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi ont fait le tour des questions sous tension mardi lors du sommet franco-italien organisé à Rome. Tous deux se sont accordés pour demander une réforme du traité de Schengen, afin de régler leur querelle née de l'afflux de migrants venus de Tunisie.
Depuis le début du mois, les relations entre les deux pays se sont envenimées sur la question des migrants tunisiens, dont environ 26.000 sont arrivés sur l'île italienne de Lampedusa depuis la chute du régime Ben Ali à la mi-janvier. Nombre d'entre eux, francophones, souhaitent se rendre en France, souvent pour rejoindre famille et proches.
Paris a sévèrement critiqué Rome pour avoir donc décidé de leur accorder 20.000 permis de résidence temporaires, avec lesquels ils franchissent la frontière pour se rendre en France.
Ces tensions "n'ont pas lieu d'être", a déclaré le président français Nicolas Sarkozy, lors de sa conférence de presse conjointe avec le président du conseil italien.
"Nous voulons que Schengen vive, et pour que Schengen vive, Schengen doit être réformé", a-t-il affirmé.
"Dans des circonstances exceptionnelles, nous pensons qu'il doit y avoir des modifications du traité de Schengen sur lesquelles nous avons décidé de travailler ensemble", a expliqué de son côté Silvio Berlusconi.
Dans une lettre commune adressée au président de la Commission Européenne José Manuel Barroso et au président du Conseil européen Herman van Rompuy, les deux hommes demandent donc à Bruxelles d'"examiner la possibilité de rétablir temporairement le contrôle aux frontières intérieures" des Etats-membres, "en cas de difficultés exceptionnelles dans la gestion des frontières extérieures communes".
MM. Sarkozy et Berlusconi plaident en outre pour des "mécanismes de solidarité financière" à l'égard des Etats confrontés à l'arrivée de migrants, et demandent un renforcement de Frontex, l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures.
La question sera examinée lors du conseil européen du mois de juin.
La détente entre Paris et Rome sur ce volet migratoire a en outre été favorisée par l'annonce par l'Italie, lundi soir, de sa décision de participer désormais aux frappes de l'OTAN en Libye.
L'aviation italienne effectuera donc des "interventions très ponctuelles et précises sur des objectifs militaires" en Libye, dans le but de "protéger la population civile", a expliqué mardi Silvio Berlusconi.
Par ailleurs, les deux dirigeants ont haussé le ton à l'égard du régime de Damas, au lendemain d'une intervention meurtrière de l'armée à Deraa, fief de la contestation.
La situation en Syrie est "devenue inacceptable", a jugé le président français. "Nous adressons un appel aux autorités de Damas pour que la répression violente prenne fin", a renchéri M. Berlusconi.
De son côté, Paris a fait un pas vers l'Italie en apportant officiellement son soutien à Mario Draghi, actuel président de la banque centrale italienne, pour la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne (BCE), le mandat de ce dernier prenant fin en octobre. "La France sera très heureuse de soutenir un Italien à la présidence de la BCE en la personne de Mario Draghi", a déclaré M. Sarkozy.
Les questions économiques étaient également à l'ordre du jour des discussions entre les deux hommes.
Le groupe français de produits laitiers Lactalis vient en effet d'annoncer le lancement d'une offre publique d'achat (OPA) sur la firme italienne Parmalat, qui le ferait passer du troisième au premier rang mondial.
"La concurrence doit être libre", a affirmé M. Berlusconi, exprimant le souhait de "créer de grand groupes internationaux italo-français qui puissent être bien placés sur le marché mondial".
"Cela sera à l'avantage de l'Italie et cela sera à l'avantage de la France", a estimé M. Sarkozy, jugeant qu'"il n'y a pas lieu de se faire une guerre".