Stephen Shore et les derniers survivants de l’Holocauste

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Stephen Shore et les derniers survivants de l’Holocauste Stephen Shore, « Survivants en Ukraine » ,

Stephen Shore et les derniers survivants de l’Holocauste

Stephen Shore, « Survivants en Ukraine » , introduction par un essai de James Kramer, rédactrice au New Yorker., Phaidon, 175 photographies couleur - 59,95 Euros, 2015
Stephen Shore a photographié les derniers survivants de l'holocauste en Ukraine.
Visages, attitudes lieux de vie, permettent de lire l'histoire complexe de ses survivants.

A Brody et ailleurs les survivants témoignent pour ceux, innocents, qui ont été assassinés puis enterrés sur leur terre. Les photographies deviennent un travail de mémoire. Elles restent en fusion avec ce qui s’est passé : la violence y est constante mais de manière allégorique.

Les arbres de la forêt ukrainienne font place aux survivants. Ils semblent surgir pour témoigner. L’œuvre est forte, sans concession, profonde mais dégagé de tout pathos.

Dans le foisonnement des visages, dans la profondeur des couleurs surgit une commémoration de vies écrasées.

Se crée une familiarité du visible et de l’invisible, de l’être avec le champ de forces illimitées des bourreaux. Tout est dit. Stephen Shore laisse entendre le grondement des bottes, suggère la germination d’arbres nourris de la chair des victimes innocentes.

Si bien qu’aucun survivant n’est indemne. Ils ignorent la verdeur et gardent dans leur tête les rougeurs des exterminations.

Surgit un chant visuel profond. Il y a là vertiges et appels, pulsations, jaillissement pour témoigner de l’Histoire et de ses horreurs mais afin d’inventer autre chose que la mort.

Stephen Shore a dû apprendre à la désapprendre pour atteindre de tels visages et silhouettes. Cela demande parfois une vie.

Apprendre n’est pas prendre, c’est se défaire tout en gardant une force militante de rappel.
L’artiste atteste donc de la vie présente par des survivants à valeur d’icônes chargées de tensions, de nœuds, de forces.

Le créateur ne se coule pas dans sa « fonction » d’artiste, ses masques, ses codes, ses faux gestes et ses protocoles.

Il rompt le joug des répétitions et des faux savoirs. Il retourne là où tout a commencé.
Son acte créateur crée des branches nouvelles au réel dans la vibration des images aussi simples qu’ouvertes. La croissance du monde a lieu où la mort fut donnée et où les derniers survivants semblent errer.

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