Mariages Zoom en prison : la faille légale qui secoue Israël

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Mariages Zoom en prison : la faille légale qui secoue Israël

Mariages Zoom en prison : la faille légale qui secoue Israël

Une parade civile à la rabbanout désormais utilisée derrière les barreaux

C’est une révolution juridique discrète mais explosive : en Israël, certains prisonniers obtiennent désormais des droits conjugaux via des mariages célébrés… en visioconférence avec l’État de l’Utah. Ce phénomène, surnommé “nissouéi Utah”, jusque-là prisé des couples ne souhaitant pas passer par la rabbanout, s’infiltre désormais dans les cellules des prisons israéliennes.

Un détenu d’une prison du centre du pays témoigne :

« J’ai voulu organiser un mariage classique avec rabbin et invités, ça traîne depuis six mois. En cinq minutes sur Zoom avec un officier civil américain, c’était fait. Je suis marié, reconnu par le ministère de l’Intérieur, et j’ai droit immédiatement aux visites conjugales. »

Une faille redoutée par l’administration pénitentiaire

Le Service pénitentiaire israélien (Shabas) tire la sonnette d’alarme : face à l’essor de cette pratique, qui contourne à la fois la bureaucratie carcérale et le monopole religieux, certains hauts responsables craignent un raz-de-marée de demandes, notamment de la part de détenus dangereux ou mafieux.

Un cas cristallise les tensions : Amir Bramli, ancien homme d’affaires condamné pour fraude et considéré comme risque d’évasion élevé, a déposé une demande pour épouser sa compagne depuis sa cellule à Rimonim.

« C’est une véritable histoire d’amour, dit-il. Je suis enseignant ici en prison. Pourquoi devrais-je attendre ? »

Le Shabas se retrouve coincé : légalement, il ne peut plus refuser l’accès aux droits conjugaux à un couple légalement marié – même si le mariage a été célébré en Utah via Zoom.

Des mariages 100 % légaux selon la Cour suprême israélienne

Ce type d’union n’est pas symbolique. Il est reconnu officiellement en Israël. En 2022, la Cour suprême a tranché : les couples ayant célébré un mariage civil à distance avec l’État de l’Utah doivent être pleinement inscrits dans le registre d’état civil israélien.

Refuser d’enregistrer ces mariages est une atteinte au droit fondamental à l’égalité, a rappelé la Cour.

Le ministère de l’Intérieur est donc contraint de valider ces unions, qu’elles soient hétérosexuelles, homosexuelles, interreligieuses ou entre personnes sans affiliation religieuse.

Ce qui était au départ une solution pour les couples LGBTQ+, les couples mixtes ou les personnes sans religion, est devenu un outil juridique puissant pour les détenus, leur permettant d’accéder rapidement à des droits, sans passer par les longs circuits de validation rabbinique ou administrative.

Une brèche dans le système carcéral et religieux israélien

Si la technologie permet d’humaniser le quotidien des prisonniers, certains y voient un risque de manipulation. Dans un contexte carcéral où les droits conjugaux peuvent inclure des visites intimes (hachgadah) ou des conditions de détention modifiées, le mariage devient un levier de négociation.

Le Shabas appelle à un réexamen d’urgence du protocole :

« Nous ne pouvons pas fonctionner avec les anciennes règles, si le ministère de l’Intérieur accorde des statuts familiaux sans même nous consulter. »

Une fracture révélatrice entre État civil, justice et religion

Ce phénomène met en lumière une tension grandissante au sein de la société israélienne :
Le pouvoir civil modernise ses procédures, reconnaissant des formes d’unions jusqu’ici inédites.
Le système pénitentiaire se débat pour adapter ses protocoles.

La rabbanout voit se multiplier les échappatoires à son monopole.

Ce clivage entre pragmatisme administratif et autorité religieuse pourrait bien s’accentuer, surtout si les détenus les plus influents en font une arme stratégique.

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