Le "vide sécuritaire" au Sinaï inquiète Israël

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Seize mois après la chute du président Hosni Moubarak, le Sinaï échappe toujours largement au contrôle des forces de sécurité égyptiennes. Israël, bordé sur tout son flanc sud-ouest par cette péninsule désertique, s'alarme de la recrudescence de l'immigration clandestine et des risques d'attaques terroristes. L'Etat hébreu espère une reprise en main rapide de ce "Far-West de l'Egypte" quel que soit le résultat de l'élection présidentielle de juin.

"La question égyptienne est bien plus problématique que celle de l'Iran". Ces propos du chef de la diplomatie israélienne Avigdor Lieberman, dans une note adressée au Premier ministre Benjamin Netanyahu et rapportée par le quotidien Maariv, illustre à quel point le "vide sécuritaire" au Sinaï inquiète Israël. L'Etat hébreu et la Bande de Gaza sont bordés sur 266 km par ce territoire aride et montagneux de 60.000 km2, peuplé en majorité de Bédouins longtemps marginalisés sous le régime de Moubarak. L'insécurité s'y est fortement développée depuis le renversement de ce dernier en février 2011. La situation est rendue encore plus délicate par la faible présence de l'armée. Le traité de paix israélo-égyptien de 1979 prévoit en effet la démilitarisation du Sinaï.

"Le Sinaï est devenu le Far-West de l'Egypte, une région sans foi ni loi. Les tribus bédouines gèrent la péninsule comme si elle leur appartenait", résume une source sécuritaire israélienne. Près d'El-Arish, le gazoduc reliant l'Egypte à Israël et à la Jordanie a été saboté à quatorze reprise depuis février 2011. Ces attaques n'ont pas été revendiquées mais font craindre aux services de sécurité israéliens une radicalisation des Bédouins ou, du moins, des rapprochements avec des organisations islamistes.
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Les responsables israéliens redoutent l'ouverture d'une nouvelle ligne de front alimentée par les groupes armés palestiniens de Gaza. En avril, trois roquettes Grad ont été tirées contre la station balnéaire israélienne d'Eilat depuis le Sinaï égyptien. Selon les renseignements militaires israéliens, ces projectiles provenaient de l'arsenal du défunt dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. "Le Sinaï se transforme en foyer du terrorisme ", a averti M. Netanyahu. Selon un officier israélien, des milliers de roquettes et de missiles antiaériens auraient transité vers la bande de Gaza, via le Sinaï, depuis le sud de la Libye.

"Les groupes terroristes savent que notre capacité de riposte est limitée par crainte d'une escalade militaire avec l'Egypte", explique un haut gradé du commandement sud. Le 18 août 2011, des commandos armés venus du Sinaï avaient organisé une triple embuscade à hauteur de l'ancien passage routier israélo-égyptien de Netafim, à 20 km au nord d'Eilat, au bord de la mer Rouge. Huit Israéliens ainsi que sept assaillants avaient péri. Et cinq policiers égyptiens avaient été tués par l'armée israélienne qui poursuivait les auteurs présumés des attaques. Cet incident frontalier avait entraîné une crise diplomatique avec l'Egypte qui avait culminé le 10 septembre par le saccage de la représentation israélienne au Caire.

Le Sinaï, occupé par Israël lors la Guerre des six jours en 1967, avait été rendu à l'Egypte en application du traité de paix de 1979 et des accords de Camp-David conclus un an plus tôt. Les troupes israéliennes avaient définitivement quitté la péninsule en 1982. Depuis, une Force multinationale d'observateurs, une organisation indépendante forte d'environ 1.600 militaires fournis par une douzaine de pays, est chargée de veiller au respect des dispositions complexes du traité israélo-égyptien dans le domaine de la sécurité (limitation des installations militaires, des effectifs et des armements dans le Sinaï et en Israël).

La démilitarisation du Sinaï avait pour but de prémunir Israël contre une attaque surprise. Mais l'Etat hébreu est aujourd'hui conscient des difficultés des autorités égyptiennes à contrôler cet immense territoire désertique sans y déployer un minimum de forces armées. Souhaitant voir l'ordre et la sécurité rétablis au plus vite au Sinaï, Israël y a dernièrement autorisé l'entrée de sept bataillons égyptiens."Nous avons opté pour le dialogue, il y a une excellente coopération avec l'armée égyptienne, notamment en termes de renseignements", affirme Zvi Mazel, ex-ambassadeur d'Israël au Caire.

Pour empêcher les infiltrations et les activités de contrebande, Israël accélère la construction d'une clôture électronique de 250 km le long de sa frontière avec l'Egypte. Outre la drogue et les armes qui ont toujours généré d'importantes sources de revenus pour les Bédouins, la traite de femmes venant d'Europe de l'Est et surtout de clandestins africains est devenue monnaie courante ces dernières années.

"Quelque 134 km ont déjà été achevés et nous espérons terminer les travaux d'ici la fin de l'année", se réjouit le général Eran Ophir. "C'est un dispositif très sophistiqué qui répond efficacement à la menace. Partout où la barrière a été installé, aucune infiltration n'a été signalée".

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