Israël. les jeunes toqués de la kippa. Le retour à la religion en Israël est en nette progression.

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Hommes_priant_au_Mur_des_Lamentations_tb_n010200.jpgREPORTAGE Le pays assiste à un retour des pratiques orthodoxes parmi la nouvelle génération. Une tendance qui devrait profiter aux partis religieux lors des législatives d’aujourd’hui.

 

Par AUDE MARCOVITCH De notre correspondante à Tel-Aviv Libération.

 

«La première fois que j’ai senti ce lien puissant, c’est quand je suis allée au mur des Lamentations pour la fête de Chavouot, lorsque les gens viennent y prier, de nuit. Même si nous habitions Jérusalem, je crois que je n’étais jamais venue au mur avant. Ce n’est pas le genre de mes parents. Ou alors, c’était pour le visiter "en touriste", comme un monument historique, certainement pas pour son aspect religieux.» Myriam a 32 ans, un visage calme à la peau lisse. Elle cache ses cheveux dans un foulard noué sous la nuque et porte une jupe longue ou des vêtements amples depuis qu’elle vit sa foi à travers un strict respect des pratiques religieuses. Avec son mari, lui aussi issu d’une famille laïque et «retourné à l’orthodoxie» (hozer betschouva en hébreu), ils élèvent leurs six enfants sur les hauteurs de Beit Shemesh, petite agglomération entre Jérusalem et Tel-Aviv.

 

En Israël, le nombre de ces jeunes qui suivent des modes religieux abandonnés dans leurs familles parfois depuis plusieurs générations est en hausse. Souvent, leur foi et leurs nouvelles habitudes entrent en conflit avec celles de leurs parents. Le père de Myriam, Michel, reconnaît qu’il a vécu le choix de sa fille «comme un échec. J’ai eu le sentiment de ne pas avoir réussi à transmettre une certaine vision de la vie.»

 

Antagonismes. Mais avec le temps, la nouvelle génération conservatrice et les parents libéraux ont appris à accorder leurs mondes. Michel raconte : «Pour la cacherout [l’ensemble des règles alimentaires, ndlr], on s’arrange. Ma fille amène sa nourriture quand elle vient chez nous avec ses enfants et, de mon côté, je choisis au marché des produits qui correspondent à leurs règles. A table, ils font une prière, à laquelle ni ma femme ni moi ne participons. Mes petits-enfants demandent alors pourquoi les grands-parents ne prient pas. Je ne leur réponds pas "parce que la religion, c’est l’opium du peuple", même si j’en ai très envie… Je leur dis que nous avons nos coutumes, et qu’eux ont les leurs. S’ensuit un silence gêné et très diplomatique.»

 

Restent des antagonismes sur l’éducation des petits-enfants (l’histoire, les sciences sont quasi absentes des études religieuses) et sur le nombre d’enfants ; Myriam souhaite continuer à agrandir sa famille. Jean-Marc, 40 ans, a lui aussi fait un choix qui a surpris son entourage laïque. Devenir pratiquant, c’est une manière «de dire à chaque instant de ma vie que je suis conscient d’être juif». Il a quitté la France. «La laïcité me pesait. Là-bas, je me sens mal à l’aise de porter une kippa.» Pour Jean-Marc, sa pratique religieuse ne cesse d’évoluer. «Je me cherche, dit-il, comme la société israélienne.» Selon lui, «on comprend mal en Occident à quel point la société israélienne continue de chercher son identité, manque de confiance en elle. Depuis près de soixante-cinq ans, la situation politique instable ne nous a pas permis de disposer du confort suffisant pour définir nos valeurs avec clarté.»

 

«Égoïsme». Sur une des collines caillouteuses du nord de la Cisjordanie s’étalent les maisons aux toits de tuiles pimpantes de la colonie d’Eli, 4 000 habitants. C’est là que Nissim s’est installé avec sa femme et ses enfants lorsqu’ils ont immigré en Israël en 2010. Né en Turquie dans une famille «croyante mais pas pratiquante», c’est quand il était étudiant à Paris qu’il a cherché à «savoir ce que c’est, être juif». «La lumière s’est soudain allumée dans le noir quand un pratiquant hassidique m’a parlé de mystique et de foi.» Avec sa femme française, ils ont peu à peu suivi un chemin qui les a conduits à respecter les lois religieuses, notamment la cacherout et le shabbat. Pour vivre «dans un environnement juif, et parce que cette terre-ci est très importante dans le judaïsme», ils se sont installés en Israël. L’organisation qui s’est occupée de leur émigration leur a proposé deux endroits pour s’installer : Hadera, une ville de la côte nord du pays, ou Eli. «Ici, nous avons aimé l’accueil des gens, l’ambiance communautaire. Il y a beaucoup de solidarité, les gens s’invitent les uns chez les autres à shabbat, les enfants vont librement chez leurs copains.» La famille, qui a accueilli il y a peu un cinquième enfant, vient d’acheter une maison à Eli.

 

Pour le rabbin David Partouche, enseignant au Machon Meir de Jérusalem, un centre d’études destiné aux pratiquants comme aux profanes, l’aspect communautaire prend une importance grandissante pour les étudiants qui suivent une voie religieuse. Et les immigrants de fraîche date en retirent une nouvelle conscience sociale : «Ils veulent s’investir pour aider la société, ils se rendent compte qu’ils font partie d’un peuple et qu’ils ne peuvent plus se contenter de l’égoïsme qu’on vit en Occident où l’essentiel, c’est sa carrière, son argent…» Surfant sur la tendance, la campagne pour les législatives qui se tiennent aujourd’hui a fait de la surenchère sur les thèmes de l’identité juive, du retour aux valeurs et de la communauté. En fer de lance de cette tendance, le sémillant Naftali Bennett, à la tête de Bayit Hayehudi («la Maison juive»), un parti de droite ultranationaliste et religieux qui pourrait se classer en troisième position à la Knesset, le Parlement israélien, obtenant entre 14 et 16 sièges, loin des 3 dont il dispose aujourd’hui.

 

Pour lire intégralement cet article cliquez-ici Libération.

 

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