Le Yémen, plaque tournante du djihadisme

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                            Le Yémen, plaque tournante du djihadisme

Article paru dans le " Courrier International", le 09/07/07

La patrie de la famille Ben Laden accueille des militants d'Al-Qaida venus des pays voisins depuis avant même le 11 septembre 2001. Le 22 juin dernier, le leader de la toute nouvelle "Al-Qaida au Yémen" lançait une déclaration de guerre sur Internet.

Ils disent agir pour le compte d'Oussama et ils se cachent dans l'Hadramaout, la région d'origine de la famille Ben Laden. La colonne yéménite d'Al-Qaida ressemble à la colonne saoudienne. Elle encaisse quelques coups, elle semble s'être évanouie puis elle émerge à nouveau avec des faits d'armes meurtriers. Et c'est ainsi depuis avant le 11 septembre 2001, quand des enquêtes internationales ont mis en évidence le rôle du Yémen comme plate-forme logistique et berceau des groupes djihadistes. Les poseurs de bombes qui ont tué les 17 marines sur le porte-avions américain "USS Cole" en 2000 étaient partis d'Aden, tout comme les corsaires saboteurs d'un pétrolier français. Même après que les talibans eurent été chassés du pouvoir en Afghanistan, le Yémen est resté la destination des combattants de la "guerre sainte". C'est là que se sont regroupés des militants qui avaient fui Kaboul : Egyptiens, Saoudiens, Somaliens, Algériens en attente d'un nouveau front, mais aussi parmi eux de nombreuses recrues "à la peau claire", des Occidentaux qui ont rejoint l'islam radical et ont trouvé dans la région un refuge où ils peuvent étudier et être au contact des facilitateurs, des vétérans qui les aident à intégrer la mouvance d'Al-Qaida.

Le Yémen est un pays à haut risque pour diverses raisons.

1) C'est une plaque tournante pour les terroristes en provenance du Pakistan, de Somalie, d'Arabie Saoudite, d'Irak. 2) Les services de renseignement sont infiltrés par des éléments salafistes, proches d'Al-Qaida. 3) Le gouvernement s'appuie sur des personnalités fondamentalistes et n'est pas très déterminé dans la répression. 4) Des personnalités charismatiques, comme le cheikh Al-Zindani, qui oscillent entre légalité et extrémisme, y sont devenus un point de référence pour les radicaux. 5) Les clans tribaux auxquels appartiennent les islamistes ont un rôle de bouclier face à la loi. 6) Il y a enfin l'affrontement armé entre le pouvoir central sunnite et les rebelles chiites.

La crise irakienne a contribué à noircir encore le tableau. Les volontaires yéménites ont accouru en masse à Bagdad pour s'enrôler dans la résistance, ce qui leur a donné la possibilité de s'entraîner et nouer des liens avec des activistes expérimentés. Les combattants revenus "irakiens" - affirment les autorités - sont la clé de la réorganisation, avérée par deux proclamations. La première est l'annonce - via Internet - de la naissance de l'"Al-Qaida au Yémen". La seconde est la déclaration de guerre lancée le 22 juin par Abou Bashir Al-Washishi, qui se présente comme son leader. Les terroristes ont revendiqué des attentats suicides contre des installations pétrolières et l'assassinat d'un haut dirigeant des services secrets. Un fait longtemps démenti par les autorités qui l'ont finalement admis et ont publié un avis de récompense de 25 000 dollars pour la capture de deux étroits collaborateurs d'Abou Bashir.

Dans les milieux diplomatiques, la défiance envers les manœuvres du gouvernement yéménite demeure. Les évasions spectaculaires de prison de plusieurs terroristes (parmi lesquels le chef d'Al-Qaida) ont éveillé les soupçons - et la libération des autres en toute hâte n'ont pas convaincu. La police aurait dû rester sur ses gardes, surtout après les menaces d'Abou Bashir. L'expérience a montré qu'Al-Qaida exagère parfois ses menaces à des fins de propagande, mais qu'au final, ses militants sont capables de tuer.

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