Ariel : "On voulait Mohamed Merah mort pour se sentir tranquilles"

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myriamtoulouse.jpgArticle paru dans "Le Point.fr"

L'oncle de Miriam Monsonego, tombée lundi 19 mars sous les balles du "tueur au scooter", a accepté de témoigner pour Le Point.fr.

"Le tueur a poursuivi Miriam jusque dans la cour de l'école. Il l'a saisie par les cheveux et lui a logé une balle dans la tête. Elle n'avait que 8 ans." Tout le monde se souviendra de ce lundi 19 mars. Une scène irréelle, insoutenable... Pour la France tout entière, mais aussi, et surtout, pour la famille. L'oncle de Miriam, Ariel, frère du directeur de l'école Ozar-Hatorah, s'exprime depuis Israël pour honorer la mémoire de la petite Miriam assassinée

Le Point.fr : Comment vivez-vous ce drame ?

Il n'y a aucun mot pour décrire cette situation. Pour nous, c'est un coup énorme, ça fait très, très mal et on arrive difficilement à se relever ! D'autant que nous sommes retournés au cimetière lundi, et cela nous a fait un choc.

Êtes-vous soulagé qu'Al Jazeera ait décidé de ne pas diffuser la vidéo reçue des crimes de Mohamed Merah ?

C'est très bien. Bien sûr, nous sommes soulagés, car cela aurait été terrible. Il ne faut surtout pas que les familles des victimes voient un jour ces images noires... Elles nous auraient hantés toute notre vie.

Que pensez-vous du fait que l'assassin soit finalement enterré à Toulouse ?

Je pense qu'il aurait fallu l'éloigner le plus possible. Il n'est bon pour personne, ce voyou. Ni pour les Français, ni les Algériens, ni les Israéliens...

Que représente Miriam pour vous ?

C'est ma nièce, mais elle était comme ma fille. La dernière fois que je l'ai vue, c'était en septembre dernier. Cette gosse était pleine de joie de vivre, toujours souriante... Elle chantait et dansait tout le temps. Elle était aimée de tout le monde ! C'est une vraie fée qui nous a quittés !

Il est vrai qu'elle avait un visage d'ange...

Oui, elle était belle extérieurement, mais aussi de l'intérieur. Même au niveau de sa conduite, de sa présence, son intelligence..., elle était bonne partout à l'école. Cette petite est née parfaite et se dirigeait vers la super-perfection !

Êtes-vous bien entourés pour vivre cette épreuve ?

Oui. La famille Monsonego est une famille unie. On se tient tous par la main. Le plus terrible est pour mon frère et ma belle-soeur. Ils sont démontés. Le monde s'est écroulé pour eux... En plus, cela s'est produit juste avant les fêtes de Pessah (Pâque juive) qui représentent un moment très important chez nous. Depuis une semaine, ils ont du mal à manger et à dormir, mais la fatigue fait qu'à un moment donné ils se laissent aller...

Arrivent-ils à tenir le choc ?

Difficilement..., mais ils sont forts. Ils sont très bien entourés et, pour leurs autres enfants, ils ne baisseront pas les bras.

La mort de l'assassin, Mohammed Merah, vous a-t-elle, d'une certaine manière, consolés ?

Non, bien entendu, car Myriam ne reviendra jamais, mais on était tout de même soulagés, car, au moins, on sait qu'il ne va pas continuer à tuer des enfants innocents... On le voulait mort, non pas par vengeance, mais pour se sentir tranquilles. On sait maintenant qu'il ne pourra plus commettre de meurtres totalement insensés et guidés uniquement par la haine.

Vous auriez préféré qu'il soit pris vivant ?

Non, car cela aurait été difficile pour nous de le revoir sans arrêt dans la presse. Déjà, voir sans cesse son visage dans les journaux avec son sourire nous fait encore plus mal et nous remémore ce drame. J'espère que, maintenant, les choses vont s'arrêter et que nous allons pouvoir faire notre deuil sereinement et tenter de reprendre le cours de notre vie.

Que pensez-vous de la façon dont les autorités françaises ont géré cette crise ?

C'était impeccable. On n'aurait pas pu rêver mieux. Ils ont fait un travail magnifique. Franchement, on admire leur courage ici.

Qu'est-ce qui se passe dans votre tête quand vous apprenez la nouvelle ?

Au départ, la première chose que l'on fait, c'est de repousser cette réalité. On se dit que ce n'est pas vrai, il doit y avoir une erreur. Après, on arrive à comprendre que ce n'est pas une erreur, et c'est le déchirement. On se met alors à beaucoup pleurer pour libérer notre peine... Ensuite, on considère qu'il faut reprendre des forces et, au lieu de sombrer, il faut réconforter les proches, notamment les parents.

Où étaient-ils au moment du drame ?

Mon frère était à l'école. Il a presque assisté en direct à la scène. Du moins, il a entendu la détonation... Ma belle-soeur était chez elle.

Cela doit être d'autant plus dur de savoir que l'assassin a filmé toute la scène ?

Oui, mais, à mes yeux, cet homme n'est pas un humain, il est pire qu'un animal, car lorsqu'un animal tue, c'est pour manger, se réconforter. Tandis que, lui, c'est tuer pour tuer. On espère que cette vidéo n'apparaîtra jamais sur Internet ou ailleurs.

C'est la foi qui vous fait tenir ?

Absolument. Chez nous, nous avons une croyance très forte. Ce qui n'empêche pas que le mal est très profond. Sans la foi, on ne pourrait pas tenir.

Miriam aussi priait beaucoup ?

Oui, c'était son point fort. Elle parlait en direct avec Dieu.

Avec cet événement, vous ne craignez pas une montée de l'antisémitisme en France et en Israël ?

Pas vraiment. Vous savez, nous, en Israël, c'est quelque chose que l'on vit tous les jours.

Pensez-vous que cette tragédie aurait pu être évitée ?

Franchement, ce sont des questions que, pour le moment, on évite de se poser, surtout que nous sommes en période de deuil.

Comment imaginez-vous la vie sans Miriam maintenant ?

Très difficilement. En même temps, notre devise est de reprendre des forces et de continuer beaucoup plus forts. C'est cela qui va remonter notre petite, car, de là-haut, elle voit tout ce qui se passe et elle a besoin de savoir qu'on ne baisse pas les bras. Que l'on continuera à lutter pour elle et les autres, à s'occuper des écoles, des enfants... en France et en Israël, car les enfants sont notre vie. Ils nous ont pris cette petite, mais ils ne nous prendront pas notre force !

Crédit photo REA

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