Paradoxe entre "kadoch"et....

Billet de Claudine - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Paradoxe entre le film "Kadosh et
la pièce de théâtre "Une fille ça va 3 filles bonjour les dégâts"

Dans la même semaine, j'ai eu la possibilite de voir le film Kadosh d'Amos Guitaï et la pièce de Théâtre de Maguy Solomon "Une fille ca va 3 filles bonjour les dégâts" , j'y ai trouve le même message, l'un dit sur le ton de l'humour, l'autre traité sur l'angle du drame.
Antagonisme que nous retrouvons régulièrement entre nos deux cultures savamment opposées, Askenaze et Sépharade.

Comparaison qui semble être tirée par les cheveux, au premier regard , mais si peu.
Le drame du film Kadosh c'est de considérer la femme uniquement comme un instrument, un "Keli,"* pour enfanter et élever les enfants, des garçons de préférences, évidemment n'ayant pas le droit de choisir qui aimer et épouser.
Seulement l'amour est le plus fort, mêmes chez les femmes orthodoxes , et mieux vaut mourrir d'amour, que d'en etre privée au nom d'une loi injuste qui punie la femme de ne pouvoir enfanter .

Dans la pièce de boulevard loin de la rigueur cinématographique du film, au demeurant merveilleusement interprétée, - seule ombre au tableau à signaler, la traduction française quelque peu negligée.- où les rires gras se mêlent à l'émotion pure , nous retrouvons le même parallele, le même thème celui de la femme bafouée jusqu'au plus profond de son être par une religion, ou traditions mal comprises et appliquées avec rigueur par des hommes.

Dans Kadosh, un couple s'aime d'un amour profond et pur mais gâché par la non-venue de l'enfant tant attendu.
Le mari est culpabilisé régulièrement par un père qui est aussi le chef de la communauté et qui lui demande purement et simplement de répudier sa femme aprés 10 ans d'union infertile,
Evidemment Il lui est impossible d'imaginer, que ce soit son fils qu'il soit sterile? Et peut-être aussi , sait-il qu'est juif celui qui a un petit-fils juif,...
Cette femme aimante et aimée se retrouve donc mise à la porte de chez elle et se retrouve dans une chambre seule et démunie.
Elle se laisse déperir d'amour et du manque de dignite que lui ordonne son rôle de femme.
Sa soeur plus jeune malgré sa révolte, épouse contre son gré un homme de la communaute tout en aimant un autre consideré comme impie.
Peu importe les sentiments qu'elle éprouve. Elle doit accomplir son rôle : celui de donner des enfants et de les elever.
Elle epouse donc dans les larmes un homme déjà haï

Seulement comme chez les impies, l'amour est le plus fort, l'orthodoxie ne peut rendre "carre" un coeur.
La première malgré sa repudiation par son mari et le remariage de celui-ci, le rejoint pour une denière fois et meurt dans ses bras..
La seconde trompe son mari et se donne à l'homme qu'elle a toujours aimé
Aucune moralite n'est -ce -pas ? Mais où est la moralite lorsque que l'on baffoue un être humain ?
Lorsqu'on lui ordonne de faire ou de ne pas faire sans prêter attention à ce qu'il est ou a ce qu'il aime ?
Le fond du problème n'est pas la religion, non certainement pas, mais de se forcer , d'appliquer contre son coeur, de dresser des êtres à ne plus ressentir.
Je ne sais pas si l'amour du prochain est un precepte juif ou non-juif ? Hillel le pretend, Shaimai s'en defend ! Vieille querelle et pourtant essentiel a la comprehension de ce problème..
Le monde ne peut subsister dans la rigueur,.
L'amour ne veut pas dire faiblesse.
Mais rigeur peut vouloir dire peur, par peur j'applique, par peur je me defend d'aimer, par peur je me defend de ressentir.
Comment voulez aimer votre prochain si on vous ordonne de ne pas vous aimer ?

Dans la pièce de théâtre ,caricature d'une famille juive tunisienne, vivant à Belleville le message est le même mais avec une fin plus optimiste
Cette mère de 3 filles soumise à un mari depuis plus de 25 ans et ayant accepte le poids des traditions sans penser qu'une femme ait d'autres choix, s'eveille lors de la rencontre de la future-belle mère de sa fille ainee, que le "malheur" ait voulu non-juive.
Elle se révolte enfin , lorsqu'elle voit que sa plus jeune des filles ,fait le meme choix qu'elle, 25 ans plus tôt, en souhaitant épouser un homme inculte, profondement macho et fier de l'être mais ...juif.
Entre les deux reste à trouver le juste milieu.
C'est ce que fait sa seconde fille, avec talent, en décidant d'épouser un asknase. qui par ce choix rejete aussi les coutumes du père.
Alors cette mère acceptant coups et insultes depuis tant d'annees se tourne vers sa revolte et sa dernière fille en lui offrant en dot non pas des draps brodés exigés par la future belle-mere, non pas un festin de roi pour un mariage de pacotille, mais tout simplement ... son tablier, sa blouse, son foulard, en lui disant "Ceci est mon héritage, si tu veux penser que ta mere a ete heureuse pendant toutes ces annees alors voilà, tu as pris le même chemin, quand à moi , sans renier ce que je suis, c'est a dire juive, je vais à l'Opera..."
Et cette mère juive débarassée de toutes ces annees de servitude s'avère être une femme qui rejoint un monde lui appartenant aussi.
Cette pièce est vraiment trés drôle, même si le thème reste grave, l'humour ou du moins l'auto-derision, dont nous sommes devenus maître, permet de faire passer des messages plus intenses sans l'ombre d'une révolte , ce qui malheureusement n'est pas le cas de Kadosh.
A la fin de la représentation, une autre journaliste a interrogé un couple religieux, venus voir la pièce " Est ce que la fin de cette pièce vous a choquée ou même seulement génée ? " La femme a repondu " non, non... " sans trouver d'autres arguments, elle baissait pourtant les yeux, comprenant sa gêne , je me permis d'intervenir en lui faisant remarquer gentiment, "que la ou il pouvait y avoir de la gêne il y avait forcement contradiction" enfin elle leva son regard et repondit qu'elle etait d'accord.

En tout cas je vous conseille de voir les deux ce sont des moments inoubliables et trés différents .
La piece de théâtre continuera de jouer jusqu'a fin décembre au théatre de la Comedie au 42 rue dela Fontaine dans le 9eme à Paris et Kadosh dans la plupart des cinemas parisiens ou à la Ferme du buisson à Marne la Vallee.

Vous pourrez d'ailleurs écouter, trés prochainement, dans la rubrique de Bethel-Vallee la radio juive de Marne la Vallée, la critique de Kadosh faite dans le thème du cinèma israèlien .

Claudine Douillet
*receptacle,recipient ou instrument en hébreu

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi