Et si la richesse des Templiers venait d'abord du trésor caché du Temple de Jérusalem -photos de Tomar-

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Paves des Templiers sur les trottoirs de Tomar au Portugal

Les Templiers sont nés sur le Mont du Temple, à Jérusalem, et ont survécu à leur propre destruction au Portugal. Dans Le Trésor du Temple, Eliette Abécassis relie les Esséniens de Qumrân, les chevaliers de l'Ordre, la secte des Assassins et les francs-maçons autour d'un seul secret : le trésor du Temple, dont un mystérieux rouleau de cuivre donne les cachettes. Et si ce trésor avait servi à fonder l'Ordre le plus puissant du Moyen Âge ?

Le Trésor du Temple d'Eliette Abécassis : comment les Templiers sont nés du Temple de Jérusalem

Par Claudine Douillet

Certains romans se referment comme on referme une porte. D'autres en ouvrent dix. Le Trésor du Temple, d'Eliette Abécassis, appartient à la seconde catégorie. Derrière l'intrigue policière se dessine une thèse qui traverse deux mille ans d'histoire : tout ramène au Temple de Jérusalem, et donc au peuple juif.

Un sacrifice rituel au pied des grottes de Qumrân

Avril 2000, désert de Judée. Un archéologue est retrouvé sacrifié sur un autel près des grottes de Qumrân, et les services secrets israéliens sont en alerte. La victime, Peter Ericson, cherchait le trésor du Temple à partir des inscriptions du rouleau de cuivre. L'enquête revient à Ary Cohen, le scribe retiré parmi les Esséniens, héros de Qumrân, aux côtés de Jane Rogers.

Philosophe de formation, fille du penseur Armand Abécassis, la romancière tisse un récit qui unit les Esséniens, les Templiers et la secte des Assassins. Ces trois noms ne sont pas choisis au hasard. Ils dessinent une chaîne de gardiens d'un même secret, de l'Antiquité juive aux croisades.

Le rouleau de cuivre, l'inventaire d'un trésor colossal

Tout part d'un objet unique au monde. Découvert le 14 mars 1952 au fond de la grotte 3 de Qumrân, le rouleau de cuivre a été trouvé par un archéologue, et non par des bédouins comme la plupart des autres manuscrits. Les deux rouleaux métalliques formaient à l'origine une seule bande d'environ 2,40 mètres. Trop oxydé pour être déroulé, il fut découpé en bandes à Manchester en 1956.

Ce qu'on y lut stupéfia les chercheurs. Aucune prière, aucun commentaire biblique : une liste sèche de 64 cachettes, avec des quantités d'or, d'argent et d'objets sacrés. Un seul emplacement mentionne 900 talents d'argent, soit environ 30 tonnes. Le texte est rédigé dans un hébreu proche de celui de la Mishna, avec des lettres grecques inexpliquées, à la manière d'un inventaire de temple.

Le rouleau n'est pas conservé à Jérusalem avec les autres manuscrits. Il est exposé depuis 2013 au Jordan Museum d'Amman, la Jordanie ayant financé l'expédition qui le mit au jour.

Les savants s'affrontent toujours. Certains, comme Émile Puech, y voient le trésor du Second Temple mis à l'abri avant l'assaut romain de 70. D'autres parlent des offrandes collectées après la destruction, dans l'attente d'un Temple reconstruit. Flavius Josèphe affirme que l'essentiel du trésor était encore dans le sanctuaire lors de sa chute, ce que semble confirmer la ménorah sculptée sur l'arc de Titus. Mais un trésor de cette ampleur pouvait-il tenir dans un seul bâtiment ? Personne n'a jamais rien retrouvé, et l'énigme reste entière.

Neuf chevaliers, neuf ans, sur le Mont du Temple

C'est ici que le roman frappe fort. Vers 1119, le chevalier champenois Hugues de Payns et huit compagnons se mettent au service du roi de Jérusalem Baudouin II. Celui-ci les loge dans la mosquée al-Aqsa, que les croisés appellent alors le Temple de Salomon. Ils deviennent les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon.

Officiellement, leur mission est de protéger les pèlerins. Pourtant, pendant près de neuf ans, ils restent une poignée d'hommes, sans recruter, installés précisément au-dessus des fondations du Temple. Une tradition tenace, reprise par de nombreux auteurs et par le roman, veut qu'ils aient fouillé le sous-sol de l'esplanade.

Puis tout bascule. En 1129, le concile de Troyes reconnaît l'Ordre. En quelques décennies, les Templiers possèdent commanderies, forteresses, flotte, et inventent un système bancaire avant l'heure : dépôts, lettres de change, prêts aux rois. Le Temple de Paris garde même le trésor royal de France.

Un trésor pour fonder, non pour s'enrichir

Les historiens expliquent cette fortune par les donations massives de terres après Troyes et par le génie financier de l'Ordre. L'explication est solide. Mais elle laisse une question ouverte : avec quel capital initial des hommes sans ressources ont-ils pu bâtir
si vite une telle puissance ?

Un détail change la perspective. Chaque Templier faisait vœu de pauvreté : aucun chevalier ne possédait un sous, tout appartenait à l'Ordre. Si un trésor avait été retrouvé sous le Mont du Temple, il n'aurait pas pu enrichir des individus. Il aurait servi à fonder une institution, à financer une mission, exactement comme le trésor du Temple servait jadis le culte et non les prêtres. Aucune preuve ne permet de l'affirmer. Mais l'hypothèse est cohérente, et c'est toute la force du roman de la poser.

Troyes, la ville de Rachi

Le lien entre les Templiers et le judaïsme commence peut-être en Champagne. Troyes, où l'Ordre fut consacré en 1129, était la ville de Rachi, le plus grand commentateur juif de la Bible et du Talmud, mort en 1105. Son école rayonnait sur toute l'Europe juive, et ses petits-fils, les tossafistes, y poursuivaient son œuvre au moment même où naissaient les Templiers. Hugues de Payns était champenois, le comte de Champagne lui-même rejoignit l'Ordre en 1125, et Bernard de Clairvaux, son grand protecteur, vivait à quelques lieues.

Rien ne prouve que ces hommes aient fréquenté les sages juifs de Troyes. Mais la proximité est saisissante : l'Ordre du Temple est né dans la région qui était alors le cœur intellectuel du judaïsme européen.

Jésus reconnu comme Juif

Le roman va plus loin. En vivant sur le lieu du Temple, au contact de l'Orient, les Templiers ont été confrontés aux racines juives du christianisme. Jésus était un Juif de Judée, nourri du même univers religieux que celui qui a produit les manuscrits de Qumrân.

Lors de leur procès, ouvert après leur arrestation le vendredi 13 octobre 1307 sur ordre de Philippe le Bel, les Templiers furent accusés de renier le Christ et de cracher sur la croix lors de leur réception. Ces aveux, obtenus sous la torture, sont jugés largement fabriqués par les historiens. Certains auteurs y ont pourtant vu la trace déformée d'une conviction secrète : vénérer Jésus l'homme, le Juif, plutôt que le dogme de sa divinité. C'est cette piste qu'explore Eliette Abécassis, en reliant la mémoire essénienne à celle de l'Ordre.

Le destin a parfois le sens du symbole. Le dernier grand maître, Jacques de Molay, fut brûlé le 18 mars 1314 à Paris sur l'île aux Juifs, un îlot de la Seine aujourd'hui rattaché à l'île de la Cité.

Les Assassins, adversaires et tributaires

La présence de la secte des Assassins dans le roman repose elle aussi sur l'Histoire. Cette branche ismaélienne, redoutée pour ses meurtres politiques, entretenait avec les Templiers une relation trouble. Le chroniqueur Guillaume de Tyr rapporte que les Assassins versaient un tribut annuel à l'Ordre. Deux sociétés secrètes, organisées en grades et en initiations, qui se combattaient et se connaissaient : le romancier ne pouvait rêver meilleure matière.

Tomar, là où les Templiers ont survécu

L'histoire officielle s'arrête en 1312, quand le pape Clément V dissout l'Ordre. Mais au Portugal, elle continue. Les Templiers y étaient installés depuis 1160, date à laquelle leur maître Gualdim Pais fonda Tomar et sa forteresse.

leur maître Gualdim Pais fonda Tomar et sa forteresse.

Statue du maître Gualdim Pais fonda Tomar et sa forteresse.

 

 

Le roi Denis du Portugal refusa de poursuivre les Templiers de Tomar, en reconnaissance de leur rôle dans la Reconquista et la reconstruction du pays. Il obtint du pape Jean XXII, par la bulle Ad ea ex quibus du 14 mars 1319, la création d'un nouvel ordre chargé de leur succéder. Ainsi naquit l'Ordre du Christ, qui hérita des chevaliers, des terres, des châteaux et des richesses du Temple. En 1357, son siège s'installa dans l'ancien château templier de Tomar.

A Tomar sur les traces des Templiers

A Tomar sur les traces des Templiers

 

Paves des Templiers sur les trottoirs de Tomar au Portugal

Paves des Templiers sur les trottoirs de Tomar au Portugal

 

La suite est vertigineuse. L'Ordre du Christ accumula d'immenses richesses durant l'âge des grandes découvertes. Henri le Navigateur en fut le gouverneur, Vasco de Gama en fut chevalier, et les voiles des caravelles portugaises arboraient sa croix rouge. Les héritiers des gardiens du Mont du Temple sont partis à la conquête des océans.

chateau des Templiers à Tomar au Portugal

Chateau des Templiers à Tomar au Portugal (octobre 2026)

Des Templiers aux francs-maçons

La franc-maçonnerie a fait du Temple de Salomon son symbole central. La légende d'Hiram, l'architecte du Temple, est au cœur du grade de maître. Le grade de l'Arche royale raconte la découverte d'une crypte secrète sous le Temple, ce qui fait écho direct aux fouilles prêtées aux Templiers.

Au XVIIIe siècle, le discours du chevalier de Ramsay, en 1736, rattache la maçonnerie aux chevaliers des croisades. La Stricte Observance templière se proclame héritière de l'Ordre, le Rite écossais rectifié crée à Lyon en 1778 les Chevaliers bienfaisants de la Cité sainte, et le Rite écossais ancien et accepté consacre son trentième degré au Chevalier Kadosh, un mot hébreu qui signifie « saint », en mémoire de Jacques de Molay.

Les historiens n'ont jamais établi de filiation réelle. Mais la revendication en dit long : pour se donner une légitimité, les loges sont allées chercher les Templiers, et à travers eux, Jérusalem.

Un roman qui ramène tout à Jérusalem

La force du livre d'Eliette Abécassis est de rassembler ce que l'Histoire a dispersé. Le rouleau de cuivre attend toujours qu'on retrouve une seule de ses 64 cachettes. Les archives des Templiers ont brûlé avec eux. Leur héritage s'est réfugié à Tomar, puis sur les mers. Et toutes ces quêtes, chevaleresques, maçonniques ou ésotériques, convergent vers un même point : le Temple de Jérusalem, bâti par les Juifs, détruit par Rome, et dont le trésor n'a jamais cessé de hanter l'Occident.

Le Trésor du Temple, Eliette Abécassis, disponible au Livre de Poche.

Sources :
Wikipedia, Copper Scroll · Biblical Archaeology Society, The Mysterious Copper Scroll · Wikipedia, Military Order of Christ · Mairie de Tomar, Templiers · Goodreads, Le Trésor du Temple

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