L'affaire Ra'am en Israël : Demande de l'annulation des élections

Actualités, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
L'affaire Ra'am en Israël : Demande de l'annulation des élections

Par Claudine Douillet

Israël : la coalition sortante et Channel 14 réclament l'annulation des élections après l'affaire Ra'am

Des élus de la coalition sortante exigent l'invalidation des législatives israéliennes du 27 octobre 2026. Moshe Feiglin réclame un nouveau scrutin sous surveillance policière, Boaz Bismuth refuse de reconnaître les sièges des partis arabes et Channel 14 parle d'un « 7 octobre de la politique ». Pourtant, deux enquêtes distinctes sont en cours, et aucune n'a pour l'instant établi une fraude capable de modifier le résultat.

Un résultat serré qui laisse Netanyahou sans majorité

Deux jours après le vote pour la 26e Knesset, les chiffres ne laissent aucune majorité au camp sortant. Avec plus de 95 % des bulletins dépouillés, le bloc de Benjamin Netanyahou obtient 53 sièges, celui de Gadi Eisenkot 48, et les partis arabes 19, dont 8 pour Ra'am de Mansour Abbas et 11 pour la Liste commune. Ce score record des formations arabes place leurs élus au cœur de toute recomposition parlementaire, notamment pour l'élection du président de la Knesset.

C'est dans ce contexte que l'affaire baptisée « Ra'amgate » par le Likoud a basculé dans une contestation ouverte du scrutin.

Moshe Feiglin exige un nouveau vote sous la garde des garde-frontières

Moshe Feiglin, numéro 2 du Sionisme religieux, va le plus loin. Il réclame l'annulation immédiate du vote et l'organisation rapide d'un nouveau scrutin, avec des unités de la police des frontières postées devant chaque bureau de vote où votent des citoyens arabes. C'est lui qui a qualifié l'affaire de « 7 octobre de la politique », une formule aussitôt reprise à l'antenne de Channel 14.

Le député du Likoud Boaz Bismuth, de son côté, refuse de reconnaître les résultats obtenus par les partis arabes tant que l'enquête n'est pas close. Une position qui revient à suspendre la légitimité de 19 sièges sur 120.

Itzhak Kroizer, député d'Otzma Yehudit, a franchi un cap supplémentaire. Il a appelé ses partisans à s'armer, en prédisant des émeutes si la commission électorale invalidait des voix de Ra'am. Une déclaration qui fait monter la tension d'un cran dans une période post-électorale déjà chargée.

Channel 14 mélange deux enquêtes distinctes

Sur le plateau de Channel 14, chaîne proche du gouvernement sortant, plusieurs chroniqueurs réclament un retour aux urnes. Le quotidien Haaretz relève que la chaîne présente comme une seule et même affaire deux procédures qui n'ont rien à voir sur le plan juridique.

La première est une enquête de police sur un achat de voix présumé en faveur de Ra'am dans le Néguev. À la veille du scrutin, trois habitants de Segev Shalom et d'Ar'ara ont été interpellés. Les enquêteurs ont saisi des dizaines de milliers de shekels en espèces, des enveloppes et des bulletins Ra'am. D'autres arrestations ont suivi, dont celle d'un responsable local du parti, et l'unité Lahav 433, spécialisée dans la grande criminalité, a pris le dossier en main.

La seconde est une enquête du Shin Bet sur un possible financement étranger visant à influencer le vote dans les localités arabes. Elle a été ordonnée jeudi par le juge Noam Sohlberg, président de la Commission électorale centrale, qui a saisi le chef du Shin Bet David Zini après des informations jugées « d'une gravité exceptionnelle ». Selon la presse israélienne, les soupçons portent sur des fonds qui pourraient provenir du Qatar ou de la Turquie.

Netanyahou parle d'élections « volées »

Benjamin Netanyahou s'est emparé du dossier. Sur les réseaux sociaux, il a dénoncé un « tremblement de terre » et affirmé que les élections avaient été volées. Il accuse les partis arabes d'avoir bénéficié d'argent étranger pour favoriser une « islamisation d'Israël » et exclut toute coopération d'un parti sioniste avec Ra'am ou la Liste commune. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich exige que le Shin Bet interroge sans délai les dirigeants des partis arabes.

Dans l'opposition, Gadi Eisenkot a jugé toute ingérence étrangère inacceptable et soutenu l'enquête du Shin Bet. Avigdor Liberman a demandé aux autorités d'aller vite pour établir la vérité.

Ra'am nie et soutient l'enquête

Mansour Abbas rejette toute implication de son parti. Il affirme que Ra'am n'a aucun lien avec l'affaire, salue la décision du juge Sohlberg et promet une coopération totale. Il accuse en retour Benjamin Netanyahou d'inciter contre les citoyens arabes.

Le président Isaac Herzog, qui s'est entretenu avec Noam Sohlberg et David Zini, appelle à une enquête approfondie tout en mettant en garde contre la mise en cause d'une communauté entière qui a simplement exercé son droit de vote.

Ce que disent la police et la commission électorale

Plusieurs éléments tempèrent le discours d'une élection volée. Selon Ynet, la police elle-même exprime des doutes sur l'ampleur du dossier d'achat de voix. Des sources informées de l'enquête du Shin Bet ont indiqué à la radiotélévision publique Kan que les soupçons examinés restent relativement limités. Le directeur de la commission électorale estime, à ce stade, que les accusations de fraude massive paraissent sans fondement et que le vote s'est déroulé légalement.

Le juge Sohlberg n'a d'ailleurs rendu publique aucune preuve permettant d'identifier les entités étrangères visées.

Une annulation juridiquement très improbable

En droit israélien, l'ouverture d'une enquête pénale ne suffit pas à invalider un scrutin. Une annulation générale des élections, réclamée par Moshe Feiglin, n'a pas de précédent. La voie réaliste passe par une contestation ciblée, bureau de vote par bureau de vote. C'est d'ailleurs l'option retenue par le Likoud, dont un avocat a indiqué que le parti demanderait l'invalidation des résultats dans les bureaux où il soupçonne des irrégularités.

Pour modifier la répartition des sièges, il faudrait démontrer des fraudes portant sur un volume de voix suffisant pour faire basculer au moins un siège. Rien dans les éléments connus à ce jour ne va dans ce sens.

Une bataille politique autant que judiciaire

Au-delà du dossier pénal, l'enjeu est politique. En délégitimant les voix arabes, le camp sortant cherche à exclure Ra'am et la Liste commune de toute équation gouvernementale et à empêcher le bloc Eisenkot de s'appuyer sur eux. Les enquêtes de la police et du Shin Bet diront si l'argent étranger a pesé sur le vote. D'ici là, les appels à s'armer et à poster des forces de sécurité devant les bureaux de vote arabes font peser sur l'après-élection un climat inédit de défiance.

Sources  Jerusalem Post, https://www.jpost.com/israel-election-2026/article-913187 ; Times of Israel, https://www.timesofisrael.com/liveblog-october-29-2026/

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

 

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi